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AccueilDroit européen62022CO0697
Ordonnance CJUE62022CO0697

Ordonnance de la Cour (huitième chambre) du 10 juillet 2026.#Koiviston Auto Helsinki Oy contre Commission européenne.#Taxation des dépens.#Affaire C-697/22 P-DEP.

CELEX62022CO0697
TypeOrdonnance CJUE
Datevendredi 10 juillet 2026

Texte intégral

ORDONNANCE DE LA COUR (huitième chambre)

10 juillet 2026 (*)

« Taxation des dépens »

Dans l’affaire C‑697/22 P‑DEP,

ayant pour objet une demande de taxation des dépens récupérables au titre de l’article 145 du règlement de procédure de la Cour, introduite le 30 juin 2025,

Koiviston Auto Helsinki Oy, anciennement Helsingin Bussiliikenne Oy, établie à Helsinki (Finlande), représentée par Mes O. Hyvönen et N. Rosenlund, asianajajat,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par M. M. Huttunen, Mmes T. Simonen et F. Tomat, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LA COUR (huitième chambre),

composée de Mme O. Spineanu‑Matei, présidente de chambre, MM. S. Rodin (rapporteur) et N. Fenger, juges,

avocat général : Mme L. Medina,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

l’avocate générale entendue,

rend la présente

Ordonnance

1 La présente demande a pour objet la taxation des dépens exposés par Koiviston Auto Helsinki Oy, anciennement Helsingin Bussiliikenne Oy, dans le cadre des affaires T-603/19 et C‑697/22 P.

2 Par l’arrêt du 14 septembre 2022, Helsingin Bussiliikenne/Commission (T‑603/19, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2022:555), le Tribunal de l’Union européenne a rejeté le recours introduit par Helsingin Bussiliikenne tendant à l’annulation de la décision (UE) 2020/1814 de la Commission, du 28 juin 2019, relative à l’aide d’État SA.33846 (2015/C) (ex 2014/NN) (ex 2011/CP), mise en œuvre par la Finlande en faveur d’Helsingin Bussiliikenne Oy (JO 2020, L 404, p. 10), et a condamné cette société à supporter ses propres dépens et ceux exposés par la Commission européenne, y compris ceux afférents à la procédure de référé, ainsi que ceux exposés par Nobina Oy et Nobina AB.

3 Par un pourvoi introduit le 11 novembre 2022, au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, Koiviston Auto Helsinki a demandé l’annulation de cet arrêt.

4 Par l’arrêt du 29 juillet 2024, Koiviston Auto Helsinki/Commission (C‑697/22 P, EU:C:2024:641), la Cour a annulé l’arrêt attaqué ainsi que la décision 2020/1814 et a condamné la Commission à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par Koiviston Auto Helsinki, afférents tant à la procédure de première instance qu’à celle de pourvoi.

5 Aucun accord n’étant parvenu entre Koiviston Auto Helsinki et la Commission sur le montant des dépens récupérables, cette société a, en application de l’article 145 du règlement de procédure de la Cour, introduit la présente demande.

Les conclusions des parties

6 Koiviston Auto Helsinki demande à la Cour de fixer à 793 543,58 euros le montant des dépens devant lui être remboursés au titre des frais qu’elle a exposés dans le cadre des procédures de première instance et de pourvoi, auquel montant doit s’ajouter une somme de 41 350 euros au titre des frais exposés dans le cadre de la présente procédure de taxation des dépens, soit une somme totale de 834 893,58 euros.

7 La Commission demande à la Cour :

– de fixer le montant des dépens récupérables dans les affaires T‑603/19 et C‑697/22 P à un maximum de 86 000 euros et

– de statuer que la partie requérante supportera les dépens de la présente procédure de taxation des dépens.

Argumentation des parties

8 À titre liminaire, Koiviston Auto Helsinki fait état de ses échanges avec la Commission au sujet du remboursement des dépens afférents aux affaires T‑603/19 et C‑697/22 P, dont il ressortirait que les parties ne sont pas parvenues à un accord en ce qui concerne la détermination du montant de ces dépens.

