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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2503921

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2503921

lundi 22 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2503921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantZANATTA DOS ANJOS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. B..., ressortissant srilankais, contre un arrêté préfectoral du 13 février 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs au droit au respect de sa vie privée et familiale. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le jugement a été rendu après une audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 mars ainsi que les 16 et 27 mai 2025, M. A... B..., représenté par Me Zanatta, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai et l’a obligé à remettre à l’autorité administrative son passeport ou tout autre document d’identité ou de voyage en échange d’un récépissé valant justificatif d’identité ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de le munir, dans cette attente, d’un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la même notification et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :



S’agissant de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- elle n’a pas été prise à l’issue d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors qu’il ne représente aucune menace grave pour l’ordre public en France ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est fondée sur une décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour qui est entachée d’illégalité.

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est entachée d’illégalité.

S’agissant de la décision portant obligation de remettre son passeport :
- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est entachée d’illégalité.


Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 4 décembre 2025, à 10h30 :
- le rapport de M. Templier,
- et les observations de Me Des-Boscs, substituant Me Zanatta, représentant M. B....



Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant srilankais né le 15 janvier 1991, entré en France le 18 septembre 2009 selon ses déclarations, a sollicité le 4 octobre 2024 la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 13 février 2025, dont l’intéressé demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque ce délai sera expiré et l’a obligé à remettre à l’autorité administrative son passeport ou tout autre document d’identité ou de voyage en échange d’un récépissé valant justificatif d’identité.


Sur la légalité de l’arrêté attaqué :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

Il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté contesté, M. B... s’était marié, le 20 août 2022 à Noisy-Le-Grand, à une compatriote titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle, valable du 23 janvier 2024 au 22 janvier 2026, avec laquelle il a eu une fille, née le 30 avril 2024 à Paris. Les pièces produites à l’instance, telles que des factures ou des pièces médicales, permettent d’établir que le requérant contribue à l’entretien ainsi qu’à l’éducation de son enfant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B... est présent sur le territoire français depuis 2009, l’intéressé ayant signé un contrat de travail à durée indéterminée le 1er décembre 2019, qui a été modifié par un avenant en date du 1er juillet 2024 afin de porter la rémunération du requérant à la somme de 2 476,06 euros pour 169 heures de travail mensuel. Enfin, s’il ressort des termes de l’arrêté en litige que M. B... a été condamné pénalement le 23 février 2017 par le tribunal correctionnel de Pontoise à une peine de 300 euros d’amende pour des faits de conduite d’un véhicule sans permis, de tels faits, eu égard à leur ancienneté et à leur caractère isolé, ne suffisent à démontrer, à eux seuls, que la présence de l’intéressé en France représenterait une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour prise à l’encontre de M. B... a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d’intérêt public poursuivis, en méconnaissance des stipulations et dispositions citées ci-dessus.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision portant refus de séjour prise à l’encontre de M. B... doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les autres décisions que comporte l’arrêté en litige.


Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

Eu égard au moyen d’annulation retenu au point 3, l’exécution du présent jugement implique nécessairement qu’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » soit délivré à M. B.... Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de délivrer ce titre de séjour à l’intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de la même notification, sans assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat, à ce titre, la somme de 1 200 euros à verser à M. B....



D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté en date du 13 février 2025 du préfet du Val-d’Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de la même notification.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,
Mme Jung, première conseillère,
M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2025.

Le rapporteur,
Signé
P. TEMPLIER

Le président,
Signé
C. CANTIÉ

La greffière,


Signé


S. BOUSSUGE

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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