Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 février 2026, M. A..., représenté par Me Fruneau, demande au tribunal :
1°) d’annuler les arrêtés du 15 décembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans, l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d’effacer son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou la mention « salarié », dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises au terme d’une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour prévue par l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen ;
- elles sont entachées d’erreur de fait ;
- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à ces égards, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article 11 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à ces égards, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 426-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2026, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Gay-Heuzey, première conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Gay-Heuzey, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique du 24 février 2026 à 11 heures. Elle soulève d’office, sur le fondement de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de l’irrecevabilité des conclusions dirigées contre l’information du signalement de M. A... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, qui ne fait pas grief.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant malien, né le 17 décembre 1987, demande au tribunal d’annuler les arrêtés du 15 décembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans, l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l’information d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
2. Il ressort de l’arrêté du 15 décembre 2025 rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A..., l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l’assignant à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois, que le préfet des Hauts-de-Seine l’a seulement informé de ce qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la durée de son interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors qu’une telle information ne fait pas grief, les conclusions de M. A... dirigées contre elle sont irrecevables. Elles doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. D’une part, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (…). ». Aux termes de l’article L. 432-1 de ce code : « La délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle (…) peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l’ordre public. ».
4. Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
5. Pour considérer que le comportement de M. A... constituait une menace pour l’ordre public, le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur ce qu’il a été condamné le 12 février 2016 par le tribunal correctionnel de Bobigny à un an d’emprisonnement et 1 000 euros d’amende pour des faits de transports, détention, acquisition et offre ou cession non autorisé de stupéfiants, qu’il a été condamné le 13 juin 2016 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans d’emprisonnement et 5 000 euros d’amende pour des faits similaires et qu’il a été condamné le 28 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 6 mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint. Toutefois, pour regrettables que soient ces faits, le plus ancien a été commis il y a dix ans et le plus récent il y a plus de trois ans alors que, par ailleurs, M. A... justifie d’une activité professionnelle depuis le 1er juin 2009 auprès de plusieurs employeurs, notamment en qualité de chauffeur de bus à temps plein depuis le 10 février 2021. Dans ces conditions, les éléments avancés par le préfet des Hauts-de-Seine ne sont pas suffisants, à eux seuls, pour estimer que la présence de M. A... sur le territoire français constitue une menace pour l’ordre public. M. A... est donc fondé à soutenir qu’en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D’autre part, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ».
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré en France lorsqu’il était mineur, a été scolarisé à compter de l’année scolaire 1992/1993, a bénéficié de documents de circulation à compter du 5 février 2003 puis de titres de séjour, à compter du 20 octobre 2008, régulièrement renouvelés jusqu’à la demande du 6 juin 2022 ayant donné lieu à la décision de refus litigieuse, soit 33 années de présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. A... justifie qu’il est père d’un enfant français né le 26 juin 2011 de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il établit résider et, par suite, contribuer à l’entretien et l’éducation de leur enfant. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 15 décembre 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et assignation à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
9. Eu égard au motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à M. A..., dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 15 décembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A..., l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à M. A..., dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 500 euros à M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.
La magistrate désignée,
signé
A. Gay-Heuzey
La greffière,
signé
M. B...
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.