9 Koiviston Auto Helsinki expose que la somme totale de 840 310,74 euros réclamée dans le cadre de la présente demande se compose, d’une part, d’une somme de 793 543,58 euros au titre des dépens afférents tant à la procédure de première instance dans l’affaire T‑603/19 qu’à la procédure de pourvoi dans l’affaire C‑697/22 P. Cette dernière somme serait due au titre des frais et des honoraires d’avocats. Il faudrait y ajouter une somme de 5 417,16 euros au titre des frais de déplacement et de séjour des deux avocats mandatés par cette société afin de participer aux deux audiences tenues à Luxembourg (Luxembourg) dans ces affaires.

10 D’autre part, cette somme totale de 840 310,74 euros comprendrait une somme de 41 350 euros au titre des dépens afférents à la présente procédure, composés des frais et des honoraires d’avocats.

11 Koiviston Auto Helsinki fait valoir un certain nombre de justifications à l’appui de sa demande de taxation des dépens. En premier lieu, en ce qui concerne les dépens exposés dans le cadre des affaires T‑603/19 et C‑697/22 P, cette société estime que la somme réclamée correspond, eu égard, notamment, à l’importance du litige pour le droit de l’Union, à la difficulté de la cause, à l’intérêt économique que le litige a présenté pour ladite société et à l’ampleur du travail fourni, aux frais indispensables qu’elle a exposés aux fins des procédures dans ces affaires, au sens de la jurisprudence de la Cour.

12 S’agissant, premièrement, de l’importance du litige, les questions de fait et de droit que la Cour a été amenée à examiner dans l’arrêt du 29 juillet 2024, Koiviston Auto Helsinki/Commission (C‑697/22 P, EU:C:2024:641), présenteraient une importance considérable pour le droit de l’Union. En effet, l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt aurait avant tout porté sur une erreur substantielle de procédure et sur le droit fondamental à être entendu dans une affaire qui concerne directement l’intéressé avant qu’une décision ne soit prise. Ledit arrêt aurait précisé les situations dans lesquelles la Commission est tenue, dans les affaires en matière d’aides d’État, de prendre une décision d’ouverture complémentaire qui informe de l’existence d’éléments nouveaux afin de permettre aux parties intéressées de présenter leurs observations, tel que l’exigent l’article 108, paragraphe 2, TFUE et l’article 6, paragraphe 1, du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, du 13 juillet 2015, portant modalités d’application de l’article 108 [TFUE] (JO 2015, L 248, p. 9).

13 Deuxièmement, s’agissant du degré de difficulté de l’affaire ayant donné lieu au même arrêt, Koiviston Auto Helsinki soutient que le pourvoi portait sur un sujet juridique complexe et inédit, à savoir la question des conséquences d’une erreur substantielle de procédure et le droit fondamental à être entendu dans une affaire qui concerne directement l’intéressé. En outre, cette affaire aurait donné lieu à des conclusions de Mme l’avocate générale. Le recours à des avocats spécialisés dans les domaines du droit procédural et du droit de la concurrence aurait donc été justifié.

14 Koiviston Auto Helsinki soutient avoir eu un intérêt économique significatif à l’issue du litige, eu égard aux conséquences financières exceptionnelles que la décision de la Commission aurait entraînées pour elle. En effet, le remboursement de l’aide d’État d’un montant de 44 296 738,81 euros aurait constitué une menace immédiate d’insolvabilité pour cette société. Par conséquent, celle-ci aurait été contrainte de demander une restructuration et la vente de l’ensemble du groupe Koiviston Auto afin de trouver les fonds nécessaires à ce remboursement.

15 Troisièmement, en ce qui concerne l’ampleur du travail fourni, la partie requérante fonde le volume élevé d’heures de travail consacré aux affaires concernées, à savoir 2 125,5 heures, notamment sur le fait qu’elle n’a pas été associée à l’ensemble de la procédure administrative menée par la Commission. Ainsi, elle n’a pu intervenir qu’après l’adoption, par la Commission, de la décision relative à la récupération de l’aide d’État concernée.

