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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2605209

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2605209

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2605209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBALME LEYGUES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé-suspension, rejette la demande de Mme C... visant à suspendre le rejet de son autorisation d'exercice en psychiatrie et à enjoindre au CNG de lui accorder cette autorisation. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas caractérisée, la requérante n'étant pas privée de revenus et un éventuel recrutement restant hypothétique. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative relatives au référé-suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2026, Mme A... C... épouse B..., représentée par Me Balme Leygues, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

de suspendre l’exécution de la décision du 6 février 2026 par laquelle le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté sa demande d’autorisation d’exercice en France la profession de médecin dans la spécialité « psychiatrie » et lui a prescrit l’accomplissement d’un parcours de consolidation des compétences complémentaire ;
d’enjoindre au CNG, à titre principal, de lui accorder l’autorisation d’exercice qu’elle sollicite, dans un délai de quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
de mettre à la charge du CNG une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée porte une atteinte immédiate à ses intérêts en ce qu’elle a pour effet de la priver de la perspective d’être recrutée à court terme en tant que praticienne hospitalière au sein de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Caen en lui maintenant, ce faisant, une rémunération bien moindre que celle à laquelle elle pourrait prétendre, alors même qu’elle doit faire face à des charges financières importantes en raison d’un récent achat immobilier et est mère de quatre enfants dont deux sont en situation de handicap ; qu’enfin, cette décision, qui aura pour effet de l’obliger à changer d’établissement, porte atteinte à l’accès au soin et notamment sur la continuité des soins des patients qu’elle prend en charge au sein de l’EPSM de Caen;
il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que la régularité de la composition de la commission nationale d’autorisation n’est pas établie ;
elle est entachée d’une erreur de fait ;
elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle relève que sa formation théorique est insuffisante en l’absence d’un diplôme de spécialité dans son pays d’origine, alors même que cette condition n’est pas prévue à l’article 1er du décret n° 2020-1017 du 7 août 2020 portant application du IV et du V de l'article 83 de la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007 et relatif à l'exercice des professions de médecin, chirurgien-dentiste, sage-femme et pharmacien par les titulaires de diplômes obtenus hors de l'Union européenne et de l'Espace économique européen et qu’en tout état de cause, elle avait déjà exercé en psychiatrie en Algérie avant son entrée en France et a obtenu un diplôme de formation médicale spécialisée en psychiatrie délivré par l’Université Caen Normandie ;
elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle lui impose d’effectuer son parcours de consolidation des compétences complémentaire en centre hospitalier universitaire (CHU) alors même qu’une telle obligation ne résulte d’aucun texte ; qu’en tout état de cause, l’EPSM de Caen est rattaché à un groupement hospitalier de territoire dont le CHU de Caen est l’établissement support ; qu’en outre, c’est l’agence régionale de santé qui l’a affectée à l’EPSM de Caen, agréé pour la formation des étudiants en troisième cycle en psychiatrie, à la suite de la décision du CNG du 29 juillet 2022 lui prescrivant un parcours de consolidation des compétences ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu’au regard de son expérience et de la qualité de ses évaluations, la prescription d’un parcours complémentaire de 18 mois est disproportionné.


Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2026, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie, dès lors que Mme C... n’est pas privée de revenus professionnels et que même dans l’hypothèse où elle serait autorisée à exercer, son recrutement comme praticien hospitalier ne serait qu’éventuel ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :
la requête n° 2605208, enregistrée le 11 mars 2026, par laquelle Mme C... demande l’annulation de la décision attaquée ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
le code général de la fonction publique ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de la santé publique ;
le décret n°2020-1017 du 7 août 2020 ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Moinecourt, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 24 mars 2026 à 14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Astier, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Moinecourt, juge des référés ;
- les observations de Me Balme Leygues, représentant Mme C..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu’il précise, renonce au moyen tiré de l’erreur de fait et fait en outre valoir que la décision contestée est entachée d’un vice d’incompétence négative dès lors qu’en application de l’article 7 du décret n°2020-1017 du 7 août 2020 ;
- le CNG n’était pas représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme C..., née le 25 janvier 1980, est titulaire d’un diplôme de docteur en médecine qui lui a été délivré par la faculté de médecine de Tizi-Ouzou en 2006. Par une décision du 29 juillet 2022, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté sa demande d’autorisation d’exercice de la profession de médecin dans la spécialité « psychiatrie » dans le cadre du B du IV de l’article 83 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2007 et lui a notamment prescrit l’accomplissement d’un parcours de consolidation des compétences d’une durée de trente mois. Mme C... a effectué le parcours de consolidation des compétences prescrit au sein de de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Caen du 19 septembre 2022 au 23 mars 2025. Après avis de la commission nationale d’autorisation d’exercice du 20 janvier 2026, le CNG a, par une décision en date du 6 février 2026, refusé une nouvelle fois de lui délivrer l’autorisation d’exercice sollicitée et lui a prescrit un parcours de consolidation des compétences complémentaire d’une durée de dix-huit mois à temps plein. Par la présente requête, Mme C... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

