Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 25 mars 2025 et 16 février 2026, M. C... A... B..., représenté par Me Bogliari, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, et de lui délivrer durant cet examen, une autorisation de séjour, valant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision rejetant sa demande de titre de séjour :
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet du Val d’Oise, qui n’a pas produit d’observations en défense.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dufresne ;
- et les observations de Me Bogliari, pour M. A... B....
Une note en délibéré, produite pour M. A... B..., a été enregistrée le 11 mars 2026, et n’a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant sri lankais, né le 5 août 1989, déclare être entré sur le territoire français le 3 octobre 2018, démuni de tout visa. A la suite de l’annulation par le tribunal administratif de céans, par un jugement n° 2400902 du 29 février 2024, de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Val d’Oise le 19 janvier 2024, M. A... B... a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le préfet du Val-d’Oise, par un arrêté du 25 février 2025, dont M. A... B... demande l’annulation, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Pour refuser au requérant le titre de séjour sollicité sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet du Val-d’Oise fait valoir, d’une part, que M. A... B... n’est « pas dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où résident ses parents et sa fratrie, et où il a vécu jusqu’à l’âge de 29 ans » et d’autre part, que « son épouse titulaire d’un titre de séjour en cours validité peut demander une introduction de son époux au titre du regroupement familial ». Toutefois, M. A... B... établit résider en France depuis 2018 avec Mme D..., devenue son épouse le 7 novembre 2020, ainsi qu’il ressort du certificat de mariage de la mairie de Garges-lès-Gonesse, et qui était titulaire, à la date de l’arrêté attaqué, d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 12 juillet 2024, et qui a été renouvelé le 14 août 2024 jusqu’au 13 août 2026. La vie commune des époux est établie par différents documents à partir de 2020, dont des déclarations d’impôt sur les revenus et des courriers sociaux aux deux noms. En outre, les époux vivent en France avec leur fille, née à Gonesse le 9 octobre 2024, ainsi qu’avec un enfant, né le 19 mai 2011 d’une première union de l’épouse de M. A... B..., qui est affecté de troubles cognitifs nécessitant un suivi scolaire renforcé, et à l’entretien et à l’accompagnement duquel le requérant pourvoit. Dans ces conditions, et sans que puisse lui être valablement opposé le fait que son épouse serait susceptible de solliciter son introduction en France au titre du regroupement familial, M. A... B... est fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise a, par l’arrêté attaqué, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi et, par suite, méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du préfet du Val-d’Oise en date du 25 février 2025 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
5. D’une part, compte tenu du motif d’annulation exposé ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A... B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante à l’instance, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 25 février 2025 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A... B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail.
Article 3 : L’Etat versera à M. A... B... une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Dubois, président,
M. Dufresne, premier conseiller,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
G. Dufresne
Le président,
Signé
J. Dubois
La greffière,
Signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, le greffier.