16 Par conséquent, Koiviston Auto Helsinki a dû engager des efforts spécifiques afin d’obtenir l’ensemble des éléments du dossier, qui n’ont pas été transmis par la Commission malgré les demandes présentées à cet effet et rejetées par deux décisions des 17 juillet 2019 et 31 octobre 2019 (GESTDEM 2019/4015), et notamment prendre contact avec la ville d’Helsinki (Finlande) et l’État finlandais afin d’obtenir des documents afférents à ce dossier.

17 Selon la jurisprudence du Tribunal, les frais exposés pour la recherche juridique, rendue nécessaire, en l’espèce, du fait de la non-participation de Koiviston Auto Helsinki à la procédure administrative, devraient être considérés comme constituant un travail nécessaire et indispensable à la préparation de la procédure donnant lieu au remboursement concerné.

18 Koiviston Auto Helsinki ajoute que l’intervention d’un second avocat était justifiée et indispensable. En effet, deux avocats, reconnus comme étant experts dans leur domaine de spécialisation, l’un en droit de la concurrence et l’autre en droit procédural, se seraient partagés le travail dès le début de l’affaire, de telle sorte qu’il n’y aurait pas eu de double emploi. En outre, plusieurs autres juristes du cabinet d’avocats concerné auraient apporté leur aide au cours de cette procédure complexe qui a duré plus de cinq ans.

19 Ainsi, Koiviston Auto Helsinki estime que, eu égard à ces éléments, le taux horaire moyen de 371 euros, qui a été modifié en cours de procédure, en raison de l’inflation et d’une hausse générale du niveau des prix de 350 à 425 euros, et que ces deux avocats ont fixé en tant que principaux gestionnaires du dossier, ainsi que le travail que ceux-ci ont fourni doivent être considérés comme étant habituels et raisonnables, de sorte que les frais qui en résultent devraient être intégralement remboursés. Ces tarifs horaires n’excéderaient pas ceux qui seraient pratiqués par d’autres cabinets d’avocats européens et finlandais dans des affaires d’une complexité comparable.

20 Quatrièmement, s’agissant des frais de déplacement exposés en raison de la participation indispensable desdits deux avocats aux audiences tenues à Luxembourg, Koiviston Auto Helsinki réclame une somme de 5 417,16 euros, ce qui inclut le prix des billets d’avions, de la location d’une voiture, du stationnement et de l’hébergement à l’hôtel ainsi que les indemnités journalières à l’étranger. Cette société estime que ces frais ne sont pas excessifs, les déplacements ayant été organisés de la manière la plus économique possible au départ de la Finlande.

21 En second lieu, concernant le montant des dépens que Koiviston Auto Helsinki réclame au titre de la présente procédure de taxation des dépens, cette société fait valoir que ce montant est justifié eu égard au travail effectué par ses deux avocats dans le cadre de leurs échanges et de leurs communications avec la Commission ainsi que de la rédaction de la demande de taxation des dépens introduite devant la Cour.

22 La Commission exprime des doutes quant au degré de précision et d’exactitude des différents éléments figurant dans le décompte des heures de travail prétendument consacrées aux affaires T‑603/19 et C‑697/22 P, de sorte qu’il ne serait pas possible de vérifier si les frais en question présentaient effectivement un caractère indispensable aux fins des procédures devant le Tribunal et la Cour.

23 Sur le fond, la Commission conteste le montant des dépens que Koiviston Auto Helsinki réclame au titre des procédures dans ces affaires et de la présente procédure de taxation des dépens.

24 Premièrement, s’agissant de l’importance du litige pour le droit de l’Union et des difficultés de ce litige, la Commission estime que les affaires T‑603/19 et C‑697/22 P portaient sur un litige ordinaire en matière d’aides d’État, qui ne soulevait pas de questions particulièrement importantes ou complexes et que la Cour a, au demeurant, jugé dans le cadre d’une formation à cinq juges, ce qui démontre l’importance limitée dudit litige au regard du droit de l’Union.

