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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2604667

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2604667

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2604667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKACOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande d'injonction faite au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer un ressortissant ivoirien pour enregistrer sa demande de titre de séjour. Le juge a considéré que la procédure de demande devait obligatoirement passer par un téléservice en ligne, conformément aux articles R. 431-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il n'appartenait pas à l'administration de convoquer le requérant pour ce faire. En revanche, le tribunal a accordé au requérant le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2026, M. B... A... représenté par Me Kacou, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer en préfecture afin d’enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil qui renoncera ainsi à l’aide juridictionnelle provisoire accordée ou à défaut au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- sa demande est urgente dès lors qu’il est dans une situation précaire ;
- la mesure sollicitée est utile ;
- il remplit les conditions pour bénéficier d’une carte de résident.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine le 4 mars 2026 qui n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Goudenèche, conseillère, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., né le 26 avril 1991 en Côte d’Ivoire, a sollicité par un courrier réceptionné le 13 février 2025 la délivrance d’un titre de séjour mention « membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-toutes activités professionnelles ». Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer pour enregistrer sa demande.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président. (…) ».

3. Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

4. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ». Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, aux fins d’enjoindre à l’administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d’urgence et d’utilité, qu’elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

5. Aux termes de l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois (...) »

6. Aux termes de l’article L. 431-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ». Le premier alinéa de l’article R. 431-2 du même code dispose que : « la demande d’un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l’immigration s’effectue au moyen d’un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ». Selon les dispositions du 6° de l’article 1er de l’arrêté du 31 mars 2023 visé ci-dessus, les demandes de cartes de séjour portant la mention « Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles », uniquement pour les ressortissants de pays tiers, mentionnées à l'article R. 233-15 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont effectuées, à compter du 5 avril 2023, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du même code.

7. Aux termes de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. (…). ». Aux termes de l’article R. 431-11 de ce code, dans sa version applicable au litige : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ».

8. Il résulte de ces dispositions, qui constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l’administration des demandes de titres de séjour, qu’en dehors du cas d’une demande à caractère abusif ou dilatoire, l’autorité administrative chargée d’instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l’enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l’appui de cette demande est effectivement incomplet. Le refus d’enregistrer une telle demande pour un motif ne relevant pas du caractère incomplet du dossier ou du caractère abusif ou dilatoire de la demande constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

9. Il résulte de l’instruction que les trois précédentes demandes de titre du requérant déposées sur le site de l’administration numérique des étrangers en France (ANEF) ont toutes étaient classées sans suites, le 25 novembre 2024, le 27 décembre 2024 et le 13 février 2025, au motif qu’une mesure d’éloignement serait existante, qu’elle devait être enregistrée sous son numéro étranger et en raison de problèmes techniques. Il résulte également de l’instruction que par un courrier, réceptionné le 13 février 2025, et un courriel, du 25 septembre 2025, le requérant a relancé, en vain, la préfecture afin qu’elle procède à l’enregistrement de sa demande de titre de séjour. Ainsi, alors que le requérant est dans une situation particulièrement précaire dès lors que sa conjointe, avec qui il a eu une fille, a été licenciée, qu’il est en situation de surendettement et qu’il fait état d’une promesse d’embauche conditionnée à la régularité de son séjour, la condition tenant à l’urgence de la situation est remplie. Par ailleurs, la mesure sollicitée est également utile, ne souffre d’aucune contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de permettre au requérant d’enregistrer sa demande de titre de séjour sur la plateforme ANEF et de lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de cette demande. Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d’y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.


Sur les frais d’instance :

11. Il ressort de ce qui est énoncé au point 3 de la présente ordonnance que M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Ainsi, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve, d’une part, de l’admission définitive du requérant à l’aide juridictionnelle, et d’autre part, que Me Kacou, conseil de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Kacou.




O R D O N N E :


Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d’enregistrer sa demande de titre de séjour sur le site de l’administration numérique des étrangers en France et de lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé l’autorisant à travailler.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kacou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Etat versera à Me Kacou une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 26 mars 2026.

La juge des référés,

Signé

C. Goudenèche

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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