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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2500305

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2500305

mercredi 10 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2500305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantHUBERT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a obligé M. B., ressortissant malien, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'un an. La juridiction retient que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé, en mentionnant à tort qu'il n'avait pas sollicité de titre de séjour, alors qu'il avait déposé une demande pour soins. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B. dans un délai de deux mois. La décision s'appuie notamment sur les articles L. 423-23 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2410113 du 7 janvier 2025, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. A... B..., enregistrée le 21 novembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Versailles.

Par cette requête, enregistrée le 8 janvier 2025 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et par des mémoires complémentaires enregistrés les 17 janvier et 23 mai 2025, M. B..., représenté par Me Hubert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, car il justifie de circonstances humanitaires spécifiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bories, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant malien né le 31 décembre 1998, est entré en France le 17 janvier 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 5 novembre 2024, dont l’intéressé demande l’annulation, le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ».
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a demandé la délivrance d’un titre de séjour pour soins le 2 mai 2023. Sa demande a fait l’objet d’un avis émis le 16 janvier 2024 par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), communiqué le même jour à la sous-préfecture d’Antony, dont il ressort que l’état de santé de l’intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité et que le traitement approprié n’est pas disponible au Mali. Dans ces conditions, en mentionnant dans l’arrêté attaqué que M. B... n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour depuis son entrée sur le territoire français, le préfet des Yvelines a entaché cet arrêté d’un défaut d’examen de la situation personnelle de l’intéressé justifiant son annulation.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du préfet des Yvelines du 5 novembre 2024, en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement implique qu’il soit procédé au réexamen de la situation de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l’intéressé une autorisation provisoire de séjour pour la durée de ce réexamen.

Sur les frais liés à l’instance :
M. B... étant admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Hubert, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Hubert de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B....



D É C I D E :

Article 1er : M. B... est admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L’arrêté du préfet des Yvelines du 5 novembre 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l’attente et pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L’État versera une somme de 1 000 euros à Me Hubert, conseil de M. B..., en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à la mission d’aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans l’hypothèse où M. B... ne serait pas admis à l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet des Yvelines et à Me Hubert.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Dufresne, premier conseiller,
M. Bories, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2025.

Le rapporteur,
signé
A. Bories
Le président,
signé
T. Ablard


La greffière,

signé

M-J. Ambroise



La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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