25 Deuxièmement, s’agissant de l’intérêt économique important allégué par Koiviston Auto Helsinki, la Commission estime que, si les affaires T‑603/19 et C‑697/22 P présentaient un certain intérêt économique pour cette société, cet intérêt ne saurait être considéré comme revêtant un caractère inhabituel ou différent de celui qui sous-tend tout processus de décision en matière d’aides d’État. Ladite société n’aurait pas avancé d’éléments spécifiques permettant de démontrer l’existence d’un intérêt économique important, de sorte que le nombre d’heures de travail qui auraient été consacrées à ces affaires et les autres coûts qui auraient été exposés aux fins du traitement de celles-ci seraient proportionnés et justifiés. En outre, la Commission rappelle que la société qui a racheté Koiviston Auto Helsinki avait connaissance de l’existence d’une enquête en matière d’aides d’État concernant celle-ci lorsqu’elle l’a acquise.

26 Troisièmement, s’agissant de l’ampleur du travail nécessaire aux fins des procédures dans les affaires T‑603/19 et C‑697/22 P, la Commission estime que le nombre d’heures de travail indiqué par Koiviston Auto Helsinki dépasse de manière manifeste ce qui était objectivement nécessaire pour traiter ces affaires. En effet, le nombre d’heures prétendument consacrées à la lecture des documents et à la rédaction des actes de procédure serait excessif et déraisonnable au regard de l’expérience des avocats de la partie requérante ainsi que du contenu de ces actes. Au demeurant, la Commission considère que la partie requérante n’a pas justifié la nécessité de faire appel à deux avocats, ce qui, selon elle, a entraîné une duplication des efforts. Elle estime que Koiviston Auto Helsinki n’a pas suffisamment motivé ce nombre d’heures, en se bornant à mentionner la complexité des affaires concernées.

27 En outre, s’agissant des taux horaires appliqués par ces deux avocats, se situant entre 350 et 425 euros, la Commission estime qu’ils sont très élevés et que, de ce fait, la gestion du dossier aurait pu être plus rapide et efficace. Selon elle, des taux horaires moyens de 250 à 300 euros auraient été plus raisonnables.

28 Par ailleurs, divers frais figurant dans le décompte du travail ne constitueraient pas des dépens récupérables. En particulier, les frais relatifs aux tâches concernant la demande d’accès aux documents présentée par la partie requérante, les échanges avec la ville d’Helsinki, la demande en référé ainsi que l’affaire T‑597/19 n’auraient pas dû être pris en compte.

29 Sur la base de ces considérations, la Commission évalue les dépens exposés par la partie requérante au titre de la rémunération de ses deux avocats à la somme de 84 000 euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, correspondant à un total de 240 heures de travail à un taux horaire de 350 euros.

30 Quatrièmement, la Commission estime que les frais de déplacement réclamés par Koiviston Auto Helsinki sont injustifiés, au motif qu’ils excèdent les plafonds que la Cour aurait fixés à cet égard. Elle évalue ces frais à la somme de 2 000 euros.

31 Cinquièmement, la Commission conteste le montant de 41 350 euros que la partie requérante réclame au titre des dépens qui auraient été exposés aux fins de la présente procédure de taxation des dépens, car elle n’est pas l’auteur de cette procédure.

Appréciation de la Cour

32 Aux termes de l’article 144, sous b), du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, sont considérés comme constituant des dépens récupérables « les frais indispensables exposés par les parties aux fins de la procédure, notamment les frais de déplacement et de séjour et la rémunération d’un agent, conseil ou avocat ».

33 Selon une jurisprudence constante, les dépens récupérables, au sens de cet article 144, sous b), sont limités, d’une part, aux frais exposés aux fins de la procédure devant la Cour, à savoir la phase contentieuse, à l’exclusion de la phase ayant précédé celle-ci, et, d’autre part, à ceux qui ont été indispensables à ces fins (voir, en ce sens, ordonnances du 3 octobre 2018, Orange/Commission, C‑486/15 P‑DEP, EU:C:2018:824, point 26, et du 8 février 2024, WV/SEAE, C‑162/20 P‑DEP, EU:C:2024:208, point 39).

34 La même interprétation a, par ailleurs, été retenue concernant l’article 140, sous b), du règlement de procédure du Tribunal (ordonnance du 8 février 2024, WV/SEAE, C‑162/20 P‑DEP, EU:C:2024:208, point 39).

