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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2512500

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2512500

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2512500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAFEUGUEMDJO BLANDINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. A, ressortissant turc, contre un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 5 juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour pour deux ans, et assignation à résidence. Le tribunal a soulevé d'office un moyen tiré de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, notifiant aux parties que le jugement pourrait être fondé sur cette irrecevabilité. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'instruction a été clôturée après l'audience publique. Les textes appliqués incluent la convention européenne des droits de l'homme et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 11, 20, 23 et 24 juillet 2025, M. C A, représenté par Me Mafeuguemdjo, avocate désignée d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure urgente propre à mettre fin à l'assignation à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions relatives à l'asile, dès lors qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile fondée sur des éléments nouveaux ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas cherché à se soustraire à une précédente obligation de quitter le territoire français ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

La décision portant assignation à résidence :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, magistrat désigné, qui informe les parties que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aube du 5 juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont tardives ;

- les observations de Me Mafeuguemdjo qui confirme que le dernier mémoire, en date du 24 juillet 2025, récapitule l'ensemble des conclusions et des moyens de M. A ; en réponse au moyen d'ordre public, Me Mafeuguemdjo demande la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète en langue turque, et de son épouse, Mme D.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant turc né le 1er juillet 1997, déclare être entré en France en juillet 2020. Sa demande d'asile ayant rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), les 19 août 2021 et 21 décembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé, par un arrêté du 6 juin 2023, à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un arrêté du 5 juillet 2025, le préfet de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Enfin, par un arrêté daté du même jour, M. A a été assigné à résidence par le préfet des Hauts-de-Seine dans le département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Le requérant demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les deux arrêtés du 5 juillet 2025.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

2. Aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. " Et, aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. ". Selon l'article R. 921-3 de ce code : " Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de l'Aube a été notifié à M. A le 5 juillet 2025 et mentionnait qu'il disposait d'un délai de recours de sept jours pour le contester devant le tribunal administratif. Les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ont été présentées le 24 juillet 2025, soit après l'expiration du délai de recours prévu par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, sont tardives. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aube du 5 juillet 2025 sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision d'éloignement :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans pareille hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision d'assignation à résidence. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aube a obligé M. A, par un arrêté du 5 juillet 2025, devenu définitif, à quitter le territoire français sans délai en se fondant notamment sur le fait qu'il ne justifiait pas de son mariage avec Mme D, qu'il ne démontrait pas avoir exécuté une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 6 juin 2023 et qu'il ne démontrait pas davantage être empêché de solliciter une demande de regroupement familial " depuis son pays d'origine ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A justifie avoir exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français du 6 juin 2023. Il démontre être retourné en Turquie et avoir été interpellé, le 29 avril 2024, incarcéré pendant trois mois, puis placé sous contrôle judiciaire, à compter du 30 juillet 2024, pour des faits de " propagande en faveur d'une organisation terroriste armée (PKK) " et " appartenance à une organisation terroriste armée ". Ayant de nouveau fui son pays, il est revenu en France en fin d'année 2024. Il s'est marié le 23 mai 2025 avec Mme D, ressortissante marocaine en situation régulière sur le territoire française, rencontrée en décembre 2023 et avec laquelle il vit. Enfin, il a déposé, le 4 juillet 2025, une troisième demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA en se fondant notamment sur les nouvelles circonstances survenues en Turquie. Ces circonstances nouvelles sont de nature à entraîner des effets qui excèdent ceux qui s'attachent normalement à la mise à exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de suspendre les effets de la décision portant obligation de quitter le territoire du 5 juillet 2025 et d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 juillet 2025 portant assignation à résidence de M. A est annulé.

Article 2 : L'exécution de la décision du 5 juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. ProstLa greffière,

signé

O. Astier La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2512500

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