Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I – Par une ordonnance n° 2519215 du 1er décembre 2025, enregistrée le 2 décembre 2025 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 922-17 et R. 922-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le dossier de la requête de Mme A... C...
Par cette requête, enregistrée sous le n° 2523365, et un mémoire, qui ont été enregistrés au greffe du tribunal de Montreuil les 25 octobre et 25 novembre 2025, Mme A... C..., représentée par Me Da Silva, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler les deux arrêtés du 21 octobre 2025 par lesquels le préfet du Val-d’Oise l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et l’a assignée à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois ;
3°) d’annuler l’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours;
4) d’enjoindre à l’autorité compétente de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à tout le moins d’examiner intégralement son droit au séjour, et de lui restituer son passeport ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 700 euros à verser à Me Da Silva en application des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat ou, si la requérante n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.
Elle soutient que :
S’agissant des arrêtés pris dans leur ensemble :
- ils sont entachés d’un vice d’incompétence ;
- ils ont été pris en violation de son droit d’être entendue ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée de disproportion ;
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S’agissant de la décision portant refus d’un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est méconnaît les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée à cet égard d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S’agissant de l’arrêté du 21 octobre 2025 portant assignation à résidence :
- il est entaché d’un défaut de motivation ;
- il est entaché d’une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions des articles L. 733-2 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont découle une erreur manifeste d’appréciation ;
- il est entaché d’une illégalité par voie d’exception d’illégalité ;
S’agissant de l’arrêté du 25 novembre 2025 portant renouvellement de son assignation à résidence :
il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle ne représente pas une menace à l’ordre public ;
il porte une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale ;
il n’est pas suffisamment motivé ;
il est entaché d’une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions des articles L. 733-2 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont découle une erreur manifeste d’appréciation ;
il est disproportionné et est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle dès lors qu’elle réside en Seine-Saint-Denis;
il est illégal par voie d’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français sur laquelle il se fonde.
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Par un mémoire en défense, enregistré au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 21 novembre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
II – Par une ordonnance n° 2521386 du 28 novembre 2025, enregistrée le 29 novembre 2025 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 922-17 et R. 922-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C....
Par cette requête, enregistrée sous le n°2522648, qui a été enregistrée le 27 novembre 2025 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, Mme A... C..., représentée par Me Da Silva, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d’enjoindre à l’autorité compétente de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui restituer son passeport ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 700 euros à verser à Me Da Silva en application des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat ou, si la requérante n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.
Elle soutient que :
l’arrêté attaqué méconnaît le droit à être entendu ;
il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle ne représente pas une menace à l’ordre public ;
il porte une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale ;
il n’est pas suffisamment motivé ;
il est entaché d’une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions des articles L. 733-2 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont découle une erreur manifeste d’appréciation ;
il est disproportionné et est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle dès lors qu’elle réside en Seine-Saint-Denis;
il est illégal par voie d’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français sur laquelle il se fonde.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Moinecourt, première conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendu à l’audience publique du 16 décembre 2025 :
- le rapport de Mme Moinecourt, magistrate désignée ;
- les observations de Me Da Silva, représentant Mme C..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu’il précise ;
- le préfet du Val-d’Oise n’étant ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme A... C..., ressortissante brésilienne née le 8 octobre 1987, est entrée en France en février 2016. Elle a fait l’objet d’une interpellation le 21 octobre 2025 pour des faits d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et de violence sur un gendarme national. Par deux arrêtés du 21 octobre 2025, le préfet du Val-d’Oise l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et l’a assignée à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. Par un arrêté en date du 24 novembre 2025, le préfet du Val-d’Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois, à compter du 6 décembre 2025 jusqu’au 19 janvier 2026. Par sa requête n°2523365, Mme C... demande au tribunal d’annuler ces trois arrêtés. Par sa requête n°2522468 Mme C... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 24 novembre 2025.
Sur la jonction :
Les requêtes de Mme C... enregistrées sous les n°s 2522648 et 2523365 concernent la même requérante, et présentent à juger des questions connexes. Elles ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. (…) ».
Mme C... sollicite le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (…) / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (…). ».
D’autre part, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…)».
Il ressort des pièces du dossier que Mme C..., entrée en France en 2016, est mère de deux enfants nés en 2008 et 2010, scolarisés en France depuis leur arrivée. La requérante produit des justificatifs de présence pour chaque année depuis 2016, et établit, par les bulletins de paie qu’elle verse au dossier, qu'elle travaille pour le même employeur depuis 2016. Dans ces conditions, compte-tenu de l'ancienneté et des conditions de séjour de la requérante, et en dépit de la circonstance que Mme C... a été interpelée pour des faits d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et de violence sur un gendarme national, pour lesquels elle n'a au demeurant pas été condamnée et qui présentent un caractère isolé, la requérante est fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme C... est fondée à demander l’annulation de la décision du 21 octobre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a obligée à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles cette même autorité lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l’a interdite de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et l’a assignée à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. Par voie de conséquence, l’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours doit également être annulé.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
D’une part, aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721 7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».
Le présent jugement implique, en application des dispositions précitées, qu’il soit procédé au réexamen de la situation de Mme C.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l’intéressée, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
D’autre part, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou à l’autorité compétente, de restituer son passeport à Mme C... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Il n’y a pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Mme C... étant admise à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle, Me Da Silva, son conseil, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Da Silva de la somme de 1 500 euros. Si Mme C... n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire
Article 2 : Les arrêtés du 21 octobre 2025 par lesquels le préfet du Val-d’Oise a obligé Mme C... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et l’a assignée à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois sont annulés.
Article 3 : L’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a renouvelé l’assignation à résidence de Mme C... dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme C... dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 5 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou à l’autorité compétente, de restituer son passeport à Mme C... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 6 : L’Etat versera à Me Da Costa la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Da Costa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. Si Mme C... n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., à Me Da Silva et au préfet du Val-d’Oise.
Copie en sera adressé au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2025.
La magistrate désignée,
Signé
L. MoinecourtLe greffier,
Signé
M. B...
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.