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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2602238

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2602238

mardi 10 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2602238
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBEN YOUNES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande d'une ressortissante tunisienne visant à enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous pour enregistrer sa demande d'admission au séjour. Le juge a estimé que la requérante, qui a présenté sa demande six ans après son entrée irrégulière en France, ne justifiait pas de circonstances particulières caractérisant l'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. La décision s'appuie sur la jurisprudence relative aux conditions d'octroi d'une telle injonction en matière de séjour des étrangers.

Texte intégral

Le juge des référés,Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Ben Younes, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous pour enregistrer sa demande d’admission au séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors qu’elle se trouve en situation irrégulière ne parvenant pas à faire enregistrer son titre de séjour et en très grande détresse de ce fait ;
- la mesure sollicitée est utile ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.





Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521‑3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle qui refuse la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

4. Mme B..., ressortissante tunisienne née le 13 août 1985, serait entrée en France le 8 juin 2016. Mariée depuis le 18 octobre 2025 à un ressortissant français avec lequel elle a eu un enfant né le 18 octobre 2024, elle a présenté une demande de pré-examen d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, via le site « démarche.numérique », le 23 octobre 2023. Mme B..., qui se prévaut de la durée de son séjour en France, fait valoir que le délai de traitement de sa demande de rendez-vous n’est pas raisonnable et caractérise une situation d’urgence, d’autant que, mariée à un ressortissant français avec lequel elle a eu un enfant, elle risque de faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Toutefois, alors que sa demande de titre de séjour a été présentée six ans après son entrée sur le territoire national où elle s’est ce faisant maintenue irrégulièrement, et en dépit des relances qu’elle a adressées à la préfecture des Hauts‑de‑Seine en vue d’obtenir un rendez-vous, elle ne justifie pas de circonstances particulières, au regard des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour et de sa situation personnelle, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d’autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d’urgence nécessitant la délivrance d’un rendez-vous à très bref délai. Ainsi, la condition d’urgence à laquelle les dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme B... ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du même code.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....

Fait à Cergy, le 10 février 2026.

Le juge des référés,

signé

T. Bertoncini

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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