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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2519175

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2519175

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2519175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSIMOND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné les demandes de suspension de l’arrêté d’expulsion du 18 août 2025 et de l’arrêté d’assignation à résidence du 12 septembre 2025 pris par le préfet du Val-d’Oise à l’encontre de M. B..., ressortissant algérien. Le requérant invoquait notamment l’urgence, l’insuffisance de motivation, l’illégalité de la procédure d’expulsion au regard de l’article L. 632-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), une erreur d’appréciation de la menace pour l’ordre public, ainsi qu’une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant. La solution retenue par le tribunal n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais la décision porte sur la légalité des mesures d’éloignement et de surveillance, en application des articles L. 521-1 du code de

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2025 sous le numéro 2519175, M. A... B..., représenté par Me Simond, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de six mois, renouvelable ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors que, en l’obligeant tant à demeurer à son domicile qu’à pointer périodiquement à la gendarmerie de Marines, il est porté atteinte à sa liberté d’aller et venir ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
la décision en litige est insuffisamment motivée ;
elle est illégale en raison de l’illégalité de l’arrêté portant expulsion ; cet arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions de l’article L. 632-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; il est insuffisamment motivé ; il est entaché d’erreurs de fait et d’un défaut d’examen approfondi de sa situation personnelle et familiale dès lors que son mariage célébré en 1998/1999 en Algérie n’a duré que quelques mois avant d’être annulé, qu’il est le père de quatre et non trois enfants et que ses enfants dont deux mineurs et sa concubine sont de nationalité française ; il est entaché d’une erreur dans l’appréciation de la réalité, de la gravité et de l’actualité de la menace pour l’ordre public ; il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; il méconnait l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
la mesure d’assignation est entachée d’un détournement de pouvoir et d’une erreur de droit au regard de l’article L.731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2025 le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que
la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que le requérant ne démontre pas que les modalités de pointage ainsi que l’obligation de présence à son domicile porte à ses libertés une atteinte excessive ;
aucun des moyens soulevés n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

II- Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2025 sous le numéro 2519176, M. A... B..., représenté par Me Simond, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 18 août 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision portant refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond, et ce dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est présumée et est remplie dès lors qu’une décision implicite refusant de lui renouveler un certificat de résidence algérien lui a été opposée ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

En ce qui concerne la décision portant expulsion du territoire français :

- elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l’article L. 632-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreurs de fait et d’un défaut d’examen approfondi de sa situation personnelle et familiale dès lors que son mariage célébré en Algérie en 1998/1999 en Algérie n’a duré que quelques mois avant d’être annulé, qu’il est le père de quatre et non trois enfants et que ses enfants dont deux mineurs et sa concubine sont de nationalité française ;
- elle est entachée d’une erreur dans l’appréciation de la réalité, de la gravité et de l’actualité de la menace pour l’ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir et d’une erreur de droit au regard de l’article L.731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien :

- elle méconnaît les stipulations de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2025 le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 18 août 2025 portant expulsion du territoire français.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2519200, enregistrée le 18 octobre 2025, par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision portant assignation à résidence ;
- la requête n° 2519274, enregistrée le 18 octobre 2025, par laquelle M. B... demande l’annulation des décisions implicite portant refus de renouvellement de titre de séjour et expresse portant expulsion du territoire français ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 5 novembre 2025 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;
- les observations de Me Simond, représentant M. B..., présent, qui confirme les conclusions des requêtes par les mêmes moyens.

Le préfet du Val-d’Oise n’étant ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Des pièces produites en délibéré ont été enregistrées sous le n° 2519176 le 5 novembre 2025 à 15 h 32 qui n’ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 18 août 1978, entré en France en 1989 bénéficiait d’un certificat de résidence de 10 ans délivré le 17 octobre 1995 lequel a été renouvelé en dernier lieu jusqu’au 4 septembre 2024. Le 15 juillet 2024, l’intéressé en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 18 août 2025, le préfet du Val-d’Oise a prononcé son expulsion du territoire français. Par un arrêté du 12 septembre 2025, le préfet du Val-d’Oise a assigné M. B... à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de six mois, renouvelable, et lui a fait obligation de se présenter à la gendarmerie de la commune de Marines les mardi et jeudi à 14h. Par ses requêtes, M. B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution, d’une part, de l’arrêté du 18 août 2025 prononçant son expulsion du territoire français et de la décision implicite portant refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien qu’il estime être révélé par cet arrêté et, d’autre part, de l’arrêté du 12 septembre 2025 portant assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de six mois, renouvelable.

