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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2501009

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2501009

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2501009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier et 4 février 2025, M. B A, représenté par Me Bamba, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2025 par lequel préfet des Hauts-de-Seine a ordonné son transfert aux autorités néerlandaises responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Bamba, son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnait l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de la saisine des autorités néerlandaises.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, qui n'appelle aucune observation particulière de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bamba, avocat désigné d'office représentant M. B A, assisté de M. E, interprète en Bengali, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 21 octobre 1995, a présenté une demande d'asile en France le 18 décembre 2024. La consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'il était en possession, à cette date, d'un visa périmé depuis moins de 6 mois, délivré le 9 mai 2024, par les autorités néerlandaises. La demande de prise en charge adressée à ces autorités le 27 décembre 2024 a été acceptée le 8 janvier 2025. Par un arrêté du 16 janvier 2025, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités néerlandaises.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, adjoint au chef de bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a reçu délégation du préfet à cet effet par un arrêté SGAD n° 2024-57 du 15 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées aux demandeurs d'asile en vertu des dispositions précitées, ont été remises à M. B A le 18 décembre 2024, dans leur version en langue bengali, comprise par l'intéressé. Les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de la signature de l'intéressé, attestent de leur communication intégrale, le requérant ayant par ailleurs certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement 604/2013 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B A a bénéficié d'un entretien individuel, le 18 décembre 2024, réalisé à la préfecture des Hauts-de-Seine. A cette occasion, le requérant a déclaré comprendre le bengali et l'entretien a été conduit en présence d'un interprète en cette langue. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'il aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de l'entretien individuel mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture des Hauts-de-Seine ". En présence des initiales de l'agent sur le compte-rendu d'entretien, ainsi que du cachet de la préfecture, et de la production en défense par le préfet de la décision du 7 octobre 2024 permettant de confirmer la qualité de l'agent affecté au bureau de l'asile, l'ensemble de ces éléments permettent de considérer que le requérant a pu bénéficier d'un entretien individuel mené par un agent qualifié. Si M. B A conteste également l'absence d'indication de la durée de l'entretien, ce qui ne permettrait pas de s'assurer qu'il a bénéficié du temps nécessaire pour prendre connaissance de l'ensemble des informations devant lui être communiquées, il a attesté avoir compris la procédure mise en œuvre au cours de cet entretien et n'apporte aucun élément de nature à établir que la durée de celui-ci ne lui a pas permis de comprendre correctement les informations prévues à l'article 4 du règlement susmentionné ou de faire valoir toutes observations en temps utile. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B A, qui a signé le compte-rendu de cet entretien individuel sans réserve, a été privé d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le préfet des Hauts-de-Seine produit en défense la requête aux fins de prise en charge adressée le 24 décembre 2024 aux autorités néerlandaises ainsi que l'accord explicite en réponse à cette demande, adressé par ces mêmes autorités aux autorités françaises le 8 janvier 2025 via le réseau de communication " DubliNet ". Il en résulte que le préfet des Hauts-de-Seine établit la régularité de la procédure de prise en charge qu'il a initiée conformément aux dispositions du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'apporte pas la preuve de la saisine des autorités néerlandaises doit être écarté.

10. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté de transfert attaqué est entaché d'un vice de forme au regard des dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, il n'apporte pas à l'appui de son moyen les précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

T. LouvelLe greffier,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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