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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2523433

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2523433

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2523433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSALIGARI

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, fait droit à la requête de M. Le, ressortissant vietnamien. Le requérant demandait qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour, après un délai d'attente anormalement long d'un an et sept mois. Le juge a considéré que la condition d'urgence était remplie, la situation de précarité et l'absence de réponse de l'administration constituant des circonstances particulières justifiant la mesure. La solution retenue s'appuie sur les dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2025, M. B... A... Le, représenté par Me Saligari, demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une date de convocation auprès des services de la préfecture pour lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour et de recevoir le récépissé prévu aux dispositions de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il a vainement déposé sa demande il y a un an et sept mois, ce qui constitue un délai anormalement long ; en outre, l’irrégularité de sa situation administrative a entraîné la suspension de son contrat de travail pouvant causer un risque de perte de son emploi, le plaçant en situation de précarité ; enfin, il est dans un état d’anxiété par crainte de faire l’objet d’une mesure d’éloignement ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’il ne peut présenter de demande de titre de séjour sans rendez-vous alors qu’il a entrepris les démarches nécessaires ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.


La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n’a pas présenté d’observations en défense.


Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

1. M. Le, ressortissant vietnamien né le 23 septembre 1990, est entré en France le 16 août 2018 muni d’un visa étudiant et a été mis en possession, en dernier lieu d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « étudiant », valable du 16 octobre 2021 au 15 décembre 2022. Il a déposé une demande de rendez-vous le 26 avril 2024 sur la plateforme « démarches simplifiées ». Par la présente requête, M. Le demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer, dans un délai d’un mois, une date de convocation auprès des services de la préfecture pour lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour et de recevoir le récépissé prévu aux dispositions de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Sur les conclusions au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. ». L’article L. 522-3 du même code dispose que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle qui refuse la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

4. Il résulte de l’instruction, et n’est d’ailleurs pas contesté par le préfet des Hauts-de-Seine qui n’a pas produit de mémoire en défense, que M. Le a déposé sa demande de pré-examen d’admission exceptionnelle au séjour par le biais de la plateforme numérique « démarches-simplifiées.fr » le 26 avril 2024, soit il y a un an et sept mois à la date de la présente ordonnance. Alors que son dossier est réputé complet, faute d’indication contraire en défense, et en dépit des relances par son conseil adressées aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine les 3 octobre 2024, 6 mai 2025 et 1er octobre 2025 restées sans réponse, M. Le se trouve confronté à de graves difficultés. Dans ces conditions, au vu du délai anormalement long de traitement de sa demande, et en l’absence de défense du préfet des Hauts-de-Seine, M. Le doit être regardé comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir un rendez-vous en préfecture afin de pouvoir y déposer sa demande. Alors que cette situation le place dans une situation de précarité administrative caractérisant une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, la mesure sollicitée par M. Le présente un caractère d’utilité et ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre à l’autorité compétente de convoquer M. Le à un rendez-vous afin qu’il puisse déposer sa demande de titre de séjour et se voir délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de cette demande. Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1000 euros à verser à M. Le, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. Le, en préfecture dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu’il puisse procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour et se voir délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de cette demande.
Article 2 : L’Etat versera à M. Le une somme de 1000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... Le et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 5 janvier 2026.

La juge des référés

signé

E. Rolin


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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