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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2505748

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2505748

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2505748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOLNARD-WUJCZAK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision de l'OFII refusant à Mme A, ressortissante guinéenne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La juridiction a estimé que l'OFII n'avait pas pris en compte la vulnérabilité particulière de la requérante, mère isolée d'un jeune enfant, en violation des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lus à la lumière de la directive 2013/33/UE. Le tribunal a enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2025, Mme C A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, en violation des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas conformes aux objectifs du droit européen ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle se trouve dans une situation de grande précarité avec son fils, né le 21 février 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

L'OFII fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gabez, magistrate désignée, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 avril 2025 :

- le rapport de Mme Gabez, magistrate désignée ;

- les observations de Me Colnard-Wujczak, avocate désignée d'office, représentant Mme A, non présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui soutient, en outre, que :

- Mme A n'a pas fait l'objet d'un entretien personnel d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- Mme A, en qualité de mère isolée d'un jeune enfant, se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière.

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, est arrivée en France le 17 octobre 2023. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été enregistrée le 26 mars 2025. Par une décision du même jour, dont la requérante demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours à compter de son entrée sur le territoire français, sans justifier d'un motif légitime.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

3. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où il envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort des pièces que la demande d'asile présentée par Mme A a été enregistrée le 26 mars 2025, soit plus de 90 jours après son arrivée sur le territoire français, le 17 octobre 2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante, qui était enceinte lorsqu'elle est arrivée en France, a donné naissance à un enfant, le 21 février 2024. Mme A soutient, sans être contredite, qu'elle élève seule son fils et qu'elle est isolée en France. Elle fait également état de sa grossesse et de ses conditions d'accouchement difficiles, ainsi que d'un épisode dépressif, qui ne lui ont pas permis d'effectuer des démarches administratives dans le délai requis. Dans ces conditions, Mme A, en qualité de mère isolée d'un enfant âgé d'un an, doit être regardée comme établissant se trouver, à la date de la décision attaquée, dans une situation de particulière vulnérabilité au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a déposé sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours suivant son arrivée en France, l'OFII n'a pas suffisamment pris en compte sa vulnérabilité et, ce faisant, a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 26 mars 2025 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 26 mars 2025. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de prendre une décision en ce sens dans le délai quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, Mme A ayant bénéficié de l'assistance de l'avocate désignée d'office, de faire droit aux conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er La décision du 26 mars 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 26 mars 2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. Gabez

La greffière,

signé

M. BLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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