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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2508299

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2508299

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2508299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantASSAOUCI MAKROUM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C... A..., un ressortissant malien, qui contestait une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation de son pays de renvoi. La juridiction a jugé que la décision préfectorale était régulière, notamment en écartant les griefs d'incompétence et d'insuffisance de motivation. Elle a estimé que l'éloignement vers le Mali ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, l'intéressé n'ayant pas démontré l'absence de tout lien avec son pays d'origine. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 611-1.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2025, M. C... A..., représenté par Me Assouci Makroum, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 25 juin 2024 par lesquelles le préfet du Val-d’Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2024, modifiée par décision rectificative du 24 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Probert, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. C... A..., ressortissant malien né le 2 janvier 2002, est entré en France en juillet 2018, selon ses déclarations. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’arrêté attaqué est revêtu de la signature de Mme D..., adjointe au directeur des migrations et de l’intégration de la préfecture du Val-d’Oise qui bénéficiait, en vertu d’un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d’une délégation du préfet du Val-d’Oise à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de M. B..., directeur des migrations et de l’intégration, les décisions portant refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d’un délai de départ volontaire, et les décisions fixant le pays de renvoi. Il n’est pas établi que M. B... n’était ni absent ni empêché à la date de l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée a été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision contestée fait suite à une décision de refus de séjour contenue dans le même arrêté. L’arrêté en litige vise notamment les dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-3, L. 435-1 et L. 423-23, L. 611-1 et L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il fait application. Il fait mention de ce que l’intéressé est entré dépourvu de visa, indique qu’il n’y a pas lieu de lui délivrer un titre de séjour, et qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale. La décision d’éloignement contenue dans l’arrêté, qui n’avait pas à faire l’objet d’une motivation autonome, permettait ainsi à l’intéressé de savoir que l’autorité préfectorale entendait lui faire application des dispositions du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l’obliger à quitter le territoire français. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (...) ».

Si M. A... soutient qu’il est dépourvu de liens familiaux directs dans son pays d’origine, et que ses attaches personnelles et professionnelles sont en France, l’intéressé n’allègue pas être dépourvu de toutes attaches au Mali, pays dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de seize ans. Le requérant n’établit pas l’existence des attaches personnelles et de l’insertion professionnelle dont il se prévaut sur le territoire français, alors au demeurant qu’il ressort des termes de l’arrêté en litige qu’il a entendu solliciter son admission au séjour au titre de ses études. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Pour les motifs indiqués au point précédent, la décision en litige n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur la situation de l’intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, il résulte des points 2 à 6 que le moyen tiré de l’illégalité de la décision, du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

En second lieu, pour les motifs indiqués au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation de l’intéressé doivent être écartés.





Il résulte de tout ce qui précède que l’ensemble des conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A... à fin d’injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Val-d’Oise.


Délibéré après l’audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,
M. Probert, premier conseiller,
Mme Gaudemet, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.


Le rapporteur,

signé

L. Probert Le président,

signé

S. Ouillon
La greffière,

signé

S. Nimax


La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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