35 Le juge de l’Union est habilité non pas à taxer les honoraires dus par les parties à leurs propres avocats, mais à déterminer le montant à concurrence duquel ces rémunérations peuvent être récupérées auprès de la partie condamnée aux dépens (ordonnance du 3 octobre 2018, Orange/Commission, C‑486/15 P‑DEP, EU:C:2018:824, point 28 et jurisprudence citée).

36 Le droit de l’Union ne prévoyant aucune disposition de nature tarifaire ou relative au temps de travail nécessaire, il incombe au juge de l’Union d’apprécier librement les données de la cause, en tenant compte de l’objet et de la nature du litige, de son importance sous l’angle du droit de l’Union ainsi que des difficultés de la cause, de l’ampleur du travail que la procédure contentieuse a pu causer aux agents ou aux conseils intervenus et des intérêts économiques que le litige a présentés pour les parties (ordonnance du 30 mai 2018, Simba Toys/EUIPO et Seven Towns, C‑30/15 P‑DEP, EU:C:2018:353, point 23).

37 En outre, en fixant les dépens récupérables, la Cour doit tenir compte de toutes les circonstances de l’affaire jusqu’à la date du prononcé de l’ordonnance de taxation des dépens, y compris des frais indispensables afférents à la procédure de taxation des dépens (ordonnance du 30 mai 2018, Simba Toys/EUIPO et Seven Towns, C‑30/15 P‑DEP, EU:C:2018:353, point 24 ainsi que jurisprudence citée).

38 Partant, c’est au regard de ces éléments qu’il convient de déterminer le montant des dépens récupérables en l’espèce.

39 En ce qui concerne, en premier lieu, l’objet et la nature du litige, il convient de relever qu’il s’agissait d’une procédure de pourvoi devant la Cour qui, par sa nature même, est limitée aux questions de droit et n’a pas pour objet, hormis le cas de la dénaturation, la contestation ou l’appréciation des faits du litige. La présente affaire se caractérise par le fait que, ainsi qu’il ressort de l’arrêt du 29 juillet 2024, Koiviston Auto Helsinki/Commission (C‑697/22 P, EU:C:2024:641), elle porte non seulement sur les dépens de la procédure de pourvoi, mais également sur ceux de la procédure de première instance.

40 En deuxième lieu, s’agissant de l’importance du litige appréciée sous l’angle du droit de l’Union et des difficultés de la cause, il convient de relever que, dans sa requête en pourvoi, Koiviston Auto Helsinki a soulevé deux moyens, tirés, le premier, d’une erreur substantielle de procédure, au motif que le Tribunal aurait jugé que la violation de l’article 108, paragraphe 2, TFUE commise par la Commission en s’abstenant d’étendre la procédure formelle d’examen de l’aide d’État concernée et d’associer cette société à cette procédure ne constituait pas une violation d’une formalité substantielle, et, le second, d’une violation du principe de proportionnalité, au motif que, au point 159 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait considéré que la Commission n’était pas tenue de déterminer dans quelle mesure cette aide d’État devait être récupérée auprès de ladite société.

41 Il y a lieu de constater que ces moyens soulevaient un nombre certes limité de questions de droit, qui, néanmoins, ne relevaient pas d’une simple application du droit de l’Union, tel qu’interprété par la Cour, ce qui a d’ailleurs justifié l’attribution du pourvoi à une chambre à cinq juges, qui a statué à la suite d’une audience de plaidoiries et avec le bénéfice de conclusions. Par conséquent, il ne saurait être contesté que ces questions nécessitaient une analyse approfondie (voir, en ce sens, ordonnance du 3 septembre 2020, United Parcel Service/Commission, C‑265/17 P‑DEP, EU:C:2020:655, point 39).

