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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2606011

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2606011

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2606011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROSIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de liquidation d'une astreinte pour inexécution d'une précédente injonction. Le juge a considéré que l'administration (le préfet des Hauts-de-Seine) avait exécuté l'ordonnance en délivrant une attestation de prolongation d'instruction, ce qui suspendait le délai pour réexaminer la situation de la requérante. La décision s'appuie sur les articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative, qui encadrent le régime des astreintes provisoires et leur liquidation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mars 2026 et le 1er avril 2026, Mme A... B..., représentée par Me Rosin, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-7 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de procéder à la liquidation de l’astreinte de 300 euros par jour de retard prononcée par l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros hors taxes à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui est pas accordé à titre définitif, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026 n’a toujours pas reçu d’exécution, ce qui justifie la liquidation de l’astreinte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’il a remis une attestation de prolongation d'instruction à Mme B..., valable du 16 février 2026 au 15 août 2026, et que le réexamen de sa situation est toujours en cours dans un contexte de dysfonctionnement structurel.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026 de la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience du 2 avril 2026 à 9 heures 30.

Le rapport de Mme Oriol, juge des référés, a été entendu au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».

Par l’ordonnance susvisée n° 2601475 du 10 février 2026, Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Il n’y a donc pas lieu de l’y admettre à nouveau.

Sur la liquidation d’astreinte :

Par l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026 susvisée, la juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l’attente, de lui délivrer sous dix jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour, le tout sous astreinte de 300 euros par jour de retard. Par la présente requête, Mme B..., estimant que le préfet des Hauts-de-Seine n’a toujours pas réexaminé sa situation, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 9111-7 du code de justice administrative, de procéder à la liquidation de cette astreinte.

D’une part, aux termes de l’article L. 911-6 du code de justice administrative : « L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. ». Selon l’article L. 911-7 du même code : « En cas d’inexécution totale ou partielle ou d’exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l’astreinte qu’elle avait prononcée. / (…) Elle peut modérer ou supprimer l’astreinte provisoire, même en cas d’inexécution constatée. ».

Il appartient au juge qui a assorti d’une astreinte l’injonction faite à l’une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s’il constate que les mesures qu’il avait prescrites n’ont pas été exécutées ou l’ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l’exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l’exécution est demandée.

D’autre part, aux termes de l’article R. 611-8-6 du code de justice administrative : « Lorsqu’une partie a accepté, pour une instance donnée, l’utilisation du téléservice mentionné à l’article R. 414-6, la juridiction peut lui adresser par cette application, et pour cette instance, toutes les communications et notifications prévues par le présent livre. / Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été ainsi adressé, certifiée par l’accusé de réception délivré par l’application informatique (…) ».

Il résulte de l’instruction que l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026 a été notifiée au préfet des Hauts-de-Seine le jour même à 15 heures 36 via l’application Télérecours. Le délai imparti pour exécuter cette ordonnance en réexaminant la situation de Mme B... dans un délai d’un mois a donc expiré le 10 mars 2026. Or, Mme B... n’est pas contestée lorsqu’elle indique que cette injonction n’a pas été exécutée, le préfet des Hauts-de-Seine reconnaissant à cet égard un contexte de dysfonctionnement structurel. Dans ces conditions, quand bien même elle a été munie d’une attestation de prolongation d'instruction valable du 16 février 2026 au 15 août 2026, il y a lieu de procéder à la liquidation de l’astreinte prononcée pour la période du 11 mars 2026, premier jour de retard à compter de l’expiration du délai imparti au préfet pour exécuter l’injonction, au 3 avril 2026, date de la présente ordonnance, soit 7 200 euros pour 24 jours au taux de 300 euros par jour de retard. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de moduler cette somme en la fixant à 2 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, sous réserve de l’admission de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros hors taxes qui sera versée à Me Rosin, son conseil, au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où elle ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





O R D O N N E :


Article 1er : L’Etat versera la somme de 2 000 euros à Mme B... au titre de la liquidation de l’astreinte fixée par l’ordonnance n° 2601475 du 10 février 2026.

Article 2 : Sous réserve de l’admission de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre définitif, l’Etat versera la somme de 1 500 euros hors taxes à Me Rosin, son conseil, au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où elle ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de Mme B... sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à son conseil, Me Rosin, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine et au ministère public près la Cour des comptes en application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative.


Fait à Cergy, le 3 avril 2026.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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