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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2522641

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2522641

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2522641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSZCZANSKI & BERDUGO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 novembre 2025 ordonnant le transfert de M. B... aux autorités autrichiennes. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013, la préfecture n'ayant pas démontré que l'entretien individuel préalable avait été mené par une personne qualifiée conformément au droit national. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 novembre et 12 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 24 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l’examen de sa demande d’asile ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d’enregistrer sa demande d’asile en procédure normale, de lui délivrer une attestation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l’arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît l’article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l’article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l’article 3.2 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l’article 26 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et l’article L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît l’article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché à tout le moins d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l’ensemble des pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Chabrol pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 572-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendu, au cours de l’audience publique du 15 décembre 2025, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Chabrol, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Segonas, représentant M. B... présent, qui maintient ses conclusions ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant sri-lankais né le 25 janvier 2001, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Le 24 octobre 2025 une attestation de demandeur d’asile lui a été remise. La consultation du fichier « Eurodac » a révélé que l’intéressé avait déposé une demande d’asile auprès des autorités autrichiennes le 10 octobre 2025. Les autorités autrichiennes, qui ont été saisies d’une demande de reprise en charge de M. B... le 5 novembre 2025, ont explicitement donné leur accord le 6 novembre suivant. Par un arrêté du 24 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé du transfert de l’intéressé aux autorités autrichiennes, responsables de sa demande d’asile. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l’État membre responsable, l’État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l’article 4. (…) 3. L’entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu’une décision de transfert du demandeur vers l’État membre responsable soit prise conformément à l’article 26, paragraphe 1. 4. L’entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d’assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l’entretien individuel. 5. L’entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L’État membre qui mène l’entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l’entretien. Ce résumé peut prendre la forme d’un rapport ou d’un formulaire type. L’État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ».

3. S’il ne résulte ni des dispositions citées ci-dessus, ni d’aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l’entretien individuel la mention de l’identité de l’agent qui a mené l’entretien, il appartient à l’autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d’établir par tous moyens que l’entretien a bien, en application des dispositions précitées du 5 de l’article 5 du règlement du 26 juin 2013, été « mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ». Si un agent de préfecture est affecté au service des étrangers ou si figure au dossier mention d’éléments de son parcours professionnel le rendant apte à mener l’entretien prévu à l'article 5 du règlement du 26 juin 2013, l’agent doit être regardé comme qualifié en vertu du droit national pour conduire cet entretien.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a bénéficié le 24 octobre 2025 d’un entretien individuel réalisé à la préfecture des Hauts-de-Seine avec l’assistance d’un interprète. Toutefois, en l'absence de toute indication sur le compte-rendu permettant d'identifier l'agent ayant conduit l'entretien, celui-ci ne comportant que des tampons à moitié visible de la préfecture, et alors que le préfet des Hauts-de-Seine se borne à produire en défense la décision en date du 22 octobre 2025 portant habilitation des agents chargés de mener les entretiens prévus par l’article 5 précité et comportant douze noms, l'entretien ne peut être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

6. Aux termes de l’article L. 572-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ».

7. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. B.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu dans les circonstances de l’espèce d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B... en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 25 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé du transfert de M. B... aux autorités autrichiennes responsables de sa demande d’asile est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : l’Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B... en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2026


La magistrate désignée,

signé

C. Chabrol
La greffière,

signé

M. Soulier





La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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