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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2506192

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2506192

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2506192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGORALCZYK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. D..., ressortissant ivoirien, contestant l’arrêté préfectoral du 27 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était inopérant, faute pour l’intéressé d’avoir présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement. Il a également écarté le grief de violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, estimant que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2025, M. B... D..., représenté par Me Goralczyk, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 août 2024, par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

A titre subsidiaire :

3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

En tout état de cause :

5°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de produire son entier dossier administratif ;

6°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2025, le préfet du Val-d’Oise confirme la décision attaquée et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;


Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant ivoirien, né le 21 octobre 1977, est entré en France le 26 mars 2022 muni d’un visa C valable du 16 mars 2022 au 16 juin 2022. Par un arrêté du 27 août 2024, le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire pendant une durée d’un an.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432‑14 (…) ».

Lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laissent à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Le législateur n’a ainsi pas entendu imposer à l’administration d’examiner d’office si l’étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d’office la commission du titre de séjour quand l’intéressé est susceptible de justifier d’une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu’un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 à l’encontre d’une obligation de quitter le territoire français alors qu’il n’avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l’autorité compétente n’a pas procédé à un examen d’un éventuel droit au séjour à ce titre.

En l’espèce, M. D... doit être regardé comme se prévalant de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il ressort toutefois de ce qui a été dit au point précédent que le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors qu’il n’établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet n’a pas examiné d’office sa situation en application de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En second lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Si M. D... se prévaut de ses trois années de présence en France, de ce qu’il occupe un emploi en qualité de chauffeur-livreur depuis deux ans et de ce qu’il dispose d’un logement à son nom, de telles circonstances ne suffisent pas à établir que la mesure d’éloignement attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but qu’elle poursuit.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de verser aux débats le dossier administratif complet de l’intéressé, que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. D... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.









D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Dubois, président ;
M. Probert, premier conseiller ;
M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2026.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin
Le président,

signé

J. Dubois
La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour ampliation, la greffière.






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