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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2517655

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2517655

lundi 13 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2517655
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPLACE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 3 mars 2025 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a classé la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A..., ressortissante kazakhstanaise, pour dossier incomplet. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas établie, la décision de classement ne pouvant être assimilée à un refus de renouvellement de titre de séjour. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Place, demande au juge des référés statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 3 mars 2025 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour en clôturant sa demande sur la plateforme ANEF ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... A... soutient que :

- l’urgence est présumée dès lors que la décision de clôture qui lui est opposée doit être regardée comme une décision de refus de renouvellement de titre de séjour ; ce refus de titre interrompt brutalement son droit au séjour et ses droits subséquents ;
- la décision de classement de sa demande pour incomplétude s’assimile à une décision de refus de renouvellement de carte de séjour dès lors que le dossier de sa demande était complet ;
- il existe des moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite attaquée :
cette décision est entachée d’incompétence ;
elle est entachée d’un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
elle est entachée insuffisance de motivation ;
elle est entachée d’une méconnaissance des articles L. 423-1, L. 423-6 et L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle remplit les conditions de délivrance d’une carte de résident conjoint de français et parent d’enfant français ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
elle est entachée d’une méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Vu :

- la requête au fond N°2517654 par laquelle Mme A... demande l’annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dubois, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

Mme A... ressortissante de nationalité kazakhstanaise née le 19 juillet 1984, est entrée régulièrement en France en 2015 sous couvert d’un visa Schengen. Elle s’est mariée en octobre 2015 à un ressortissant français. Elle a, en dernier lieu, été mise en possession d’une carte de séjour pluriannuelle valable du 7 juin 2022 au 6 juin 2024. Elle a sollicité le renouvellement de sa carte de résident par le truchement de la plateforme ANEF. Le 3 mars 2025 elle a été rendue destinataire d’une notification de classement de sa demande, motif pris de ce que, en dépit des cinq relances qui lui avaient été adressées, son dossier de demande est resté incomplet. Mme A... sollicite du juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cette décision de classement dont elle soutient qu’elle doit être regardée comme une décision de rejet de sa demande de renouvellement de carte de séjour.

D’une part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension de l’exécution d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension de l’exécution d’une décision relative au séjour en France d’un étranger, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe remplie dans le cas d’un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

D’autre part, aux termes de l’article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : (…) / 5° Une carte de résident (…) ». Aux termes de l’article R. 431-5 du même code : « Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire (…) ».

En l’espèce, pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre la décision attaquée, Mme A... soutient que le classement de sa demande pour incomplétude doit être regardé comme une décision de rejet de sa demande de renouvellement de carte de séjour, de sorte qu’elle peut se prévaloir de la présomption d’urgence attachée à un tel refus de renouvellement. Toutefois, en application des dispositions de l’article R. 431-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile citées au point précédent, il appartenait à la requérante de déposer sa demande de renouvellement de carte de séjour au plus tard le 6 avril 2024. Or, il ressort de l’attestation de prolongation d’instruction qui lui a été délivrée lors du dépôt de sa demande, ainsi qu’elle le soutient elle-même, que cette demande n’a été déposée que le 22 septembre 2024, soit plus de trois mois après l’expiration de sa précédente carte de séjour. Sa demande ne saurait ainsi s’analyser en une demande de renouvellement de titre de séjour mais constitue une première demande de titre. Si Mme A... fait valoir que ce retard n’est imputable qu’aux seuls dysfonctionnements de la plateforme ANEF, les copies d’écran qu’elle fournit pour étayer son propos ne font cependant mention de tels dysfonctionnements qu’à compter du 19 novembre 2024. Ces copies d’écran ne permettent ainsi pas d’établir que le retard avec lequel a été déposée la demande de renouvellement de l’intéressée résulterait de difficultés de fonctionnement intervenues entre le 6 février et le 6 mars 2024, période au cours de laquelle devait intervenir ce dépôt. En outre, la requérante n’a formé son recours au fond et en référé contre la décision de classement de sa demande que le 30 septembre 2024, soit plus de six mois après la notification de la décision en litige et quatre mois et demi après l’expiration, le 16 mai 2025, de la dernière attestation de prolongation d’instruction dont elle a été mise en possession. Il s’ensuit que Mme A... ne saurait se prévaloir d’une situation d’urgence à laquelle elle a elle-même contribué par son manque de diligences.

Il résulte de qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux, que la requête de Mme A... ne peut qu’être rejetée dans toutes ses conclusions sur le fondement des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....


Fait à Cergy, le 13 octobre 2025.


Le juge des référés,
Signé


J. DUBOIS

La République mande au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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