Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme E..., ressortissante algérienne, contestant l'arrêté du 11 avril 2025 du préfet du Val-d'Oise l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen particulier, l'erreur manifeste d'appréciation, l'illégalité du contrôle d'identité et la méconnaissance du principe du contradictoire. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2025, Mme B... E..., représentée par Me Zared, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 60 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros.
Mme E... doit être regardée comme soutenant que :
- l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est illégal en l’absence d’examen particulier de sa situation par le préfet ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation, le préfet se trompant sur le nom de la requérante et son pays de nationalité ;
- il est illégal en raison de l’illégalité du contrôle d’identité dont elle a fait l’objet ;
- il méconnait le principe du contradictoire ;
- il méconnaît l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; il est dès lors entaché d’un défaut de base légale ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les dispositions de l’accord franco-algérien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et transmets les pièces utiles du dossier sans présenter d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Jacquinot a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme B... E..., de nationalité algérienne, née le 28 août 1993, fait valoir être entrée sur le territoire français le 26 mars 2023. Le 10 avril 2025, elle a fait l’objet d’un contrôle pour des faits de séjour irrégulier et de travail dissimulé au cours duquel sa situation irrégulière sur le territoire français a été constatée. Par un arrêté du 11 avril 2025, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Mme E... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.
L’arrêté contesté a été signé par Mme D... C..., adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l’éloignement, qui disposait d’une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté n° 25-019 du 31 mars 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
Les décisions attaquées comportent un énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu’être écarté.
Il ressort des termes mêmes des décisions attaquées que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant de les édicter. Le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation personnelle de la requérante doit dès lors être écarté.
S’il est fait état d’erreurs dans le nom et dans la nationalité de la requérante, aucune erreur n’apparait cependant à la lecture de l’arrêté attaqué, étant observé que les énonciations de la requête apparaissent sur ce point viser des personnes étrangères au présent litige. Le moyen tiré d’une erreur manifeste d'appréciation en raison de ces erreurs doit dès lors être écarté.
Les mesures de contrôle et de retenue sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l’étranger qui en fait l’objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l’étranger de quitter le territoire. Dès lors, il n’appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle et de la retenue qui ont, le cas échéant, précédé l’intervention de mesures d’éloignement d’un étranger en situation irrégulière. Ainsi, les conditions dans lesquelles la requérante aurait été contrôlée et auditionnée sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.
Aux termes de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». Si les dispositions de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement telle qu’une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l’Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu’il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d’éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.
Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été entendue lors du contrôle de sa situation le 10 avril 2025, qu’elle a été informée de l’irrégularité de sa situation et de la possibilité de son éloignement et qu’elle a pu émettre des observations. Par suite, le moyen tiré de ce qu’elle aurait été privée de son droit à être entendue ne peut qu’être écarté.
Aux termes de de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que si l’intéressée fait valoir être entrée sur le territoire français de manière régulière, elle justifie seulement être entrée en Espagne au cours de la période de validité de son visa. Elle ne produit en revanche aucun justificatif permettant d’établir qu’elle serait entrée sur le territoire français au cours de cette période. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une méconnaissance de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
La requérante se borne à faire état, de manière lapidaire, de la présence de membres de sa famille et d’un cercle d’amis sur le territoire français. Elle n’en justifie toutefois nullement, ne fournissant pas, par exemple, le type de liens familiaux qu’elle entretiendrait en France. En outre, si elle fait état, encore de manière succincte, occuper un emploi en France, elle ne justifie pas du type d’emploi occupé ou de son ancienneté de travail. Ainsi, alors que la requérante a passé la quasi-totalité de sa vie en Algérie, l’arrêté attaqué n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Le moyen tiré d’une méconnaissance de l’accord franco-algérien susvisé n’est assorti d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de Mme E... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... E... et au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.
Le rapporteur,
Signé
M. Jacquinot
Le président,
Signé
T. Bertoncini
La greffière,
Signé
M. A...
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.