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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2501345

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2501345

lundi 21 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2501345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantABASSADE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, saisi en exécution de son jugement du 17 février 2023, a examiné la demande de Mme E visant à obtenir le relogement de sa famille. La commune de Clichy-la-Garenne opposait l’hébergement d’urgence par l’État, l’irrégularité du séjour des requérants et la vente de l’immeuble. Le Tribunal a rejeté ces arguments, considérant que l’hébergement provisoire était insuffisant pour une famille de cinq personnes et que la situation administrative des requérants était régularisée. Il a enjoint à la commune de proposer un hébergement décent sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des articles L. 521-3-1 du code de la construction et de l’habitation et L. 911-4 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par le jugement n° 2012742 en date du 17 février 2023, le Tribunal a annulé la décision par laquelle le maire de la commune de Clichy-la-Garenne avait refusé de procéder à l'hébergement ou au relogement de Mme A E et enjoint à la commune de Clichy-la-Garenne de proposer à l'intéressée un hébergement décent correspondant à ses besoins et ceux de sa famille pour la durée des travaux affectant l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Par une lettre en date du 22 novembre 2023, enregistrée le 11 décembre 2023,

Mme E a informé le président du Tribunal des difficultés qu'elle rencontrait pour obtenir l'exécution de ce jugement et demandé l'édiction des mesures nécessaires et d'assortir celles-ci, s'il y a lieu, d'une astreinte.

Par une lettre en date du 12 décembre 2023, le président du Tribunal a invité le maire de la commune de Clichy-la-Garenne à " justifier de la nature et de la date des mesures qui ont été prises pour assurer l'exécution du jugement ou de (lui) faire connaître les raisons qui pourraient retarder ou empêcher cette exécution ".

Par une lettre en date du 13 juin 2024, le président du Tribunal a rappelé au maire de la commune de Clichy-la-Garenne les termes de son courrier du 12 décembre 2023.

Par une lettre en date du 6 août 2024, le président du Tribunal a rappelé au maire de la commune de Clichy-la-Garenne les termes de son courrier du 13 juin 2024.

Par une lettre en date du 29 décembre 2024, enregistrée le 2 janvier 2025,

Mme E a demandé l'édiction de mesures nécessaires à l'exécution du jugement et d'assortir ces mesures, s'il y a lieu, d'une astreinte.

Le président du Tribunal a, par une ordonnance en date du 13 janvier 2025, ouvert, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement n° 2012742 en date du 17 février 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2025, la commune de

Clichy-la-Garenne, ayant pour avocate la SELARL Drai associés, représentée par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête.

La commune de Clichy-la-Garenne fait valoir que :

- Mme E et sa famille sont hébergées par l'État à Rueil-Malmaison depuis une date antérieure au jugement du 17 février 2023 ;

- la requérante étant en situation irrégulière sur le territoire français, la famille ne peut pas prétendre à un logement dans le cadre du parc de logements sociaux dont elle dispose par la voie de l'office public HLM ;

- elle ne dispose pas de biens dans son domaine privé susceptibles d'être proposés à la famille ;

- l'immeuble a fait l'objet d'un transfert de propriété au terme d'une vente par adjudication qui a mis fin à toute obligation de relogement.

Par un mémoire enregistré le 7 mai 2025, Mme E, née D, et

M. B E, tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, représentés par Me Abassade, avocate, demandent au Tribunal :

1°) d'enjoindre au maire de la commune de Clichy-la-Garenne de leur faire une proposition de relogement dans un appartement adapté à la composition de la famille, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, pendant toute la durée des travaux sur l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse, et, à cette fin de lui communiquer un calendrier, même provisoire, des travaux entrepris ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- s'ils sont pris en charge, au titre du " 115 ", le logement qu'ils occupent - une pièce de 19 m2 avec mezzanine - est d'une surface trop réduite pour une famille de cinq personnes ;

- la commune de Clichy-la-Garenne n'a pas respecté l'injonction énoncée dans le jugement du 17 février 2023 ;

- en tout état de cause, leur situation administrative au regard du droit au séjour en France est désormais régularisée ;

- ils ont, à de nombreuses reprises, saisi la commune de Clichy-la-Garenne de leur situation ;

- l'impossibilité matérielle d'exécuter le jugement du 17 février 2023 opposée par la commune de Clichy-la-Garenne est inopérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le jugement n° 2012742 en date du 17 février 2023, devenu définitif ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Kelfani, président ;

- les observations de Me Abassade, avocate ;

- les observations de Me Margoli, avocate ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. En raison des désordres affectant l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse, à

