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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2501329

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2501329

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2501329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARMIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour pour raisons de santé, l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour d'un an pris par le préfet des Hauts-de-Seine. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien de 1968 n'était pas fondé, le préfet s'étant appuyé sur l'avis du collège de médecins. En conséquence, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de l'interdiction de retour n'étant pas établie, l'ensemble des conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et de frais de justice a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 27 janvier, 24 avril et 9 mai 2025, M. A B, représenté par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait voir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique.

- le rapport de Mme Froc, conseillère ;

- et les observations de Me Marmin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 9 juillet 1963, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 décembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. La décision portant refus de séjour attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, les stipulations des articles 6-5 et 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle mentionne les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de M. B, notamment s'agissant de son état de santé et de sa situation personnelle et familiale en France. Ainsi, cette décision, qui n'était pas tenue de faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Il suit de là que l'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est elle-même suffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7. au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ". Aux termes des stipulations du paragraphe 5 du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens admis dans des établissements de soins français et n'ayant pas leur résidence habituelle en France peuvent se voir délivrer par l'autorité française compétente, après examen de leur situation médicale, une autorisation provisoire de séjour, renouvelable le cas échéant. ".

4. Pour refuser la demande de titre de séjour de M. B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis du 21 septembre 2024 du collège de médecins du service médical de l'OFII, selon lequel, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'un carcinome urothélial de la vessie nécessitant un suivi spécialisé et un traitement médicamenteux par immunothérapie de type Pembrolizumab. Si le requérant produit plusieurs certificats récents émanant des établissements publics de santé de Bouira et Bousaada, de médecins généralistes et d'un pharmacien exerçant en Algérie qui indiquent que le traitement qui lui est dispensé en France est indisponible dans ce pays, ces certificats sont rédigés en termes identiques et stéréotypés, certains d'ailleurs comportant la même mention erronée de l'âge du requérant, et ne permettent pas de conclure que ce traitement ne serait absolument pas accessible en Algérie, que ce soit en raison d'une indisponibilité totale ou d'un cout prohibitif. De surcroît, ni ces certificats, établis pour l'essentiel par des médecins généralistes, ni les attestations établies par l'oncologue de l'hôpital Tenon, qui suit actuellement le requérant, ne mentionnent expressément que, le cas échéant, aucun traitement de substitution ne pourrait être envisagé, permettant à M. B de bénéficier d'un suivi et d'un traitement médical adapté en cas de retour en Algérie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Le moyen tiré de la violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination, et doit être écarté pour ce motif. En outre, par elle-même, la mesure d'éloignement ne constitue pas un traitement inhumain et dégradant.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2018. Toutefois, s'il est entré sur le territoire muni d'un visa court séjour, il est constant qu'il s'y est maintenu irrégulièrement n'effectuant que récemment des démarches de régularisation. Par ailleurs, il n'établit pas avoir noué de liens personnels significatifs sur le territoire français. En outre, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales, amicales ou sociales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 55 ans. Dans ces conditions, le seul état de santé de l'intéressé, tel que mentionné au point 4 ne permet pas de faire regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de cette prétendue illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis 2018. Par ailleurs, il n'établit pas disposer d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France et ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires. Dans les circonstances de fait rappelées aux points précédents, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français durant un an, le préfet des Hauts-de-Seine, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision qui ne fixe pas le pays à destination duquel l'intéressé peut être reconduit. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11 Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

E. FROC

Le président,

Signé

C. HUON La greffière,

Signé

S. RIQUIN

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2501329

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