En ce qui concerne l’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

D’une part, si le CNG fait valoir que l’urgence n’est pas constituée dès lors que la décision attaquée, qui ne fait pas obstacle à ce que Mme C... poursuive une activité rémunérée, ne la prive pas de toute rémunération, il résulte de l’instruction, et notamment de la lettre de soutien du directeur général de l’EPSM de Caen en date du 18 février 2026 indiquant qu’il était convenu que la requérante soit recrutée en qualité de praticien hospitalier contractuel dès son inscription à l’ordre des médecins, que la décision attaquée a pour effet de priver la requérante de la perspective d’être recrutée à court terme en tant que praticien hospitalier en lui maintenant, ce faisant, une rémunération bien moindre que celle à laquelle elle pourrait prétendre. D’autre part, il résulte de l’instruction, et notamment de ce courrier circonstancié du directeur général de l’EPSM de Caen, et n’est pas contesté par le CNG qui se borne à faire valoir en défense qu’il n’est pas établi que l’établissement serait dans l’impossibilité de recruter un praticien hospitalier, que la décision attaquée, qui aurait pour conséquence que Mme C... quitte temporairement l’EPSM, entrainerait « inévitablement une dégradation significative de la continuité et de la qualité de la prise en charge de la population concernée » et que « les sous effectifs médicaux persistants et les difficultés majeures de recrutement ne permettent pas d’envisager son remplacement ». Dans ces conditions, l’exécution de la décision attaquée, qui contraint Mme C... à renoncer à court terme à une offre d’emploi alors même que l’EMSP fait montre d’un vif intérêt pour la recruter, et porte atteinte à la continuité des soins dans cet établissement, préjudicie de façon suffisamment grave et immédiate à sa situation ainsi qu’à un intérêt public résidant dans la continuité de la prise en charge des patients, pour que la condition de l’urgence soit tenue pour satisfaite.

En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à faire naître, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

Il ressort des termes de la décision attaquée que cette décision du CNG en date du 6 février 2026, portant refus d’autoriser Mme C... à exercer dans sa spécialité, se fonde sur le motif que sa formation théorique et pratique en psychiatrie et pédopsychiatrie serait insuffisante, notamment en raison de la circonstance que la requérante n’aurait pas effectué le parcours de consolidation de compétences qui lui avait été prescrit par la décision du 29 juillet 2022 au sein d’un centre hospitalier universitaire (CHU), et qu’elle manquerait d’autonomie dans sa pratique. Il résulte toutefois de l’instruction que la décision du 29 juillet 2022, qui prescrivait la réalisation d’un parcours de praticien associé au sein d’un CHU, informait la requérante de la possibilité pour elle de proposer à l’agence régionale de santé un établissement agréé pour la formation des internes de spécialité, agrément dont l’EPSM de Caen justifie. Par ailleurs, Mme C... verse à l’instance une lettre de soutien circonstanciée de son employeur et plusieurs témoignages de collègues ayant exercé avec elle au sein de l’EPSM de Caen, soulignant de manière unanime ses qualités professionnelles et son niveau d’autonomie dans sa pratique, étant notamment relevé qu’elle « gère actuellement en autonomie une unité de moyen et long séjour », qu’elle « fait preuve de solides connaissances cliniques, de capacités d'autonomie, de décision, d'adaptation » et « participe activement à la permanence des soins » avec « une autonomie clinique affirmée ». Dans ces conditions, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation qu’aurait commis le CNG en prenant la décision litigieuse, est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Les deux conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 6 février 2026 par laquelle le CNG a rejeté la demande d’autorisation d’exercice en France de la profession de médecin dans la spécialité « psychiatrie » formée par Mme C..., jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité ou jusqu’au réexamen de sa situation.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ».

En application des dispositions précitées de l’article L. 511-1 du code de justice administrative, il y a lieu d’enjoindre au CNG de réexaminer la demande de Mme C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNG la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :

L’exécution de la décision du 6 février 2026 par laquelle le CNG a refusé de délivrer à Mme C... l’autorisation d’exercice sollicitée dans la spécialité psychiatrie et lui a prescrit l’accomplissement d’un parcours de consolidation des compétences complémentaire de dix-huit mois à temps plein est suspendue.
Il est enjoint au CNG de réexaminer la demande de Mme C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Le CNG versera à Mme C... une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... épouse B... et au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Fait à Cergy, le 30 mars 2026.

La juge des référés


signé


L. Moinecourt

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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