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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2524619

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2524619

mardi 10 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2524619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFADIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a examiné la demande d'une ressortissante étrangère visant à obtenir une injonction enjoignant au préfet de la convoquer pour déposer sa demande de renouvellement de carte de séjour. Le juge a retenu l'urgence de la situation, considérant que l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous et un récépissé portait un préjudice grave et immédiat à la requérante, notamment pour son droit au travail. En application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, le tribunal a donc ordonné au préfet de fixer un rendez-vous à l'intéressée dans un délai déterminé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 23 décembre 2025 et 12 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Fadier, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)
d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer afin qu’elle puisse faire enregistrer la demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et se voir délivrer un récépissé de cette demande l’autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°)
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

- sa demande est urgente en ce que le caractère irrégulier de sa situation administrative a entrainé la suspension de ses droits auprès de France travail et l’empêche de justifier de son droit au séjour auprès de son nouvel employeur alors qu’elle a toujours bénéficié de titres de séjour depuis son arrivée en France à l’âge de huit ans, en 2001 ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors que malgré ses nombreuses relances des services préfectoraux, elle ne parvient pas à obtenir son titre de séjour ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Fléjou, première conseillère, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante togolaise née en 1994, soutient qu’elle tente en vain d’obtenir un rendez-vous à la préfecture des Hauts-de-Seine pour déposer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 1er août 2025. Par la présente requête, Mme B... demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu’elle puisse faire enregistrer sa demande et se voir délivrer un récépissé.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :


2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

3. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 précité, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S’agissant de la condition d’urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l’article L. 521-3, il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.

4. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment en raison d’un dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour.

6. Aux termes de l’article R. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L.411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R.431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire (…) ». Aux termes de l’article R. 431-12 du même code : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (…) ».

7. Il résulte de l’instruction que Mme B... a demandé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle valable quatre ans portant la mention « vie privée et familiale ». L’urgence de sa situation est dès lors présumée. A cet égard, le préfet des Hauts-de-Seine soutient que la condition d’urgence n’est pas remplie dés lors que les droits au chômage de Mme B... auraient été suspendus en tout état de cause puisqu’elle a signé un contrat de travail au mois de janvier 2026. Toutefois, Mme B... justifie que c’est le caractère irrégulier de son séjour qui a entraîné la suspension de ses droits au chômage le 26 décembre 2025. De plus, il résulte de l’instruction que si elle a effectivement conclu un contrat de travail, son employeur lui a fait connaître par un courrier du 7 janvier 2026 son obligation de justifier du caractère régulier de son séjour d’ici le 5 mars 2026, date à laquelle sa période d’essai prendra fin. La condition d’urgence à laquelle les dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme B... doit donc être regardée comme remplie à la date de la présente ordonnance. La requérante établit en outre qu’elle s’est rapprochée des services de la préfecture à de nombreuses reprises par courriel et par courrier depuis le mois de juillet 2025, afin d’obtenir une attestation de prolongation d’instruction. Toutefois, ces démarches s’étant avérées vaines alors que sa demande a été déposée le 26 juin 2025 et que son titre de séjour a expiré le 1er août 2025, Mme B... se trouve confrontée aux graves dysfonctionnements de la préfecture. Par suite, la condition d’utilité de la mesure sollicitée par Mme B... doit également être regardée comme remplie. Enfin, cette mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative

8. Par suite, en application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de convoquer Mme B... à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et se voir remettre, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de cette demande l’autorisant à travailler, dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

9. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de convoquer Mme B... en préfecture pour qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et être munie du récépissé de cette demande, sous réserve de la complétude de son dossier.

Article 2 : L’Etat versera à Mme B... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de Mme B... sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 10 février 2026.

La juge des référés,

Signé

V. Fléjou

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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