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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2517725

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2517725

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2517725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantMAILLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B... E... visant à annuler l'arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour étudiant et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le refus était légal, notamment car la requérante, bien qu'entrée régulièrement avec un visa de long séjour "mineur scolarisé", ne justifiait pas de la poursuite d'études supérieures ininterrompues depuis l'âge de seize ans, condition exigée par les articles L. 311-1, L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour déroger à l'exigence d'un nouveau visa. Les autres moyens, dont l'incompétence de la signataire et le défaut de motivation, ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2025, Mme B... E..., représentée par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l’État aux entiers dépens.

Mme E... soutient que :

En ce qui concerne l’ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dans l’application des articles L. 311-1, L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, elle est entrée régulièrement sur le territoire munie d’un visa de long séjour, dès lors il ne peut lui être à nouveau opposé la condition de détention d’un tel visa ; en tout état de cause, elle présente des éléments de nature exceptionnelle propres à justifier son retard dans ses démarches ; en effet, elle était hospitalisée ;
- elle méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’exercice du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Jacquinot a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme B... E..., de nationalité malienne, née le 1er octobre 2005, fait valoir être entrée sur le territoire français le 1er octobre 2022 de manière régulière, munie d’un visa de long séjour portant la mention « mineur scolarisé ». Le 26 mai 2025, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention « étudiant ». Par un arrêté du 3 septembre 2025, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.


Sur le moyen commun à l’ensemble des décisions :

L’arrêté attaqué a été signé par Mme C... A..., adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l’éloignement de la préfecture du Val-d’Oise, qui bénéficiait, en vertu d’un arrêté n° 25-047 du 1er juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise le 4 juillet suivant, d’une délégation à cet effet. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.


Sur la décision portant refus de titre de séjour :

La décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré d’une insuffisance de motivation ne peut qu’être écarté.

Aux termes de l’article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou de l'article L. 121-1, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants :/ 1° Un visa de long séjour, d'une durée maximale d'un an ; (…) ». Aux termes de l’article L. 422-1 du même code : « L’étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l’étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». Enfin, l’article L. 412-1 de ce code dispose que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ».

Il ressort des pièces du dossier que si Mme B... E... est entrée sur le territoire français le 1er octobre 2022 de manière régulière, munie d’un visa de long séjour portant la mention « mineur scolarisé », sa demande de carte de séjour portant la mention « étudiant », qui constitue une première demande, n’a été enregistrée que le 26 mai 2025, plus d’un an après l’expiration de ce précédent visa le 29 septembre 2023. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas que sa présence sur le territoire français soit nécessaire au déroulement de ses études dans un cursus « économie et gestion » ni qu’elle ait suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans. Dans ces conditions, c’est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a opposé à la requérante la condition relative à la production d’un visa de long séjour. Si elle se prévaut de circonstances exceptionnelles liées à une hospitalisation, elle justifie seulement, par les documents qu’elle produit, avoir fait l’objet de soins en raison d’une infection de longue durée, sans que ces soins n’aient donné lieu à une hospitalisation prolongée, la requérante ayant d’ailleurs poursuivi son parcours universitaire tout au long de cette période. La requérante ne justifie ainsi pas de circonstances exceptionnelles à cet égard. Le moyen tiré d’une erreur de droit doit dès lors être écarté.

Aux termes de de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

En présence d’une demande de régularisation sur le fondement de l’article L. 435-1 précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l’ordre public, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l’étranger, ainsi que les caractéristiques de l’emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d’admission au séjour.

Mme E... soutient résider sur le territoire français depuis le 1er octobre 2022 et qu’elle suit des études sur le territoire français. Toutefois, l’intéressée est célibataire et sans charge de famille et n’établit pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine où résident ses parents et sa fratrie. Par ailleurs, la durée de présence en France de Mme E... demeure récente. Enfin, la requérante ne démontre pas être dans l’incapacité de poursuivre des études dans son pays d’origine ni ne fait état d’une quelconque insertion professionnelle. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n’a pas, en lui refusant un titre de séjour, entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation dans l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

Il résulte des constatations opérées au point 8 que la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer à Mme E... un titre de séjour n’a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n’a donc pas méconnu les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 10 que la situation de la requérante ne relève pas de circonstances exceptionnelles tandis qu’elle ne justifie pas de liens privés ou familiaux stables ou intenses sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n’a commis aucune erreur manifeste d'appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation.




Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de Mme E... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... E... et au préfet du Val-d’Oise.


Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


Le rapporteur,
Signé
M. Jacquinot

Le président,
Signé
T. Bertoncini

La greffière,


Signé


M. D...


La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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