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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2512626

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2512626

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2512626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFAVAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A B, ressortissante mexicaine. La condition d'urgence a été présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Le tribunal a retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2025, Mme D A B, représentée par Me Favain, demande à la juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 3 juin 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de " conjoint de français " et de lui remettre, dans l'attente, un document provisoire de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que la décision litigieuse concerne un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'elle est placée dans une situation irrégulière ; qu'en l'absence de document de séjour, son contrat de travail risque d'être suspendu et elle est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions dès lors qu'elle bénéficie d'un droit au séjour en sa qualité de conjoint de français.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la requête n° 2512724, enregistrée le 13 juillet 2025, par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 29 juillet 2025 à

10 heures 30.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Richard, juge des référés ;

- et les observations de Me Favain, représentant Mme A B, présente, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A B, ressortissante mexicaine née le 22 octobre 1990, est entrée en France le 9 mai 2024 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale / conjoint de français ", valable du 5 avril 2024 au 4 avril 2025. Le 3 février 2025, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour via le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). En l'absence de réponse de l'administration dans un délai de quatre mois après le dépôt de la demande de renouvellement de Mme A B, une décision implicite de rejet est née le 3 juin 2025. Par la présente requête, Mme A B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Par suite, Mme A B demandant la suspension du refus implicite de renouvellement du titre de séjour qui lui a été opposé et le préfet des Hauts-de-Seine ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ressort des pièces produites que la requérante a sollicité, par un courrier recommandé avec accusé de réception reçu le 12 juin 2025 par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée, en l'absence de réponse à la demande de communication des motifs de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour, paraît notamment propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme A B aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour par le préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le code de justice administrative dispose dans son article L. 511-1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

8. Il y a lieu, par suite, d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation administrative de la requérante et, d'autre part, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction lui permettant de travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A B prise par le préfet des Hauts-de-Seine est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de

Mme A B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, d'autre part, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C épouse E une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 30 juillet 2025

La juge des référés,

signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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