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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2603656

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2603656

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2603656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantEDJANG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi d'une demande de suspension en référé-liberté (article L. 521-1 du code de justice administrative) concernant un arrêté d'expulsion, un retrait de titre de séjour et une assignation à résidence pris à l'encontre d'un ressortissant malien. Le juge a rejeté la demande de suspension, considérant que le requérant n'apportait pas la preuve d'une urgence suffisante justifiant une mesure provisoire, malgré ses arguments fondés sur sa vie familiale (épouse et enfant française mineure) et son état de santé. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 février 2026 et 10 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Edjang, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°)
d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 6 janvier 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré son titre de séjour et a prononcé son expulsion du territoire français et de l’arrêté du 21 janvier 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en annulation ;

2°)
d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de dix jours à compter de l’ordonnance à intervenir, de lui restituer ses documents d’identité et de voyage ;

3°)
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-
la condition d’urgence est remplie, dès lors que l’exécution des arrêtés litigieux porte à sa situation une atteinte grave, immédiate et difficilement réversible ; en effet, l’arrêté d’expulsion peut être exécuté d’office à tout moment, ce qui l’expose au risque permanent d’être éloigné vers le Mali ou tout autre pays où il serait légalement admissible, ce qui aurait pour effet de le séparer immédiatement de son épouse, qui réside régulièrement en France, de rompre la vie familiale quotidienne avec sa fille française mineure de dix-sept ans et de compromettre l’exercice de son autorité parentale et sa contribution à l’entretien et à l’éducation de son enfant ; par ailleurs, les décisions contestées rendent impossible la poursuite de son activité professionnelle, de sorte qu’il se trouve ainsi privé de ses moyens de subsistance et dans l’impossibilité de subvenir aux besoins de son épouse et de son enfant ; en outre, la décision portant assignation à résidence porte une atteinte grave à sa liberté d’aller et venir, dès lors qu’elle lui interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine et l’empêche de se rendre librement à un éventuel emploi et à des rendez-vous médicaux, scolaires ou administratifs ; enfin, les décisions contestées contribuent à la dégradation de son état psychiatrique dans la mesure où il souffre de troubles anxiodépressifs sévères, avec insomnies, crises d’angoisse et idées noires, et portent une atteinte grave et immédiate à l’intérêt supérieur de son enfant, qui est française, âgée de dix-sept ans et en pleine adolescence ;

-
il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

S’agissant de la décision portant expulsion du territoire français :
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans et est le père d’un enfant français mineur résidant en France, à l’entretien et à l’éducation duquel il contribue effectivement, et qu’il remplit ainsi les conditions des 2° et 4° de cet article, le préfet des Hauts-de-Seine ayant fait une mauvaise application du neuvième alinéa de cet article ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors qu’il ne constitue pas une menace grave et actuelle à l’ordre public ; en effet, son unique condamnation à cinq mois d’emprisonnement avec sursis est un fait isolé, dans un parcours de plus de vingt-cinq ans de séjour régulier, avec un casier judiciaire par ailleurs vierge ; en outre, s’il a fait l’objet d’une procédure le 10 janvier 2024, celle-ci a été classée sans suite ; par ailleurs, le risque de récidive invoqué par le préfet des Hauts-de-Seine est formulé de manière purement hypothétique, générale et abstraite et n’est pas démontré ; enfin, le 23 octobre 2025, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à son expulsion, concluant que sa condamnation constituait un fait isolé, que son insertion professionnelle était solide, que ses liens familiaux en France étaient particulièrement forts et que son maintien sur le territoire ne pouvait être considéré comme une menace grave à l’ordre public ;
elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; en effet, il réside régulièrement en France depuis vingt-cinq ans, il est marié depuis 2009 avec une ressortissante philippine en situation régulière, il est père d’une enfant française mineure de dix-sept ans, qu’il élève avec son épouse, et il n’a pas d’attaches significatives au Mali, hormis quelques cousins ;

S’agissant de la décision portant retrait de son titre de séjour :
elle est illégale par voie d’exception, dès lors que la décision d’expulsion, sur laquelle elle se fonde, est elle-même illégale ;
elle méconnaît ses droits propres au séjour, en sa qualité de père d’un enfant français mineur contribuant effectivement à son entretien et à son éducation ;
elle aggrave l’atteinte à sa vie familiale et à sa santé ;

S’agissant de la décision portant assignation à résidence :
elle est illégale par voie d’exception, dès lors que la décision d’expulsion, sur laquelle elle se fonde, est elle-même illégale ;
elle est disproportionnée compte tenu de la stabilité de son domicile, de son insertion familiale et professionnelle et de l’absence de menace grave à l’ordre public ;
elle aggrave l’atteinte à sa vie familiale et à sa santé, contribuant à la dégradation de son état psychiatrique et l’empêchant de retrouver un emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’il n’existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Vu :
-
les autres pièces du dossier ;
-
la requête n° 2603657, enregistrée le 18 février 2026, par laquelle M. B... demande l’annulation des décisions attaquées.

Vu :
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 10 mars 2026 à 14 heures 00.

Ont été entendus au cours de cette audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience :
-
le rapport de M. Chabauty, juge des référés ;
les observations de Me Edjang, représentant M. B..., non-présent, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant ;
-
le préfet des Hauts-de-Seine n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A... B... est un ressortissant malien, né le 15 mars 1960. Par un premier arrêté du 6 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré le titre de séjour dont il était détenteur, valable du 3 avril 2023 au 2 avril 2033, et a prononcé son expulsion du territoire français. Par un second arrêté du 21 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois et l’a obligé à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf les jours fériés, à 10h00 au commissariat de police de Gennevilliers et à demeurer à son domicile chaque vendredi de 19h00 à 20h00 et chaque samedi de 08h00 à 10h00. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de ces deux arrêtés.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B..., visés ci-dessus, ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des deux arrêtés contestés.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. B... en toutes ses conclusions.



O R D O N N E :


Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 26 mars 2026.

Le juge des référés,


Signé

C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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