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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2523181

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2523181

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2523181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROSIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a été saisi par M. B... pour modifier une précédente injonction faite au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation, en raison de l'inexécution de l'ordonnance du 22 septembre 2025. Le requérant, bénéficiaire de la protection subsidiaire, demandait un nouveau réexamen sous astreinte, tandis que le préfet justifiait le retard par des difficultés de service et produisait une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'en mai 2026. Le juge a constaté que l'injonction de délivrer une autorisation provisoire de séjour avait été exécutée et que le réexamen était en cours, écartant ainsi l'existence d'un élément nouveau justifiant une modification de l'ordonnance initiale. La requête a été rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 5 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Rosin, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°)
de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°)
de modifier l’injonction prononcée par l’article 3 de l’ordonnance n° 2515812 du 22 septembre 2025 par une nouvelle injonction de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, tout en maintenant le dispositif initial relatif à la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué ;

3°)
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros hors taxe sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Rosin ou à lui verser directement sur le seul fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative dans l’hypothèse où il ne serait finalement pas admis à l’aide juridictionnelle.


Il soutient qu’à la date du 27 novembre 2025, en violation de l’autorité de la chose ordonnée et malgré la mise en demeure de son conseil, le préfet des Hauts-de-Seine n’a toujours pas réexaminé sa situation, alors même que le délai imparti à l'administration préfectorale pour s’exécuter sur ce point est échu depuis le 23 octobre 2025 et que l’inexécution de l’ordonnance n° 2515812 du 22 septembre 2025 constitue un élément nouveau au sens de l’article L. 521-4 du code de justice administrative.


Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler a été délivrée à M. B... le 13 novembre 2025, valable du 13 novembre 2025 au 12 mai 2026, et que le dossier de l’intéressé est toujours en cours de réexamen, ce retard étant dû aux difficultés rencontrées par ses services compte tenu du nombre important de dossiers à traiter dans un contexte de fin d’année assez tendu.


Vu :
-
l’ordonnance n° 2515812 rendue le 22 septembre 2025 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
-
l’ordonnance n° 2518755 rendue le 10 novembre 2025 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
-
les autres pièces du dossier.

Vu :
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
-
le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
-
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 30 décembre 2025 à 10 heures 00.

Le rapport de M. Chabauty, juge des référés, a été entendu au cours de cette audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


M. A... B..., ressortissant soudanais né le 17 août 1986, s’est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d’asile en date du 28 juin 2024. Le même jour, il a déposé, au moyen du téléservice « ANEF », une demande de titre de séjour en vue de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « bénéficiaire de la protection subsidiaire », sur le fondement des dispositions de l’article L. 424-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par une ordonnance n° 2515812 du 22 septembre 2025, le juge des référés du présent tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une part, a ordonné la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour du requérant et, d’autre part, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de ladite ordonnance et de délivrer à l’intéressé une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ladite ordonnance. Soutenant que la première de ces injonctions n’a pas été exécutée, le requérant saisit de nouveau le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, et demande à ce qu’il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, tout en maintenant le dispositif initial relatif à la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué.

Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). L’admission provisoire est accordée par (…) le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat sur laquelle il n’a pas encore été statué ».

Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-4 du code de justice administrative :

D’une part, aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : « Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d’un élément nouveau, modifier les mesures qu’il avait ordonnées ou y mettre fin ».

Si l’exécution d’une ordonnance prononçant une injonction sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l’existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu’une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure d’injonction demeurée sans effet en en modifiant le délai d’exécution ou en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l’inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d’un élément nouveau au sens des dispositions dudit article L. 521-4 du code de justice administrative.

D’autre part, aux termes de l’article L. 424-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « bénéficiaire de la protection subsidiaire » d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ». Aux termes de l’article R. 424-7 du même code : « Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ».

D’une part, il résulte de l’instruction que l’ordonnance n° 2515812 du 22 septembre 2025 a été notifiée au préfet des Hauts-de-Seine qui l’a reçue le même jour. A compter de cette date, ce dernier disposait donc d’un délai d’un mois pour réexaminer la situation de M. B.... D’autre part, si le préfet des Hauts-de-Seine a délivré une attestation de prolongation d’instruction au requérant, conformément à l’injonction qui lui avait d’ailleurs été ordonnée par ladite ordonnance, il est constant qu’il n’a pas réexaminé la situation du requérant, dès lors qu’il précise, en défense, que le dossier de M. B... est toujours en cours de réexamen. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que ce retard est dû aux difficultés rencontrées par ses services compte tenu du nombre important de dossiers à traiter dans un contexte de fin d’année assez tendu, cette seule circonstance ne saurait justifier l’absence d’exécution de l’injonction, objet du litige, dès lors que, d’une part, il a disposé de plus de trois mois pour procéder à ce réexamen et que, d’autre part, l’article R. 424-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue à l’article L. 424-9 dudit code dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par la Cour nationale du droit d'asile, le requérant ayant, en l’espèce, déposé sa demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions depuis maintenant plus de dix-huit mois. Dans ces conditions, ce défaut d’exécution justifie que soit modifié le dispositif de l’ordonnance n° 2515812 sur ce point. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte de 500 euros par jour de retard.

Sur les frais liés à l’instance :

Il ressort de ce qui est énoncé au point 3 de la présente ordonnance que M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve, d’une part, de l’admission définitive du requérant à l’aide juridictionnelle, et d’autre part, que Me Rosin, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rosin. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B..., la somme de 1 500 euros lui sera directement versée.


O R D O N N E :


Article 1er :
M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 :
Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Article 3 :
Sous réserve de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Etat versera à Me Rosin, avocat de M. B..., une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B..., la somme de 1 500 euros lui sera directement versée.

Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 5 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 5 janvier 2026.

Le juge des référés,


Signé

C. Chabauty


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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