Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mars 2025, Mme C... A... épouse B..., représentée par Me Rosin, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence du préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 7 janvier 2024 ;
3°) à titre principal, d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable deux ans dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer dans un délai de 48 heures un document provisoire de séjour assorti d’une autorisation de travail sous la même astreinte, et à défaut de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an portant la même mention et sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ; à titre subsidiaire, d’enjoindre à ce même préfet de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours et de la munir, le temps de ce réexamen et dans un délai de 48 heures, d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision attaquée :
est insuffisamment motivée ;
méconnait les dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnait les dispositions de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance en date du 9 janvier 2026, la date de clôture de l’instruction a été fixée au 11 février 2026.
Par une décision du 3 novembre 2025, Mme A... épouse B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n°91-947 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mathieu ;
et les observations de Me Pluchet, représentant Mme A... épouse B....
Considérant ce qui suit :
Mme A... épouse B..., ressortissante jamaïcaine, est entrée en France en 2006, et s’y est maintenue au bénéfice de plusieurs titres de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dont le dernier était valable du 27 décembre 2023 au 26 décembre 2023. Elle est, depuis le 4 novembre 2023, mariée à M. B..., ressortissant français. Le 7 janvier 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour via la plateforme ANEF, procédure au titre de laquelle elle s’est vu délivrer une attestation de prolongation d’instruction valable du 12 janvier au 11 avril 2024. Elle conteste la décision de rejet née, selon elle, du silence gardé pendant plus de quatre mois par l’administration sur cette demande.
Sur les conclusions à fins d’annulation :
Aux termes de l’article R. 421-2 du code de justice administrative : « Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l’intéressé dispose, pour former un recours, d’un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. (…) ». Selon l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». L’article R. 432-2 du même code dispose que la décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois.
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... épouse B..., titulaire d’une carte de séjour temporaire, en a sollicité le renouvellement le 7 janvier 2024, au moyen du téléservice ANEF, et s’est vu remettre des attestations de prolongation d’instruction. Il ne résulte pas de l’instruction que le dossier de demande de renouvellement de titre de séjour ainsi déposé n’aurait pas été complet. Dans ces conditions, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet au terme d’un délai de quatre mois sur la demande ainsi présentée.
Aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n’a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français. ».
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... épouse B... réside en France depuis 2015, qu’elle est mariée depuis le 4 novembre 2023 avec un ressortissant français et est mère de trois enfants dont l’une est de nationalité française. Elle verse au dossier des avis d’échéance de loyer établis à son nom et à celui de son époux sur lesquels figure la même adresse, justifiant l’existence d’une communauté de vie entre les époux. Au regard de ces éléments qui établissent que la communauté de vie des époux n’a pas cessé depuis le mariage, la requérante est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... épouse B... est fondée à demander l’annulation de la décision implicite née du silence du préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 7 janvier 2024.
Sur les conclusions à fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard au motif d’annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique, sous réserve de tout changement dans la situation de droit ou de fait de l’intéressée, que soit délivrée à Mme A... épouse B... une carte de séjour pluriannuelle d’une durée de deux ans portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A... épouse B... ce titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de la munir d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Mme A... épouse B... ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et sous réserve de la renonciation de Me Roisin, avocat de Mme A... épouse B..., à percevoir la somme correspondant à la part contributive et de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Roisin de la somme de 1 000 euros au titre de ces dispositions. Dans le cas où Mme A... épouse B... ne serait pas définitivement admise à l’aide juridictionnelle, l’État versera la somme de 1 000 euros à l’intéressée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par Mme A... épouse B..., née du silence gardé sur celle-ci par le préfet des Hauts-de-Seine, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A... épouse B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de la munir d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’État versera à Me Rosin une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État. Dans le cas où Mme A... épouse B... ne serait pas définitivement admise à l’aide juridictionnelle, l’État versera la somme de 1 000 euros à Mme A... épouse B....
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... épouse B..., à Me Rosin, et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l’audience du 6 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Mathieu, présidente ;
- Mme David-Brochen, première conseillère ;
- M. Sitbon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2026.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Mathieu
L’assesseure la plus ancienne,
signé
L. David-Brochen
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.