Sur la jonction :

2. Les requêtes numéros 2519175 et 2519176 ont été présentées par un même requérant et présentent à juger des questions connexes. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.


Sur les conclusions aux fins de suspension de l’exécution de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

En ce qui concerne l’arrêté portant expulsion :

4. Aux termes d’une part de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ». Aux termes de l’article L. 631-3 du même code : « 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; /2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; /3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins quatre ans soit avec un ressortissant français ayant conservé la nationalité française, soit avec un ressortissant étranger relevant du 1°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; /4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; /5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier d'un traitement approprié./ (…) Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine.(…) ».

5. Aux termes de l’article L. 632-1 du même code : « L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : (…) 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative (…)». Aux termes de l’article L. 632-2 du même code : (…) Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. (…) ».

6. Enfin, aux termes de l’article 7 bis de l’accord-franco-algérien susvisé : « Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. ; (…) ». S’il résulte de ces stipulations qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement de ce certificat tenant à l'existence d'une menace pour l'ordre public, en revanche cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger suivant les modalités définies par le législateur.

7. En l’espèce, le préfet a pris sa décision au motif que le comportement du requérant constitue une menace grave pour l’ordre public. Il ressort des éléments du dossier, que M. B... a fait l’objet de plusieurs condamnations pénales. Il a ainsi été condamné par jugement définitif du tribunal correctionnel de Bobigny le 21 décembre 2004 à une peine d’emprisonnement de 15 jours pour des faits de vol aggravé par deux circonstances le 17 décembre 2004, par des arrêts définitifs de la cour d’assises de l’Eure et Loir le 5 décembre 2007, à huit ans d’emprisonnement pour vol avec arme le 23 septembre 2005, recel de bien provenant d’un vol courant septembre 2005, vol en réunion le 23 septembre 2005 et vol le 23 septembre 2005, de la cour d’assises de l’Eure le 17 mars 2010, à 12 ans de réclusion criminelle pour vol avec arme les 21 et 28 juillet 2025 et vol aggravé par deux circonstances le 1er juillet 2005, et en dernier lieu, de la cour d’assises de Paris le 19 mai 2021, à six ans d’emprisonnement pour des faits de vol en bande organisée avec arme (récidive) le 17 août 2014. Selon ses déclarations devant les membres de la commission d’expulsion, laquelle a émis un avis favorable à son expulsion, il a déclaré avoir fait l’objet de quatre mandats de dépôt et être sorti en 2021. Les condamnations pénales de l’intéressé entrent dans les exceptions mentionnées à l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Aussi, nonobstant la présence de membres de sa famille en France, alors qu’au demeurant, il ne peut être regardé comme démontrant, par les pièces produites, la stabilité et l’intensité des liens qu’il entretient notamment avec ses enfants, et à supposer même que l’avis de la commission d’expulsion du 30 juin 2025 ne lui aurait pas été communiqué, lequel comporte pour autant sa signature, en l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par le requérant, s’agissant de l’arrêté d’expulsion, n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté du 18 août 2025 en litige.





En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :

8. Aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : (…)/6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion (…) ».

9. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, en l’état de l’instruction aucun des moyens invoqués par le requérant n’est également de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté du 12 septembre 2025 en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l’urgence, que les conclusions à fin de suspension des requêtes de M. B... susvisées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Les requêtes n° 2519175 et 2519176 sont rejetées

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Fait à Cergy, le 13novembre 2025.

La juge des référés,

signé

H. Le Griel

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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