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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2510488

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2510488

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2510488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'invalidation de son permis de conduire pour solde nul de points. Le tribunal a jugé que la notification de la décision par lettre recommandée avait été régulièrement effectuée à l'adresse du requérant, rendant son recours tardif et irrecevable. La décision s'appuie sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative et R. 223-3 du code de la route concernant les règles de notification.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juin 2025 et 4 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

d’annuler la décision « 48 SI » du 21 novembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a invalidé son permis de conduire ainsi que les décisions portant retrait de points à laquelle elle se réfère, à la suite des infractions commises les 11 mai 2024, 16 mars 2024, 9 janvier 2024, 8 octobre 2023 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire ;

de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
les décisions portant retrait de permis et de points ne lui ont pas été notifiées ;
il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
la réalité des infractions n’est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
les conclusions sont irrecevables car tardives ;
les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le code de la route ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

A la suite d’infractions au code de la route, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48 SI » du 21 novembre 2024, prononcé l’invalidation de ce permis et lui a ordonné à de restituer son titre de conduite. M. B... demande l’annulation de la décision référencée « 48 SI » du 21 novembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions des 8 octobre 2023, 9 janvier 2024, 16 mars 2024 et 11 mai 2024.

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ». Aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ». Aux termes de l’article R. 223-3 du code de la route : « (…) Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l’auteur de l’infraction est informé par le ministre de l’intérieur par lettre recommandée avec demande d’avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l’invalidation du permis de conduire et enjoint à l’intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d’outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception (…) ».
La notification d’une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu’elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l’intéressé. Dans la décision procédant à l’invalidation du permis de conduire et au retrait des derniers points, établie selon un modèle de lettre « 48 SI », le ministre récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Cette lettre mentionne les voies et délais de recours ouverts à l’encontre de ladite décision.
Il incombe à l’administration, lorsqu’elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d’une action introduite devant une juridiction administrative, d’établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l’intéressé. En cas de retour à l’administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Il résulte de la réglementation postale, et notamment de l’instruction postale du 6 septembre 1990, qu’en cas d’absence du destinataire d’une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet « preuve de distribution » de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l’avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l’heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d’instance et le nom et l’adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l’apposition d’une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l’avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d’instance.
Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d’une notification régulière le pli recommandé retourné à l’administration auquel est rattaché un volet « avis de réception » sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l’enveloppe ou sur l’avis de réception, l’indication du motif pour lequel il n’a pu être remis.
Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. B..., édité le 20 janvier 2026, que l’infraction relevée le 11 mai 2024 a donné lieu à l’édiction d’une décision référencée « 48 SI » adressée au domicile du requérant, « 2 cité Joliot Curie – 95870 Bezons », par lettre recommandée avec accusé de réception. L’accusé de réception n° 2C18525356755 produit par le ministre de l’Intérieur, qui correspond au numéro figurant sur le relevé d’information intégral s’agissant de cette infraction, est revenu au service expéditeur avec la mention « pli avisé et non réclamé » et comporte, outre le motif de non-distribution, la date de vaine présentation du pli le 2 décembre 2024 par une mention manuscrite du préposé de La Poste. Cette mention, qui révèle que M. B... a négligé de retirer ledit pli dans le délai de quinze jours, prévu par la règlementation postale, doit être regardée comme attestant qu’un avis de passage a été laissé à son domicile, l’avisant de l’existence du pli qui lui était ainsi adressé. Si le requérant fait valoir qu’il n’a jamais eu notification de ladite décision en raison d’une erreur dans son nom de famille sur l’avis postal, cette circonstance est sans incidence dès lors que le pli est retourné avec la mention « avisé et non réclamé » et non pas n’habite pas à l’adresse indiquée (NPAI).
Par suite, la décision « 48 SI » du 21 novembre 2024, dont le modèle mentionne les voies et délais de recours ouverts à l’encontre de ladite décision, doit être regardée comme régulièrement notifiée à la date de présentation du pli, soit le 2 décembre 2024.
Dans ces conditions, la présentation par pli recommandé à l’adresse de M. B..., le 2 décembre 2024, de la décision « 48 SI » récapitulant les retraits de points afférents aux infractions commises par le requérant et invalidant son titre de conduite, vaut notification de ces décisions et a fait courir le délai de recours contentieux contre chacune d’entre elles, même si le pli n’a pas été retiré par le requérant. En conséquence, la requête susvisée, qui a été enregistrée au greffe du tribunal administratif le 5 juin 2025, soit après l’expiration du délai de deux mois, prévu par les dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, est tardive. Le recours gracieux formé par M. B... le 5 juin 2025, introduit au-delà du terme du délai de recours contentieux, n’a ainsi pas eu pour effet de proroger le délai dont il disposait pour contester ladite décision. Par suite, la requête est entachée d’une irrecevabilité manifeste et doit être rejetée pour ce motif.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


DECIDE :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.

La magistrate désignée,


Signé



E. Rolin
La greffière,


Signé



S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision

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