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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2515250

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2515250

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2515250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELMI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution des décisions implicites du préfet des Hauts-de-Seine refusant le renouvellement du titre de séjour et la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction. La juge des référés a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la requérante ne justifiant pas d'une situation précaire ou d'une atteinte suffisamment grave à ses droits sociaux. En conséquence, les conclusions à fin de suspension ont été rejetées, de même que les demandes d'injonction et d'astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2025, Mme A B épouse C, représentée par Me Selmi, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler et à voyager ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard, ou de la munir d'une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler et à voyager, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée en présence d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; en tout état de cause, la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve placée dans une situation irrégulière et précaire, portant atteinte à ses droits sociaux ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne la décision portant refus d'attestation de prolongation d'instruction :

. elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

. elle est entachée d'un défaut de motivation ;

. elle méconnaît les dispositions de l'article R.431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

. elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

. elle est entachée d'un défaut de motivation ;

. elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

. elle méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation :

Le préfet, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2514140, enregistrée le 1er août 2025, par laquelle Mme B épouse C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cordary, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 septembre 2025 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Cordary, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requérante tendant à la délivrance d'une carte de résident, présentant un caractère, excèdent la compétence de la juge des référés et sont dès lors manifestement irrecevables ;

- les observations de Me Selmi, représentant Mme B épouse C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.

- Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante tunisienne née le 21 juillet 1995, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 14 septembre 2024. Par la présente requête, elle demande à la juge des référés de suspendre les décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé cette demande et a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne les conclusions tendant à la délivrance d'une carte de résident :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".

4. Mme B épouse C demande à la juge des référés d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, citées au point précédent, que la juge des référés ne peut ordonner que des mesures provisoires. Il suit de là que la juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure à caractère définitif. Or, la demande formulée par Mme B épouse C tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour présente un caractère définitif, ce qui excède donc la compétence de la juge des référés. Par suite, cette demande est manifestement irrecevable et doit être rejetée.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite portant refus de titre de séjour :

Quant à l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Le refus implicite de renouvellement du titre de séjour de Mme B épouse C fait présumer une situation d'urgence. De plus, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 22 juillet 2025, l'assurance maladie l'a informée qu'en l'absence de titre de séjour en cours de validité, ses droits seraient clôturés à compter du 5 septembre 2025. Dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à renverser cette présomption, l'intéressée doit être regardée comme justifiant suffisamment de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle. Par suite, la condition d'urgence doit en l'espèce être regardée comme satisfaite.

Quant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

7. D'une part, aux des dispositions de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Selon les dispositions l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

8. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, que Mme B épouse C a déposé, le 14 septembre 2024, une demande de renouvellement de titre de séjour sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). A cet égard, il résulte de l'instruction que Mme B épouse C a été informée par un courrier du 21 août 2025 de la direction générale des étrangers en France que, " après vérification du dossier dans le système informatique, nous constatons que la demande de titre de séjour a bien été vérifiée par le service instructeur ". Il s'ensuit, alors au demeurant que le préfet des Hauts-de-Seine n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le dossier déposé par Mme B épouse C n'aurait pas été complet, qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration, en application des dispositions précitées de l'article R.432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français ; () ".

10. Il n'est pas contesté que Mme B épouse C est mariée à un ressortissant français depuis au moins un an, avec lequel une communauté de vie perdure. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

11. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B épouse C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

13. La suspension prononcée implique que le préfet des Hauts-de-Seine réexamine la demande de Mme B épouse C et lui délivre durant le temps de ce réexamen, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B épouse C est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B épouse C et de lui délivrer durant le temps de ce réexamen, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme B épouse C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme B épouse C sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, 16 septembre 2025.

La juge des référés,

Signé

C. Cordary

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2515250

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