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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2512613

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2512613

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2512613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPLACE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 17 mars 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de la carte de résident de Mme A B épouse C. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et qu'il existait un doute sérieux quant à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande et de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2025, Mme A B épouse C, représentée par Me Place, demande à la juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 17 mars 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que la décision litigieuse concerne un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'elle a pris toute diligence nécessaire au renouvellement de son titre de séjour ; qu'elle est placée dans une situation irrégulière ; qu'en l'absence de document de séjour, son contrat de travail risque d'être suspendu et elle ne peut se voir attribuer un logement social ; que le refus de renouvellement porte atteinte à sa liberté de circulation, à son droit au travail ainsi qu'à ses droits sociaux ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet dès lors que :

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son dossier était complet ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observation en défense.

Vu :

- la requête n° 2512654, enregistrée le 11 juillet 2025, par laquelle Mme B épouse C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 29 juillet 2025 à

10 heures 30.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Richard, juge des référés ;

- et les observations de Me Place, représentant Mme B épouse C, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens, et demande en outre qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer tout document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C, ressortissante marocaine née le 22 juin 1989, est entrée régulièrement en France le 5 décembre 2014 et s'est vue délivrer une carte de résident valable du 11 décembre 2014 au 10 décembre 2024, dont elle a sollicité le renouvellement le 1er octobre 2024 via le site " démarches simplifiées " puis le 23 octobre 2024 en utilisant le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). Le 17 mars 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande pour incomplétude de son dossier. Par la présente requête, Mme B épouse C demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de clôture de sa demande de renouvellement de carte de résident en tant qu'elle révèle une décision de refus de délivrance de sa demande de titre.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé le

17 mars 2025 la demande de renouvellement de carte de résident de Mme B au motif de l'incomplétude de son dossier. Toutefois, il résulte de la capture d'écran du compte ANEF de l'intéressée et du procès-verbal de constat d'huissier dressé le 7 juillet 2025, que les services de la préfecture des Hauts-de-Seine ont demandé le 14 mars 2025 à Mme B de compléter son dossier en produisant des preuves de sa présence en France pour les années 2021, 2022 et 2023, demande à laquelle elle a répondu dès le 15 mars 2025 en communiquant des relevés de compte et des avis d'impôt sur le revenu pour les années en cause, alors même que ces documents ne sont pas exigibles aux termes de la ligne 64 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative aux demandes de renouvellement de cartes de résident. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, et compte-tenu de l'absence d'observation en défense de la part du préfet des Hauts-de-Seine, la demande de titre de séjour déposée par la requérante doit être regardée comme complète et ayant fait naître, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quatre mois après cette date, une décision implicite de rejet susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

5. D'autre part, Mme B demandant la suspension du refus de renouvellement de sa carte de résident qui lui a été opposé et le préfet des Hauts-de-Seine ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle paraissent propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme B aux fins de suspension de la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Le code de justice administrative dispose dans son article L. 511-1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. Il y a lieu, par suite, d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, à l'examen de la situation administrative de la requérante et, d'autre part, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de renouveler la carte de résident de Mme B épouse C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme B épouse C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction portant autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse C une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 30 juillet 2025

La juge des référés,

signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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