Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 13 et 16 mars 2026, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Kornman, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 6 juin 2025 ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir et de la mettre en possession, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors, d’une part, qu’elle connait des problèmes de santé nécessitant un suivi médical régulier et des soins continus et qu’en l’absence de titre de séjour, elle ne peut bénéficier de l’affiliation au régime général de la sécurité sociale ni bénéficier de l’aide médicale de l'État, compte tenu des ressources de son foyer, et doit supporter la prise en charge des frais médicaux et, d’autre part, qu’elle risque de perdre l’opportunité professionnelle d’occuper un poste de professeur de physique-chimie ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est insuffisamment motivée ;
elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
elle méconnaît l’article 6 2° de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de cet article ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2605515 enregistrée le 13 mars 2026, par laquelle Mme B... épouse C... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... épouse C..., ressortissante algérienne née le 10 mars 1983 a épousé le 3 mai 2025, un ressortissant français, M. C.... Elle est entrée en France, en dernier lieu, le 4 juin 2025, sous couvert d’un visa de court séjour. Mme B... épouse C... a déposé, le 6 juin 2025, par le biais du téléservice « Administration numérique des étrangers en France », une demande délivrance d’un certificat de résidence en sa qualité de conjointe d’un ressortissant français. Mme B... épouse C... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite de rejet de sa demande d’un certificat de résidence, née du silence gardé, pendant plus de quatre mois après son dépôt, par le préfet des Hauts-de-Seine.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision attaquée, par laquelle la délivrance d’un premier certificat de résidence lui est refusée, Mme B... épouse C... fait valoir, d’abord, qu’elle connait des problèmes de santé ayant été opérée en août 2025 d’un cancer papillaire du lobe thyroïdien et que l’absence de délivrance d’un titre de séjour risque d’avoir un impact sur ses conditions d’accès aux soins dès lors qu’elle ne peut pas bénéficier de son affiliation au régime général de la sécurité sociale ni bénéficier de l’aide médicale de l'État, compte tenu des revenus de son foyer et qu’elle doit ainsi assumer la charge financière de son traitement. Toutefois, s’il résulte de l’instruction que la requérante fait l’objet d’un suivi médical régulier et suit un traitement médicamenteux, il n’est pas établi que du fait de la décision attaquée, elle ne pourrait pas bénéficier des soins dont son état de santé nécessite, compte tenu notamment des ressources de son foyer. Mme B... épouse C... fait valoir, également, que le refus de son admission au séjour la prive de la possibilité de pouvoir occuper un poste de professeur de physique-chimie au sein d’un établissement d’enseignement public de l’Académie de Versailles. Toutefois, la seule production d’un courriel du 19 février 2026 d’une gestionnaire recrutement de l’académie de Versailles indiquant que la requérante a reçu à la suite d’un entretien de recrutement un avis favorable, sans indication au demeurant de la date de prise de fonction, ne suffit pas à justifier d’une situation d’urgence. Dans ces conditions, les circonstances dont la requérante se prévaut ne permettent pas de démontrer pas que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ni de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. En conséquence, la condition d’urgence ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête présentée par Mme B... épouse C... doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... épouse C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... épouse C....
Fait à Cergy, le 17 mars 2026.
Le juge des référés,
Signé
S. Ouillon
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.