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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2605945

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2605945

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2605945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEVY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête d'un ressortissant étranger demandant une injonction au préfet pour obtenir un rendez-vous et un récépissé de renouvellement de titre de séjour. Le juge a estimé que le requérant n'avait pas démontré l'existence d'une urgence suffisante, malgré la clôture de son précédent dossier suite à un déménagement, car il n'établissait pas que le dysfonctionnement allégué de la plateforme en ligne avait un impact immédiat et grave sur sa situation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Levy, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise ou tout autorité compétente de le convoquer en préfecture pour qu’il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et être muni du récépissé correspondant l’autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est présumée en présence d’une demande de renouvellement de titre de séjour ; elle est en tout état de cause remplie dès lors que l’absence de titre de séjour le place en situation irrégulière sur le territoire français et l’expose à un risque d’éloignement, et ce depuis une durée anormalement longue ;
- la mesure sollicitée, qui révèle un dysfonctionnement du service public, est utile ;
- la mesure sollicitée, qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, ne fait nullement obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Le préfet du Val-d’Oise, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.



Le président du tribunal a désigné Mme Cordary, première présidente, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant guinéen né le 10 mai 2005, était titulaire en dernier lieu d’un titre de séjour valable jusqu’au 27 septembre 2024, dont il a demandé le renouvellement auprès du préfet d’Ille-et-Vilaine le 6 juin 2024. Il a été muni d’un récépissé valable jusqu’au 26 juin 2025, toutefois son dossier a été clôturé par le préfet d’Ille-et-Vilaine le 21 août 2025 en raison du déménagement de M. A... dans le département du Val-d'Oise. Le requérant a donc déposé une nouvelle demande auprès dudit préfet, d’abord le 7 septembre 2025 par courrier, puis le 2 octobre 2025 via la plateforme « démarches simplifiées » de la préfecture du Val-d'Oise. Par la présente requête, il demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de le convoquer en préfecture pour qu’il puisse déposer sa demande et être muni du récépissé correspondant l’autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ».

Le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 précité, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S’agissant de la condition d’urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l’article L. 521-3, il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.

Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

Il résulte de l’instruction que le titre de séjour dont était muni M. A... a expiré le 27 septembre 2024. L’intéressé en a demandé le renouvellement le 6 juin 2024 auprès du préfet d’Ille-et-Vilaine qui l’a alors muni d’un récépissé, qui a expiré le 26 juin 2025, attestant de la complétude de sa demande. Dès lors, l’urgence de sa situation est présumée, ce que ne conteste pas le préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit de mémoire en défense. En raison de son déménagement dans le département du Val-d'Oise, la demande de M. A... a été clôturée par le préfet d’Ille-et-Vilaine, et le requérant a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour devant le préfet du Val-d’Oise le 2 octobre 2025, il y a six mois. Dans ces conditions, au vu des relances effectuées par M. A..., qui a besoin d’un titre de séjour pour travailler, et alors que la démarche entreprise ne constitue qu’un préalable en vue de la comparution personnelle permettant l’enregistrement de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de convoquer M. A..., dont la demande est utile, ne souffre d’aucune contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative, pour qu’il puisse déposer sa demande et être muni du récépissé correspondant l'autorisant à travailler, sous réserve de la complétude de son dossier nouvellement déposé le 2 octobre 2025. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de convoquer M. A... en préfecture pour qu’il puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour et être muni du récépissé correspondant l'autorisant à travailler, sous réserve de la complétude de son dossier.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. A... sont rejetées pour le surplus.





Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.


Fait à Cergy, le 3 avril 2026.

La juge des référés,

signé

C. Cordary
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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