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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2601090

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2601090

mardi 10 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2601090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHERMAK ELIAKIM

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé-suspension (article L. 521-1 du code de justice administrative), a suspendu l'exécution du refus de renouvellement d'un certificat de résidence étudiant délivré à une ressortissante algérienne. Le juge a retenu la condition d'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, et a estimé qu'existait un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale, notamment au regard de l'insuffisance de motivation et de l'examen de la situation personnelle de l'intéressée. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2026, Mme B... A..., représentée par Me Eliakim, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 31 décembre 2025 par laquelle le préfet des Hauts- de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention « étudiant » ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour provisoire portant la mention « étudiant », dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est présumée dès lors qu’il s’agit d’une demande de renouvellement ; en outre, son contrat d’alternance risque d’être suspendu.

- il existe des moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est entachée d’un vice d'incompétence ;
elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle;
elle méconnait le titre III du protocole annexé à l’accord franco-algérien ;
elle est entachée d’une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
-la requête 2601090 du 19 janvier 2026, par laquelle Mme A... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Le président du tribunal a désigné Mme Cordary, première conseillère, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 5 février 2026 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Cordary, juge des référés ;
- les observations de Me Eliakim, représentant Mme A..., présente, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, et précise que le parcours de formation de Mme A... est à la fois cohérent, sérieux et exemplaire, dès lors que, titulaire d’un MBA « Commerce et Marketing» qui lui a été délivré par l’ICD Business School le 20 janvier 2025, elle est actuellement inscrite dans un MBA « Stratégies commerciales des organisations » pour l’année 2025-2026 au sein de l’ISCOD, formation qui est en cohérence avec son cursus et qui lui permet de se professionnaliser ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n’était ni présent ni représenté ;

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :


1. Mme A..., ressortissante algérienne née le 28 février 1999, était titulaire en dernier lieu d’un certificat de résidence portant la mention « étudiant », valable jusqu’au 11 mai 2025, dont elle a sollicité le renouvellement le 25 février 2025 via l’administration numérique pour les étrangers en France « ANEF ». Par la présente requête, Mme A... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de la décision du 31 décembre 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

En ce qui concerne l’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Le refus de renouvellement du certificat de résidence portant la mention « étudiant » opposé à Mme A... fait présumer une situation d’urgence. Dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a pas produit de mémoire en défense, n’apporte aucun élément de nature à renverser cette présomption, Mme A... doit être regardée comme justifiant suffisamment de l’incidence immédiate du refus de renouvellement de son certificat de résidence sur sa situation personnelle. Dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence doit donc être considérée comme remplie.

En ce qui concerne l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation et méconnaît les dispositions de l’article III du protocole de l’accord franco-algérien sont propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 31 décembre 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le certificat de résidence portant la mention « étudiant » de Mme A..., jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7.Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ».

8. Dans les circonstances de l’espèce, eu égard au motif de la présente ordonnance et aux dispositions précitées de l’article L.511-1 du code de justice administrative, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative


ORDONNE :


Article 1er : L’exécution la décision du 31 décembre 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A... est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai d’un mois à compter de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A... sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait, à Cergy, le 10 février 2026.

La juge des référés,

signé

C. Cordary


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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