42 À cet effet, la Cour était, notamment, amenée à préciser les conditions dans lesquelles la Commission était tenue, afin de permettre aux parties intéressées de présenter utilement leurs observations, comme l’exigent l’article 108, paragraphe 2, TFUE et l’article 6, paragraphe 1, du règlement 2015/1589, de publier une décision d’ouverture complémentaire de la procédure formelle d’examen faisant état d’un nouvel élément pertinent, tel que, en l’espèce, la cession de Helsingin Bussiliikenne à Viikin Linja Oy, ainsi que d’associer la partie requérante à cette procédure. Si la Cour a rejeté le second moyen du pourvoi, elle a accueilli le premier moyen de celui-ci, au motif que le Tribunal avait commis une erreur de droit en jugeant que la Commission n’était pas tenue d’étendre la procédure formelle d’examen et qu’elle n’avait pas violé de formalité substantielle, mais seulement commis une irrégularité de procédure, en s’abstenant d’associer la partie requérante à cette procédure.

43 Il s’ensuit que l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 29 juillet 2024, Koiviston Auto Helsinki/Commission (C‑697/22 P, EU:C:2024:641), dont l’importance était certaine pour la bonne compréhension de ces conditions, soulevait des questions de droit en partie nouvelles.

44 En ce qui concerne, en troisième lieu, les intérêts économiques concernés, il convient de relever que la décision de la Commission, qui imposait à Koiviston Auto Helsinki le remboursement d’une aide d’État d’un montant supérieur à 44 millions d’euros, l’a placée dans une situation de risque immédiat d’insolvabilité. Par conséquent, cette société était contrainte de demander la restructuration et la vente de l’ensemble du groupe Koiviston Auto afin de trouver les fonds nécessaires pour le paiement de ce montant. La demande d’annulation de cette décision devant le Tribunal, puis l’introduction d’un pourvoi devant la Cour présentaient donc un intérêt certain, d’un point de vue économique.

45 S’agissant, en quatrième lieu, de l’ampleur du travail requis par la procédure contentieuse, les parties sont en désaccord à la fois sur le caractère approprié du taux horaire auquel les conseils de Koiviston Auto Helsinki ont facturé leurs prestations, sur le nombre d’heures de travail pouvant apparaître comme étant objectivement indispensable aux fins des procédures concernées ainsi que sur les tâches devant être considérées comme étant « indispensables ».

46 À cet égard, si, en principe, la rémunération d’un seul agent, conseil ou avocat est recouvrable, la rémunération de plusieurs avocats peut, suivant les caractéristiques propres à chaque affaire, au premier rang desquelles figure sa complexité, relever de la notion de « frais indispensables », au sens de l’article 144, sous b), du règlement de procédure de la Cour et de l’article 140, sous b), du règlement de procédure du Tribunal. Il s’ensuit que, lors de la fixation du montant des dépens récupérables, le nombre total d’heures de travail peut apparaître comme étant objectivement indispensable aux fins de la procédure, indépendamment du nombre d’avocats entre lesquels ce travail a été réparti (voir, en ce sens, ordonnance du 5 octobre 2023, Pirelli Tyre/EUIPO, C‑818/18 P‑DEP, EU:C:2023:747, point 41 et jurisprudence citée).

47 Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que des avocats qui se prévalent d’une qualification et d’une expérience élevées et dont les prestations sont facturées, comme en l’espèce, à un taux horaire moyen de 371 euros, calculé à partir de taux horaires compris entre 350 à 425 euros et dans le cadre d’un mandat ayant duré plus de cinq ans, tel que mentionné au point 29 de la demande de taxation de dépens, sont présumés traiter les affaires qui leur sont confiées, y compris celles qui présentent une certaine complexité, avec efficacité et célérité. Partant, la prise en compte d’une rémunération d’un tel niveau doit avoir pour contrepartie une évaluation stricte du nombre total d’heures de travail indispensables aux fins de la procédure concernée (voir, en ce sens, ordonnances du 3 septembre 2020, United Parcel Service/Commission, C‑265/17 P‑DEP, EU:C:2020:655, point 51, et du 5 octobre 2023, Pirelli Tyre/EUIPO, C‑818/18 P‑DEP, EU:C:2023:747, point 44).

48 À cet égard, il y a lieu de relever que, lors de la fixation du montant des dépens récupérables, il convient de tenir compte du nombre total d’heures de travail pouvant apparaître comme étant objectivement indispensable aux fins des procédures devant le Tribunal et devant la Cour, indépendamment du nombre d’avocats entre lesquels ce travail a été réparti (ordonnance du 3 octobre 2018, Orange/Commission, C‑486/15 P‑DEP, EU:C:2018:824, point 36 et jurisprudence citée).

