Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
Par une ordonnance n°2512351 du 29 octobre 2025, enregistrée le 30 octobre 2025 au greffe du tribunal, le tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application des articles R. 351-3 du code de justice administrative et R. 922-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la requête présentée par M. D... A....
Par cette requête, M. D... A... demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 octobre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte 152,45 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils sont entachés d’un défaut de motivation ;
- ils sont entachés d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier de M. A....
Il fait valoir que les moyens avancés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dubois en application de l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus à l’audience publique du 13 novembre 2025, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière :
- le rapport de M. Dubois, magistrat désigné ;
- les observations de Me Dumay, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute en outre que les décisions attaquées sont entachées d’un défaut d’examen personnalisé de la situation de M. A..., d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne le trouble à l’ordre public, d’une erreur de fait dès lors qu’il n’est pas établi que M. A... a été interpelé pour des faits de viol, d’une méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, d’une méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, que les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an sont entachées d’illégalité compte tenu de l’illégalité, invoquée par voie de l’exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Le préfet du Val-d’Oise n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant afghan né le 5 mai 2000, déclare être entré illégalement sur le territoire français durant l’année 2021. Il a formé une demande de protection internationale, rejetée par l’Office Français de protection des réfugiés et apatrides par une décision notifiée le 31 mai 2021 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile notifiée le 23 octobre 2023. Le 14 octobre 2025, il a été interpelé pour des faits de viol. Par un arrêté du 15 octobre 2025, dont M. A... demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, M. A... a été placé en rétention pour une durée de quatre jours dans les locaux ne relevant pas de l’administration pénitentiaire, détention prolongée pour une durée de vingt-six jours à compter du 18 octobre 2025 par l’ordonnance n°25/2317 du tribunal judiciaire de Versailles. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de l’arrêté du 15 octobre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l’arrêté préfectoral n°25-047 du 1er juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise du 4 juillet 2025, que le préfet du Val-d’Oise a donné à Mme C... B..., adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l’éloignement, délégation à l’effet de signer les décisions contestées, en cas d’absence ou d’empêchement d’autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elles n’ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l’acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) »
4. L’arrêté attaqué comporte l’énoncé suffisamment précis des circonstances de faits et de droit sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation et de l’absence d’examen personnalisé de la situation de M. A... doit être écarté.
5. En troisième lieu, le préfet du Val-d’Oise ne verse au débats aucun élément de nature à établir la matérialité des faits de viol qu’il impute à M. A.... Le motif tiré de ce que le comportement de ce dernier représenterait une menace à l’ordre public est ainsi entaché d’erreur de fait. Toutefois, il résulte de l’instruction que cette autorité aurait pris la même décision si elle s’était fondée uniquement sur le motif tiré de ce que l’intéressé est entré irrégulièrement en France et s’y est maintenu sans disposer de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation ou de fait quant à la menace à l’ordre public doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».
7. Si M. A... soutient que l’arrêté attaqué est entaché d’une méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ce moyen n’est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu’être écarté. Le moyen tiré de ce que l’arrêté serait entaché d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, à le supposer invoqué, doit être écarté pour les mêmes motifs.
8. En cinquième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »
9. Le requérant ne verse aux débats aucun élément de nature à établir la réalité et l’actualité des risques de traitement inhumains ou dégradants qu’il dit encourir en cas de retour en Afghanistan. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur le moyen dirigé contre les seules décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :
10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, l’exception d’illégalité de cette décision, dirigée contre les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, doit être écartée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et au préfet du Val-d’Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025
Le magistrat désigné,
Signé
J. DuboisLa greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.