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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2512643

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2512643

mercredi 6 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2512643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE SAYEC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné les recours de M. B, ressortissant tunisien, contre un arrêté préfectoral du 10 juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans, et une assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité. Le tribunal a rejeté l'ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 12 juillet 2025 sous le numéro 2512643 et un mémoire complémentaire enregistré le 31 juillet 2025, M. C B, représenté par Me le Sayec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas statué sur sa demande de titre de séjour préalablement déposée ;

- elles est illégale dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procéder à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard en particulier de sa vulnérabilité.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elles est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'appelle pas d'observations de sa part et transmets les pièces utiles du dossier.

II. Par une ordonnance n° 2520819 du 31 juillet 2025, le président de la deuxième section du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 21 juillet 2025 sous le numéro 2514083.

Par cette requête, M. B, représenté par Me le Sayec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'un défaut de motivation dès lors qu'il est astreint à demeurer dans les Hauts-de-Seine alors qu'il bénéficie d'un

hébergement et d'un suivi social et éducatif avec l'aide sociale à l'enfance de Paris ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision attaquée est de nature à l'empêcher de poursuivre son suivi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'appelle pas d'observations de sa part et transmets les pièces utiles du dossier.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jacquinot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquinot ;

- les observations de Me Le Sayec, représentant M. B, qui rappelle la vulnérabilité de l'intéressé et souligne que les décisions attaquées témoignent d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de nationalité tunisienne, né le 20 novembre 2006, fait valoir être entré sur le territoire français en 2022. Le 10 juillet 2025, il a été interpellé par les services de police. Par un arrêté du 10 juillet 2025, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois. M. B demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes numéro 2512643 et 2514083 sont présentées par le même requérant et présentent à juger des questions semblables et ont trait à une situation unique. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. L'arrêté contesté a été signé par M. A, adjoint au chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n°2015-13 du 30 avril 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

5. Les décisions attaquées comportent un énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est entré sur le territoire français qu'en février 2022 selon ses propres déclarations lors de son audition du 10 juillet 2025. A considérer cette date d'entrée en France comme établie, alors même qu'il ne produit aucune pièce justificative sur ce point, celle-ci présente un caractère récent. Si des oncles et des cousins sont présents sur le territoire français selon ses déclarations, qui ne sont pas davantage étayées d'éléments probants, il ressort toutefois de ses propres explications lors de son audition après interpellation que ses parents, ses frères et le reste de sa famille demeurent en Tunisie. Si l'intéressé se prévaut de sa vulnérabilité en tant qu'ancien mineur isolé toujours suivi par l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat jeune majeur, d'un suivi pour addictologie et de la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle en coiffure, ces différents éléments ne permettent cependant pas d'établir l'existence d'attaches stables ou intenses sur le territoire français. Enfin, l'intéressé est célibataire sans charge de famille. Dans ces conditions, compte tenu du caractère encore récent de la présence de l'intéressé sur le territoire français, du peu de liens qu'il y a noué, étant par ailleurs sans domicile fixe, et de la présence des membres de sa famille proche dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, laquelle apparait résider pour l'essentiel en Tunisie, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même le requérant fait état de différents facteurs de vulnérabilité, eu égard aux objectifs poursuivis par ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. L'attestation de dépôt d'une " pré-demande " de titre de séjour en date du 26 juin 2025 ne permet pas, à ce stade, de considérer que le préfet des Hauts-de-Seine aurait été régulièrement saisi d'une demande de titre de séjour sur laquelle il aurait dû statuer avant de prendre la décision attaquée, étant observée que M. B ne produit aucun élément supplémentaire à cet égard, tel qu'un récépissé de demande de titre de séjour. La seule production d'une convocation de la préfecture de police de Paris, laquelle n'est d'ailleurs assortie d'aucune précision sur les motifs d'une telle convocation, ne permet pas davantage d'établir l'existence d'une demande de titre de séjour régulièrement déposée antérieurement à l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

10. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine a mené un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'édicter la décision attaquée.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, dirigée contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée par voie de conséquence.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit aux point 7 et 8 du présent jugement, que l'intéressé ne démontre pas l'existence de liens affectifs intenses et stables en France, qu'il conserve des liens dans son pays d'origine, tandis que son arrivée en France présente un caractère récent. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et de l'analyse de sa situation personnelle, le préfet des Hauts-de-Seine, en prenant une interdiction de retour à son encontre et en fixant sa durée à deux ans, n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête numéro 2512643 doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

17. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que M. B a été assigné à résidence, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, dans le département des Hauts-de-Seine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 10 juillet 2025, ainsi que de l'attestation d'hébergement produite, que le requérant réside au 72 rue Saint Blaise dans le 20ème arrondissement de Paris. Le préfet n'a identifié dans le département des Hauts-de-Seine aucun autre lieu dans lequel l'intéressé serait susceptible de résider au cours de l'exécution de la mesure d'assignation à résidence. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à soutenir qu'en l'assignant à résidence, dans le département des Hauts-de-Seine au sein duquel n'est pas fixé sa résidence, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête numéro 2514083, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence.

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné à résidence M. B est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes numéro 2512643 et 2514083 de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me le Sayec et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2025.

Le magistrat désigné,

signé

M. Jacquinot

Le greffier,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2514083

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