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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2501972

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2501972

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2501972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2025, M. B C, représenté par Me Marion Veillat, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure du fait de l'absence de notification de l'arrêté dans une langue qu'il comprend, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 572-1 et de l'article L. 141-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait le délai de saisine de l'Etat responsable fixé par l'article 21 alinéa 1 du règlement n°604-2013 du 26 juin 2013, en l'absence d'accusé de réception du point national français et belge ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 sur la communication des brochures d'information ;

- il méconnait l'article 5 du même règlement relatif à la personne qualifiée qui doit mener l'entretien individuel ;

- il méconnait l'article 17 du même règlement relatif à l'application de la clause discrétionnaire ;

- il méconnait l'article 3-2 de ce règlement dans la mesure où les défaillances systémiques de l'Etat belge sont avérées ;

Par un mémoire de production de pièces, enregistré le 12 janvier 2025, le préfet des Hauts-de-Seine indique ne pas avoir d'observation à formuler et communiquer l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A. Bories, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en l'absence du préfet des Hauts-de-Seine ou de son représentant ;

-le rapport de M. Bories, magistrat désigné,

-les observations de Me Veillat, avocate commise d'office représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et renonce à sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais, né le 22 octobre 2001, a présenté une demande d'asile en France le 12 décembre 2024, à l'occasion de laquelle il est apparu qu'il est entré sur le territoire européen muni d'un visa de court séjour délivré le 28 août 2024 par les autorités consulaires belges à New-Delhi. Dans ce cadre, les autorités belges ont été saisies le 24 décembre 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12§4 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 30 janvier 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé le transfert de l'intéressé aux autorités belges responsables de l'examen de sa demande d'asile, arrêté dont l'intéressé demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées du 5) de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, cette exigence constituant une garantie pour le demandeur d'asile ;

3. Le résumé de l'entretien individuel mené avec M. C, le 12 décembre 2024 avec un membre du personnel de la préfecture des Hauts-de-Seine ne permet pas d'identifier l'agent ayant conduit cet entretien, quand bien même il y est indiqué qu'il a été mené par " un agent qualifié de la préfecture des Hauts-de-Seine " ; ce document, communiqué par le préfet des Hauts-de-Seine, ne comporte ni la signature ni même les initiales de cet agent, mais seulement l'esquisse d'un tampon totalement illisible de la préfecture, qui n'est pas susceptible d'apporter la moindre information au requérant ou au tribunal ; en outre, si le préfet des Hauts-de-Seine produit la délégation de signature qu'il a consentie à certains agents du bureau de l'asile pour signer les décisions de transfert et le cas échéant pour signer " les documents et correspondances nécessaires à l'instruction des dossiers ", cette délégation, collective, ne permet pas d'identifier l'agent qui a mené l'entretien avec M. C, pas plus qu'aucune autre des pièces du dossier ; ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine n'établit pas que l'entretien du 12 décembre 2024 a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé du transfert de M. C aux autorités belges, responsables de sa demande d'asile, doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. C. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ce réexamen.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. M. C, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat et a bénéficié, lors de l'audience, de l'assistance d'une avocate commise d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'arrêté du 30 janvier 2025 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

A. Bories La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501972

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