Texte intégral
Le juge des référés,Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 décembre 2025 et 9 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Barbé demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer en vue de l’enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de la remise d’un récépissé l’autorisant à travailler dans un délai de deux semaines à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle était titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « étudiant » valable jusqu’au 27 décembre 2025, qu’elle a déposé une demande de changement de statut pour une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire » par le biais de démarches-simplifiées le 8 septembre 2025, que, malgré ses multiples relances, cette demande est toujours en cours d’instruction sans qu’aucun document l’autorisant à séjourner et à travailler en France ne lui ait été délivré, qu’elle ne peut donc pas signer la promesse d’embauche qui lui a été adressée alors qu’elle a obtenu une autorisation de travail délivrée le 5 novembre 2025 ;
la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle apparait comme le seul moyen pour lui permettre de déposer sa demande de changement de statut dans les délais impartis ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que le titre de séjour de la requérante expire le 27 décembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chabrol, premier conseiller pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., ressortissante marocaine née le 26 septembre 2001, était titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « étudiant » valable jusqu’au 27 décembre 2025. Le 8 septembre 2025, l’intéressée a déposé une demande de changement de statut pour une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié » via démarches simplifiées. Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer en vue de l’enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de la remise d’un récépissé l’autorisant à travailler ;
2. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire (…) ». Aux termes de l’article L. 521-3 du même code : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».
3. Saisi sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521 1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
5. Il résulte de l’instruction que Mme A... était titulaire d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » valable jusqu’au 27 décembre 2025. Elle a sollicité, le 8 septembre 2025, un changement de statut en vue de se voir délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » et a sollicité, pour ce faire, un rendez-vous sur la plateforme « démarches simplifiées ». Une attestation de dépôt lui a été délivrée le 8 septembre 2025. Alors que son dossier est réputé complet, faute d’indication contraire en défense, et en dépit de ses relances adressées aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine restées sans réponse, Mme A... se trouve dans l’impossibilité de signer le contrat de travail pour lequel elle justifie d’une promesse d’embauche en qualité de chargée de projet conditionnée toutefois par la régularité de sa situation administrative et justifie également d’une autorisation de travail délivrée par la Driets le 5 novembre 2025. Dans ces conditions, et contrairement à ce qu’indique le préfet en défense, Mme A... doit être regardée comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d’obtenir un rendez-vous en préfecture en urgence afin de pouvoir y déposer sa demande. Alors que cette situation la place dans une situation de précarité administrative caractérisant une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, la mesure sollicitée par Mme A... présente un caractère d’utilité, laquelle ne souffre d’aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
6. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme A... en préfecture pour qu’elle puisse enregistrer sa demande de titre de séjour et se voir délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de cette demande. Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d’y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1500 euros sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme A... en préfecture afin qu’elle puisse enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention « salarié » et de lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L’Etat versera une somme de 1500 euros sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine
Fait à Cergy, le 6 janvier 2026
Le juge des référés,
signé
C. Chabrol
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.