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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2502005

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2502005

mardi 14 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2502005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantARIFA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. B..., ressortissant marocain, contre un arrêté préfectoral du 2 janvier 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, une insuffisance de motivation, une erreur manifeste d'appréciation et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de M. B..., considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2025, M. A... B..., représenté par Me Arifa, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 janvier 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français san délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ou « vie privée et familiale », à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et en tout état de cause de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :
elle a été signée par une autorité incompétente ;
elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle est entachée d’une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, eu égard au pouvoir général de régularisation du préfet, dès lors qu’il justifie de sa présence sur le territoire français depuis plus de sept ans et de l’exercice d’une activité professionnelle depuis octobre 2020 alors qu’il ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;
elle a été signée par une autorité incompétence ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
-
elle a été signée par une autorité incompétente ;
-
elle est entachée d’une absence de motivation ;
-
elle est entachée d’une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :
elle a été signée par une autorité incompétente.

Le préfet du Val-d’Oise n’a pas produit d’observations en défense.

Par une ordonnance du 14 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée le 9 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Courtois, rapporteure,
- et les observations de Me Arifa, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant marocain, né le 28 août 1994, entré en France le 13 août 2017 selon ses déclarations, a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour le 10 janvier 2023. Par un arrêté du 2 janvier 2025, dont M. B... demande l’annulation, le préfet du Val d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L’étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». L’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

D’autre part, aux termes de l’article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : (…) 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 441-2 du code pénal : « Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines (…) ». Les dispositions de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne font nullement obstacle à l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire qui lui permet de régulariser la situation d'un étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle. Lorsque l’administration se fonde sur le 2° de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour refuser la délivrance d’un titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise a estimé que M. B... ne justifiait pas de circonstances humanitaires et de motifs exceptionnels dès lors qu’il a commis des faits l’exposant aux condamnations pénales prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal, en application de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B... fait valoir être entré en France le 13 août 2017 et verse à l’instance un contrat de travail à durée indéterminée, pour un emploi de manutentionnaire gondolier au sein de la société Motalprix, ainsi que ses bulletins de salaire attestant qu’il a travaillé à temps complet pour la période d’octobre 2020 à décembre 2024, ce dont il résulte qu’il établit exercer une activité professionnelle stable et continue, à temps complet, pour une période de plus de quatre ans. S’il ressort des termes de l’arrêté attaqué que M. B... a présenté, pour faciliter son embauche, une fausse carte nationale d’identité italienne, ce qu’il ne conteste pas, il n’est pas établi, ni même allégué par le préfet du Val-d’Oise que ce fait isolé ait donné lieu à des poursuites pénales à l’encontre du requérant. Dans ces conditions, eu égard à ces éléments qui témoignent de la présence durable de l’intéressé et de son intégration professionnelle et sociale stable en France depuis au moins quatre années, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise a commis une erreur manifeste d’appréciation en refusant de délivrer à M. B... le titre de séjour qu’il sollicitait.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 2 janvier 2025 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

Le motif d’annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement que l’autorité compétente délivre à M. B... un titre de séjour en qualité de salarié. Il y a lieu, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Val‑d’Oise, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence actuel de l’intéressé, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et de le munir, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le versement à M. B... d’une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.



DECIDE :

Article 1 : L’arrêté du 2 janvier 2025 du préfet du Val-d’Oise est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet compétent au regard de son lieu de résidence actuel, de délivrer à M. B... un titre de séjour en qualité de salarié dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B... est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lamy, président,
Mme C... et Mme Courtois, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.

La rapporteure,

signé


M-A Courtois

Le président,

signé


E. LamyLa greffière,

signé


G. Romand

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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