Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les requêtes de M. A... B... contestant un arrêté d’obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d’une interdiction de retour de trois ans, et un arrêté d’assignation à résidence. Le juge a considéré que la menace pour l’ordre public était établie, justifiant la mesure d’éloignement sur le fondement du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), et a écarté les moyens tirés de l’erreur de fait, de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’intérêt supérieur de l’enfant. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales.
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2025 sous le numéro 2523067, M. D... A... B..., représenté par Me Yahi, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 28 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l’autorité de la chose jugée par le juge judiciaire ;
- elle est entachée d’erreurs de fait dès lors qu’il est entré en France muni d’un visa long séjour et qu’il a été muni d’une carte de séjour pluriannuelle ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors que les faits reprochés n’ont pas fait l’objet de poursuites pénales ;
- elle est illégale dès lors qu’elle ne fixe pas un lieu d’hébergement déterminé ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il présente des garanties de représentation suffisantes ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d’aller et venir ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de ses enfants ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une ordonnance n° 2521408 du 5 décembre 2025, le tribunal administratif de Montreuil a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la seconde requête présentée par M. A... B....
Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Montreuil le 28 novembre 2025 et au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 5 décembre 2025 sous le n° 2523157, et un mémoire, enregistré le 22 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Yahi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 27 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un titre de séjour.
Il soutient que :
Sur le moyen commun à l’ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elle sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’erreurs de fait dès lors qu’il est entré en France muni d’un visa long séjour et qu’il a été muni d’une carte de séjour pluriannuelle dont il a demandé le renouvellement ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de ses enfants protégé par l’article 371-1 du code civil et les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant sont infondés ;
- les motifs de l’obligation de quitter le territoire français tirés de la méconnaissance des 3° et 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile peuvent être substitués à celui lié à la méconnaissance du 2° du même article.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme C... pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, qui s’est tenue le 23 décembre 2025 en présence de Mme Oleya El Moctar, greffière d’audience :
- le rapport de Mme C... ;
- les observations de Me Yahi, représentant M. A... B..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste sur les erreurs de fait tirées de ce que l’intéressé est entré en France muni d’un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de française et qu’il a ensuite été muni de titres de séjour en cette qualité, régulièrement renouvelés jusqu’au 6 octobre 2025, dont il allègue qu’elles caractérisent également un défaut d’examen suffisant de sa situation.
La clôture de l’instruction des affaires a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. D... A... B..., ressortissant marocain né le 28 octobre 1986, est entré en France en 2018 muni d’un visa long séjour valant titre de séjour en sa qualité de conjoint d’une ressortissante française. Il a été muni en dernier lieu d’une carte pluriannuelle de séjour valable du 7 octobre 2023 au 6 octobre 2025. Le 12 septembre 2025, il a formé une demande de renouvellement de son titre de séjour qui a fait l’objet d’un refus d’enregistrement le 27 novembre 2025. Par un arrêté du 27 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 28 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois. Par les requêtes enregistrées sous les numéros 2523157 et 2523067, il demande respectivement au tribunal l’annulation de ces deux arrêtés.
Les deux requêtes susvisées concernent le même requérant, présentent à juger des questions analogues et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions en annulation :
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
Pour obliger M. A... B... à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au motif qu’il était entré en France muni d’un visa court séjour et qu’il se maintient irrégulièrement en France depuis l’expiration de son visa, dont la demande de renouvellement a été clôturée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’à son entrée en France le 28 octobre 2018, M. A... B... était muni d’un visa long séjour valant titre de séjour en sa qualité de conjoint d’une ressortissante française et qu’il a ensuite été muni d’un titre de séjour renouvelé en dernier lieu par une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 6 octobre 2025. Le requérant est donc fondé à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreurs de fait. Il ne résulte pas de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur l’autre motif tiré du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors, en particulier, que l’intéressé ne résidait pas irrégulièrement en France depuis plus de trois mois. Par ailleurs, eu égard à ces erreurs de fait et à l’absence de toute mention du séjour régulier de l’intéressé en France comme de la nationalité française de son épouse et de leurs deux filles nées en 2019, il est également fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens des deux requêtes ni de faire droit à la substitution de motifs sollicitée en défense, que la décision du 27 novembre 2025 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français ainsi que l’arrêté du 28 novembre 2025 portant assignation à résidence dans le département des Hauts-de-Seine.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
D’une part, eu égard au motif d’annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. A... B... soit réexaminée. Il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d’y procéder dans un délai de deux mois.
D’autre part, l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l’effacement du signalement de M. A... B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toutes les mesures pour y procéder dans un délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser au requérant en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 27 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A... B... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : L’arrêté du 28 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. A... B... à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A... B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toutes les mesures propres à permettre l’effacement du signalement de M. A... B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 5 : L’Etat versera à M. A... B... une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2026.
La magistrate désignée,
signé
L. C...
La greffière,
signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.