Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Khiter, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle la commission de discipline du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a prononcé à son encontre la sanction d’interdiction d’exercer toute activité privée de sécurité pour une durée de douze mois ainsi qu’une pénalité financière d’un montant de 7 500 euros ;
2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que l’interdiction d’exercer son activité pendant une durée de douze mois entraine inéluctablement l’arrêt de sa rémunération, alors qu’il doit assurer le paiement de ses charges et subvenir aux besoins de sa famille ; en outre, il est placé dans une situation de grande précarité financière ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
la décision méconnaît ses droits de la défense et l’obligation de communication des pièces de la procédure ;
elle méconnaît le principe du contradictoire ;
elle est entachée d’erreurs de fait et de droit ;
elle est disproportionnée.
Vu :
- la requête au fond n°2604904 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dubois, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
M. A... B... est dirigeant de la société FIRST SECURITE PRIVEE, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre. A la suite d’un contrôle du dispositif de sécurité mis en œuvre à l’occasion de l’arrivée de la flamme olympique à Marseille le 8 mai 2024, il a été constaté que cette société, sous-traitante du prestataire chargé de la réalisation de ce dispositif, avait elle-même sous-traité l’intégralité des prestations qui lui avaient été confiées par le prestataire principal et s’était abstenue de vérifier le respect, par son sous-traitant, de ses obligations en matière fiscale et sociale. Par une décision non datée, la commission de discipline du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a infligé à M. B..., la sanction de l’interdiction d’exercer toute activité privée de sécurité pour une durée de douze mois et une pénalité financière d’un montant de 7 500 euros. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». L’article R. 522-1 de ce code dispose : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».
La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement des dispositions citées au point précédent doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
Pour justifier de l’existence d’une situation d’urgence, M. B... fait valoir que la décision du CNAPS préjudicie gravement à sa situation financière, dès lors que l’interdiction d’exercer son activité se traduit par la perte totale de sa rémunération, s’élevant à 6 780 euros par mois, alors que de nombreuses charges financières lui incombent, qu’il évalue dans sa requête à 4 000 euros par mois. Toutefois, pour justifier de la gravité de l’atteinte ainsi portée à sa situation financière, l’intéressé se borne à produire ses bulletins de salaire ainsi qu’une liasse de deux cents pages comportant divers documents financiers supposés attester de ses charges pour les mois à venir, ces documents épars n’étant toutefois pas reliés à ses écritures, qui ne contiennent aucune explication circonstanciée quant à la nature et à l’exigibilité desdites charges financières. Le requérant n’apporte en outre aucune précision quant aux ressources dont disposerait par ailleurs son foyer, et notamment son épouse, ou sur l’impossibilité dans laquelle il se trouverait d’exercer de manière provisoire une autre activité professionnelle. Dans ces conditions, M. B... ne saurait être regardé comme administrant la preuve, dont la charge lui incombe en vertu de l’article R. 522-1 du code de justice administrative, de ce que la décision attaquée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Il n’établit ainsi pas qu’il se trouverait dans la situation d’urgence à laquelle l’article L. 521-1 du même code subordonne l’intervention du juge des référés.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. B... doit être rejetée par application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Cergy, le 16 mars 2026.
Le juge des référés,
signé
J. DUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.