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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2521840

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2521840

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2521840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantEL AMINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du préfet du Val-d’Oise refusant la délivrance d’un titre de séjour à M. C..., ressortissant ivoirien. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car la situation de précarité administrative et financière invoquée par le requérant résultait de son maintien en situation irrégulière et non de la décision contestée. Par conséquent, la requête a été rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2025, M. A... C..., représenté par Me El Amine, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 16 octobre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer son titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me El Amine, son conseil, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me El Amine renonçant dans ce cas à percevoir la part contributive de l’Etat allouée au titre de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il est placé en situation irrégulière sur le territoire français ; que cette décision fait obstacle à poursuite de sa formation en deuxième année en CAP Boulanger et à son contrat d’apprentissage ; que sa prise en charge dans le cadre de son contrat jeune majeur risque de prendre fin ; qu’il est privé de toute ressource financière ; qu’il risque d’être expulsé de son hébergement ne peut faire suite à des promesses d’embauche faute de pouvoir justifier la régularité de son séjour et ; qu’en outre, il est placé dans une situation de grande précarité administrative et financière.


- la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que :
- elle est entachée d’une incompétence du signataire de l’acte ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux quant à sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que M. C... n’a jamais été en situation régulière en France ; que sa prise en charge en qualité de mineur isolé n’a pas vocation à se maintenir sur le territoire français dans la mesure où il pourra poursuivre sa formation sans son pays d’origine ; que la décision attaquée n’est pas entachée d’un doute sérieux quant à sa légalité.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2521389, enregistrée le 14 novembre 2025, par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Belhadj, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 1er décembre 2025 à 15 heures.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de
Mme El Moctar, greffière d’audience :
- le rapport de M. Belhadj, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lopes-Velasquez, substituant Me El Amine, représentant M. C..., qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de M. B... C... ;
- le préfet du Val-d’Oise n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.






Considérant ce qui suit :

1. M. A... C..., ressortissant ivoirien né le 1er août 2007 à Bangolo (Côte d’Ivoire), déclare être entré sur le territoire français le 15 août 2023 et avoir été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « travailleur temporaire ». Par un arrêté du 16 octobre 2025, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays d’éloignement. Par la présente requête, M. C... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour.

Sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridictionnelle : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ».

3. Eu égard aux circonstances de l’espèce et aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d’admettre M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

5. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.






6. Il résulte de l’instruction que M. C... a conclu un contrat d’apprentissage avec la société « La Rose des Cergy » jusqu’au 31 août 2026 en vue d’obtenir un CAP. La décision en litige, qui compromet l’exécution de ce contrat ainsi que la poursuite de la scolarité et de l’insertion professionnelle du requérant, préjudicie donc de façon suffisamment grave aux intérêts de M. C... pour que la condition d’urgence exigée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
7. En l’état de l’instruction les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen particulier de la situation du requérant et d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

8. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 16 octobre 2025 en tant qu’il refuse à M. C... la délivrance d’un titre de séjour jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

9. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ». Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».

10. Compte tenu du motif de suspension retenu, il y a lieu d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir sous quinze jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour. Il n’y a pas lieu, en l’état, d’assortir ces injonctions d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, sous réserve de l’admission définitive du requérant à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 200 euros au conseil de M. C..., en application des dispositions de l’article de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d’aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. C... application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative






O R D O N N E :


Article 1er : M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’exécution de l’arrêté du 16 octobre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé d’admettre M. C... au séjour est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir sous quinze jours, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. C... à l’aide juridictionnelle, l’Etat versera à la somme de 1 200 euros à Me El Amine, son conseil, en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à la part contributive de l’Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.


Fait à Cergy, le 4 décembre 2025.

Le juge des référés,

Signé


J. Belhadj

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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