Clichy-la-Garenne, le maire de cette commune a, notamment par des arrêtés de péril en date des 22 avril 2016, 26 décembre 2016 et 13 février 2017, mis en demeure le propriétaire de l'immeuble, la SCI Barbusse Clichy, d'exécuter les travaux de nature à mettre fin à ces désordres. En l'absence de réponse du propriétaire à ces injonctions, et au regard de l'aggravation sérieuse de l'état du bâtiment, le maire de la commune de Clichy-la-Garenne, par un arrêté du 20 octobre 2020, en a ordonné l'évacuation immédiate et l'interdiction d'accès et d'occupation. Par le jugement n° 2012742 en date du 17 février 2023, le Tribunal a annulé la décision par laquelle le maire de la commune de Clichy-la-Garenne avait refusé de procéder à l'hébergement ou au relogement de Mme A E, occupante de bonne foi d'un logement situé dans l'immeuble, et enjoint à la commune de Clichy-la-Garenne de proposer à l'intéressée un hébergement décent correspondant à ses besoins et ceux de sa famille pour la durée des travaux affectant l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement. Mme E, née D, et

M. B E, tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, demandent, à titre principal, au Tribunal, sur le fondement de l'article

L. 911-4 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de

Clichy-la-Garenne de leur faire une proposition de relogement dans un appartement adapté à la composition de la famille pendant toute la durée des travaux sur l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse.

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ". Aux termes de l'article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que les travaux prescrits le rendent temporairement inhabitable, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / À défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant () ". Aux termes de l'article L. 521-3-2 du même code : " I. - Lorsque des prescriptions édictées en application de l'article L. 184-1 sont accompagnées d'une interdiction temporaire ou définitive d'habiter et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, son époux et leurs trois enfants, nés les 1er février 2008, 4 juillet 2012 et 23 janvier 2019, sont actuellement hébergés, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence dit " 115 " dans un hôtel situé à

Rueil-Malmaison. Il n'est pas contesté que cet hébergement, qui consiste en une unique chambre de 19 m2 avec mezzanine, ne correspond pas aux besoins d'une famille de cinq personnes et ne répond donc pas aux prescriptions de l'article L. 521-1 du code de la construction et de l'habitation. Il suit de là que Mme E, née D et M. E, qui ont par ailleurs, avant d'engager la procédure prévue à l'article L. 911-4 du code de justice administrative, saisi à plusieurs reprises, notamment les 18 avril 2023, 19 juillet 2023,

8 août 2023 et 28 septembre 2023, les services de la commune de Clichy-la-Garenne, sont fondés à soutenir que le jugement n° 2012742 en date du 17 février 2023 n'a pas été entièrement exécuté. Enfin, eu égard aux obligations qui pèsent sur elle en vertu des dispositions des articles L. 521-3-1 et L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation et du jugement du

17 février 2023, la commune de Clichy-la-Garenne ne saurait utilement se prévaloir, pour refuser d'exécuter l'injonction prononcée à l'article 2 de ce jugement, de ce que Mme E serait en situation irrégulière en France, sa situation administrative au regard du droit au séjour en France et celle de son époux ayant au demeurant été régularisée. La commune ne peut pas davantage utilement soutenir qu'elle ne disposerait que de ressources immobilières limitées ou de ce que l'immeuble a fait l'objet, en 2024, d'un transfert de propriété au terme d'une vente par adjudication.

4. Dans ces conditions, il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée à l'article 2 du jugement du 17 février 2023 d'une astreinte d'un montant de 150 (cent-cinquante) euros à compter d'un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, si la commune de Clichy-la-Garenne ne justifie pas avoir, avant l'expiration de ce délai, proposé à Mme et M. E un hébergement décent correspondant à leurs besoins et à ceux de leur famille pour la durée des travaux affectant l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse.

5. Une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros est mise à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'injonction prononcée à l'article 2 du jugement n° 2012742 du 17 février 2023 est assortie d'une astreinte d'un montant de 150 euros à compter d'un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, si la commune de Clichy-la-Garenne ne justifie pas avoir, avant l'expiration de ce délai, proposé à Mme et M. E un hébergement décent correspondant à leurs besoins et à ceux de leur famille pour la durée des travaux affectant l'immeuble situé 93, rue Henri Barbusse.

Article 2 : La commune de Clichy-la-Garenne versera à Mme et M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, née D et

M. B E et à la commune de Clichy-la-Garenne.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mmes C et Schneider, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

K. KELFANI

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

Signé

C. CLa greffière,

Signé

I. MERLINGE

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2501345

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