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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2418771

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2418771

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2418771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLORIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule le refus implicite du préfet du Val-d'Oise de renouveler la carte de séjour pluriannuelle « salarié » de M. A..., ressortissant sri-lankais. La décision est annulée pour erreur manifeste d’appréciation, le requérant justifiant d’une activité professionnelle constante depuis 2016. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour dans un délai de deux mois. Les articles L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et L. 761-1 du code de justice administrative sont notamment appliqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d’Oise a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 433-1 et L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il justifie d’une activité professionnelle depuis 2016 et que, lorsqu’il a déposé sa demande de renouvellement de carte de séjour en mars 2023, il justifiait d’une activité professionnelle récente ;
- elle méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.


La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise, qui n’a pas présenté de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Templier, a été entendu au cours de l’audience publique du
2 octobre 2025 à 9h45.



Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sri-lankais né le 19 août 1977, déclarant être entré en France le 27 octobre 2007, a été muni d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » valable du 29 janvier 2019 au 28 janvier 2023. Il en a sollicité le renouvellement et s’est vu délivrer, le 7 mars 2023, un récépissé de demande de carte de séjour l’autorisant à travailler. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d’Oise a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié ».


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…). ».

En présence d’une demande de régularisation sur le fondement de l’article L. 435-1 précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l’ordre public, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi.

Il ressort des pièces du dossier, et notamment des contrats de travail et bulletins de salaire produits par le requérant, que celui-ci a travaillé de manière constante sur le territoire français depuis le mois d’avril 2016 jusqu’au mois de septembre 2024, justifiant d’une intégration professionnelle. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour de l’intéressé, le préfet du Val-d’Oise a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision attaquée doit être annulée.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au moyen d’annulation retenu ci-dessus, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-d’Oise procède au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » de M. A.... Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A....



D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Val-d’Oise a implicitement refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de M. A... est annulée.


Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de procéder au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,
Mme Jung, première conseillère,
M. Templier, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.

Le rapporteur,
Signé
P. TEMPLIER

Le président,
Signé
C. CANTIÉ

La greffière,


Signé


S. BOUSSUGE

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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