Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 octobre 2025, le 8 novembre 2025, le 11 novembre 2025 et le 12 novembre 2025 et un mémoire enregistrés le 13 novembre 2025 sous le n°2519513, M. A... B..., représentée par Me Yahiaoui, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 18 août 2025 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire et ce jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et de le munir dans cette attente d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours, le tout sous astreinte de 100 € par jour de retard
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est présumée s’agissant d’un arrêté d’expulsion ; en outre cet arrêté risque d’être exécuté prochainement ce qui créé une situation d’insécurité ; cette décision porte également une atteinte directe grave et irréversible aux liens parentaux et à l’intérêt de ses enfants, qui sont scolarisés en France et dont la mère est en situation régulière sur le territoire français ; il risque également de manière certaine de perdre son emploi dans le cas où il serait expulsé ; par ailleurs, il ne dispose d’aucune attache en Algérie ; enfin, il doit accompagner sa compagne qui souffre d’un cancer du sein depuis 2022.
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. elle a été prise par un auteur incompétent ;
. elle est entachée d’un défaut de motivation ;
. elle est entachée d’un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L.632-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
. elle méconnaît les dispositions de l’article 230-6 et 230-11 du code de procédure pénale dès lors que le préfet ne justifie pas que les agents ayant consulté le TAJ aient été habilités pour le consulter ;
. elle est entachée d’une méconnaissance des dispositions de l’article L.631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à ce titre, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
. elle méconnaît les stipulations de l’article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 octobre 2025, le 8 novembre 2025, le 11 novembre 2025, le 12 novembre 2025 et le 13 novembre 2025 sous le n°2519510, M. A... B..., représentée par Me Yahiaoui, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d'Oise l’a assigné à résidence et ce jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité ;
2°) à titre subsidiaire, d’ordonner la suspension de certains effets de cette même décision en modulant les effets de la suspension :
. en l’autorisant à circuler sur l’ensemble de la région Île-de- France;
. en modifiant les pointages après 18 h 30 à un rythme hebdomadaire ;
. en supprimant l’astreinte de 8h à 10h les lundi, mercredi et vendredi, ou, à tout le moins, les restreindre
. en accordant des dérogations automatiques aux obligations de pointage et d’astreinte.
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de prendre acte de la suspension de la décision attaquée dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que les modalités d’assignation à résidence mettent en péril l’exercice de son activité professionnelle d’aide plombier, dès lors qu’il doit se rendre dans toute l’Île-de-France, ce qui est impossible au regard des modalités d’assignation à résidence lui interdisant de quitter le département du Val d’Oise ; en outre, son employeur l’a également informé que faute de régularisation de sa situation administrative il serait prochainement licencié ; cette assignation porte également atteinte à sa vie privée et familiale dès lors qu’il exerce un droit de visite et d’hébergement régulier de ses deux enfants, les modalités d’assignation venant désorganiser la vie familiale ; enfin, l’assignation porte atteinte également à son droit à sa vie privée dès lors que sa compagne fait l’objet de soins pour un cancer du sein et qu’il est dans l’impossibilité de l’accompagner à ses rendez-vous médicaux.
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. elle a été prise par un auteur incompétent ;
. elle est entachée d’un défaut de motivation ;
. elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux dès lors que le choix des modalités d’assignation à résidence n’est pas étayé ni justifié ;
. elle méconnaît les dispositions de l’article 230-6 et 230-11 du code de procédure pénale dès lors que le préfet ne justifie pas que les agents ayant consulté le TAJ aient été habilités pour le consulter ;
. elle est entachée d’une erreur matérielle dès lors que le préfet ne produit pas les décisions pénales ayant fondé sa décision ;
. elle est illégale dès lors que l’arrêté d’expulsion dont elle est l’accessoire est lui-même illégal :
elle est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation s’agissant de sa réinsertion ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
. elle méconnaît les dispositions de l’article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il n’existe aucune perspective raisonnable d’éloignement et le préfet ne justifie pas suffisamment des diligences effectuées pour y procéder ;
. elle est entachée d’une erreur d’appréciation résultant de l’absence de caractérisation d’une menace à l’ordre public ;
. elle méconnaît les stipulations de l’article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
. elle est entachée d’une erreur d’appréciation quant aux modalités effectives d’assignation à résidence dès lors qu’aucun examen de modalités alternatives moins intrusives et contraignantes n’a été effectué ;
. elle est entachée d’une contradiction entre les motifs de la décision.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2518591 enregistrée le 19 septembre 2025, par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cordary, première conseillère, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 13 novembre 2025 à 14 heures 30.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Dancoine, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Cordary, juge des référés ;
- les observations de Me Yahiaoui, représentant M. B..., absent, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, et précise que le requérant est très investis auprès de ses deux enfants nés en 2015 et 2016, leur mère, de nationalité marocaine et résidant de manière régulière sur le territoire français, avec qui il est séparé mais en bons termes, comptant tout particulièrement sur lui pour entourer les enfants matériellement et affectivement alors qu’elle manque de disponibilité, ayant très récemment accouché;
- le préfet du Val-d'Oise n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien né le 2 juillet 1989, est entré mineur en France en 2004. Il était titulaire en dernier lieu d’un certificat de résident algérien de dix ans au titre de la vie privée et familiale. Il en a sollicité le renouvellement en 2024. Par un arrêté du 18 août 2025, le préfet du Val-d’Oise a prononcé son expulsion du territoire français. Par un second arrêté du 12 septembre 2025 le préfet du Val-d’Oise a prononcé à son encontre une assignation à résidence d’une durée de six mois renouvelable sur le fondement de l’alinéa 6 de l’article L.731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les présentes requêtes, M. B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution des décisions par lesquelles le préfet du Val-d'Oise l’a expulsé du territoire français et l’a assigné à résidence pour une durée de 6 mois renouvelable.
Sur la jonction :
Les présentes requêtes présentent à juger un même requérant et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
Quant à l’urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 18 août 2025, le préfet du Val-d’Oise a prononcé à l’encontre de M. B... une mesure d’expulsion du territoire français. Dès lors que le préfet du Val-d’Oise n’apporte aucun élément de nature à renverser la présomption qui s’attache à la mesure d’expulsion, l’intéressé doit être regardé comme justifiant suffisamment de l’incidence immédiate d’une telle mesure sur sa situation personnelle. Dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence doit donc être considérée comme remplie
Quant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
En l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
Les deux conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d’Oise a prononcé l’expulsion de M. B... du territoire français. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du 12 septembre 2025 par laquelle le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à domicile pour une durée de six mois renouvelable.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ».
En application des dispositions précitées de l’article L. 511-1 du code de justice administrative, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois et de le munir, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours, valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er r : L’exécution de l’arrêté du 18 août 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a prononcé l’expulsion de M. B... du territoire français est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : L’exécution de l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a assigné M. B... à résidence pour une durée de six mois renouvelable est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sous dix jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour.
Article 4 : L’Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B... au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de la requête de M. B... sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 18 novembre 2025.
La juge des référés,
Signé
C. Cordary
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.