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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2517740

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2517740

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2517740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAISECOURT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C... visant à annuler son arrêté d'expulsion et son assignation à résidence. Le juge a estimé que le préfet du Val-d'Oise, en se fondant sur les articles L. 252-1, L. 252-2, L. 631-1 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avait légalement caractérisé une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public justifiant ces mesures. La juridiction a également considéré que les griefs tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et des libertés fondamentales n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 septembre 2025 et 15 janvier 2026, M. A... C..., représenté par Me Baisecourt, avocate, demande au Tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté, en date du 18 août 2025, notifié le 12 septembre 2025, par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son expulsion du territoire français ;

2°) d’annuler l’arrêté d’expulsion en tant qu’il fixe le Portugal comme pays de renvoi ;

3°) d’annuler l’arrêté, en date du 12 septembre 2025, notifié le même jour, par lequel le préfet du Val-d'Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pendant une durée de six mois ;

4°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui restituer son document d’identité portugais numéro 15319777 dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C... soutient que :
l’arrêté d’expulsion :

a été pris par une autorité incompétente ;
ne comporte pas de délai d’exécution, en méconnaissance de l’article R. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
est entaché d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation quant aux articles L. 252-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d’une erreur d’appréciation quant au caractère réel, actuel et suffisamment grave de la menace à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société qu’il représente ;
méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision fixant le Portugal come pays de renvoi :

a été pris par une autorité incompétente ;
méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de ses proches ;

l’arrêté d’assignation à résidence :

est illégal du fait de l’illégalité de l’arrêté d’expulsion ;
a été pris par une autorité incompétente ;
est entaché d’une motivation erronée en droit ;
est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
méconnaît les libertés d’aller et venir et de travailler.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Val-d’Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. C... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

le rapport de M. Kelfani, président ;
les conclusions de M. B..., rapporteuse publique ;
et les observations de Me Baisecourt.
Considérant ce qui suit :

Par un arrêté en date du 18 août 2025, notifié le 12 septembre 2025, le préfet du Val-d'Oise a ordonné l’expulsion du territoire français de M. C..., qui est de nationalité portugaise, à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par un arrêté en date du 12 septembre 2025, notifié le même jour, le même préfet a assigné M. C... à résidence dans le département du Val-d’Oise pendant une durée de six mois. M. C... demande au Tribunal d’annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d’annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l’arrêté d’expulsion :

D’une part, aux termes de l’article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont la situation est régie par le présent livre peut faire l'objet d'une décision d'expulsion, prévue à l'article L. 631-1, sous réserve que son comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. / Pour prendre une telle décision, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à sa situation, notamment la durée de son séjour sur le territoire national, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle dans la société française ainsi que l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. ». Aux termes de l’article L. 252-2 du même code : « Sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle, le citoyen de l'Union européenne qui séjourne régulièrement en France depuis dix ans ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion, en application de l'article L. 631-2, que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique. / Par dérogation au sixième alinéa de l'article L. 631-2, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou des délits punis de trois ans ou plus d'emprisonnement n'a pas pour effet de le priver du bénéfice des dispositions du présent article. ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ». Aux termes de l’article L. 631-2 du même code : « Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : (…) 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " (…) Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou des délits punis de trois ans ou plus d'emprisonnement (…) ».

Il est constant que l’arrêté d’expulsion dont l’annulation est demandée, qui ne vise ni l’article L. 252-1 ni l’article L. 252-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pourtant applicables aux citoyens de l’Union européenne, a été édicté sur le fondement des dispositions de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et au motif que la présence de M. C... sur le territoire français constituait une « menace grave pour l’ordre public ». Toutefois, dès lors qu’il est constant que M. C... réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, il entre dans le cadre des prévisions des dispositions précitées de l’article L. 252-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile quand bien même il a fait l’objet d’une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de trois ans ou plus d’emprisonnement. Il suit de là que le préfet du Val-d’Oise a, en ordonnant l’expulsion de M. C... sur le fondement des dispositions de L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, alors que la situation de l’intéressé relevait des seules dispositions de l’article L. 252-2 du même code, méconnu le champ d’application de la loi.

Il résulte de ce qui précède que l’arrêté, en date du 18 août 2025, par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné l’expulsion du territoire français de M. C..., doit être annulé en toutes ses dispositions.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l’arrêté d’assignation à résidence :

6. L’arrêté, en date du 12 septembre 2025, par lequel le préfet du Val-d'Oise a assigné le requérant à résidence dans le département du Val-d’Oise pendant une durée de six mois, est intervenu au motif que l’intéressé faisait l’objet de l’arrêté d’expulsion du 18 août 2025. Ce dernier arrêté étant, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, illégal, l’arrêté assignant M. C... à résidence est dépourvu de base légale.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C... est fondé à demander l’annulation, en toutes ses dispositions, de l’arrêté, en date du 12 septembre 2025, par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de six mois.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

8. Il ressort du récépissé valant justification d’identité, en date du 12 septembre 2025, remis à M. C... par la cheffe du bureau du contentieux et de l’éloignement à la direction des migrations et de l’intégration à la préfecture du Val-d’Oise que la carte nationale d’identité portugaise n° 15319777 valable jusqu’au 18 février 2029 dont dispose l’intéressé est retenue par l’administration suite aux arrêtés d’expulsion et d’assignation à résidence.

9. Compte tenu de l’annulation des arrêtés d’expulsion et d’assignation à résidence, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de restituer à M. C... sa carte nationale d’identité portugaise dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d’application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à M. C... d’une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : Les arrêtés du préfet du Val-d'Oise en date des 18 août et 12 septembre 2025, susvisés, sont annulés en toutes leurs dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de restituer à M. C... la carte nationale d’identité portugaise mentionnée au point 8 du présent jugement dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à M. C... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. D... et M. Chichportiche-Fossier, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2026.


Le rapporteur,


signé

K. KELFANI

L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,

signé

G. D...
La greffière,


signé

K. DIENG

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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