49 Or, premièrement, les activités se rapportant à la phase antérieure à la « procédure », au sens de l’article 144, sous b), du règlement de procédure de la Cour et de l’article 140, sous b), du règlement de procédure du Tribunal, telles que, en l’espèce, un échange avec les autorités finlandaises, ne peuvent être prises en considération dans le cadre d’une taxation des dépens, dès lors qu’elles ne sont pas indispensables aux procédures devant le Tribunal et la Cour.

50 Deuxièmement, s’agissant des frais relatifs à des mesures postérieures à la phase orale des procédures devant le Tribunal et la Cour, il ressort de la jurisprudence de la Cour que de tels dépens ne sauraient être regardés comme étant des frais indispensables aux fins de la procédure, et, dès lors, ne peuvent être récupérés dans le cadre d’une procédure de taxation des dépens (voir, en ce sens, ordonnance du 20 mai 2010, Tetra Laval/Commission, C‑12/03 P‑DEP et C‑13/03 P‑DEP, EU:C:2010:280, point 62 ainsi que jurisprudence citée).

51 Troisièmement, s’agissant des frais concernant la procédure de référé, le Tribunal a, par l’arrêt attaqué, condamné Helsingin Bussiliikenne, devenue Koiviston Auto Helsinki, à supporter ses propres dépens et ceux exposés par la Commission, y compris ceux afférents à cette procédure. Dès lors, contrairement à ce que soutient la Commission, l’arrêt du 29 juillet 2024, Koiviston Auto Helsinki/Commission (C‑697/22 P, EU:C:2024:641), en ce qu’il condamne la Commission à supporter les dépens exposés par Koiviston Auto Helsinki afférents tant à la procédure de première instance qu’à celle de pourvoi, inclut les dépens afférents à la procédure de référé.

52 Lors d’une telle procédure, le juge n’est pas appelé à trancher le fond de l’affaire et les moyens de droit pouvant être invoqués devant lui par les parties sont limités (ordonnance du 22 avril 2020, Bilbaína de Alquitranes e.a./Commission, C‑691/15 P‑DEP, EU:C:2020:284, point 56).

53 L’ampleur du travail indispensable à l’introduction de cette procédure doit être appréciée en considération, notamment, de la circonstance que les éléments de fait et de droit sur la base desquels ladite procédure est engagée fait déjà, en partie, l’objet d’une analyse par les mêmes avocats lors de la rédaction, notamment, du recours en première instance (voir, en ce sens, ordonnance du 22 avril 2020, Bilbaína de Alquitranes e.a./Commission, C‑691/15 P‑DEP, EU:C:2020:284, point 57). Ainsi, les 370,5 heures de travail prétendument effectuées par les avocats mandatés par la partie requérante et se rapportant aux prestations fournies par ceux-ci à l’occasion des différentes phases du recours en annulation et de la demande de mesures provisoires n’apparaissent pas, dans leur totalité, « indispensables [...] aux fins de la procédure », au sens de l’article 144, sous b), du règlement de procédure de la Cour et de l’article 140, sous b), du règlement de procédure du Tribunal.

54 Quatrièmement, il convient de tenir compte du fait que les avocats que la partie requérante a mandatés devant la Cour l’avaient déjà représentée devant le Tribunal, de sorte qu’ils disposaient déjà, au stade du pourvoi, d’une connaissance approfondie de l’affaire, ce qui était de nature à faciliter leur travail et à réduire le temps consacré à la procédure de pourvoi (voir, en ce sens, ordonnances du 30 mai 2018, Simba Toys/EUIPO et Seven Towns, C‑30/15 P‑DEP, EU:C:2018:353, point 33, ainsi que du 5 décembre 2018, TV2/Danmark/Viasat Broadcasting UK, C‑657/15 P‑DEP, EU:C:2018:985, point 30).

55 En l’espèce, il y a lieu de retenir que les 670,5 heures de travail des avocats de la partie requérante prétendument consacrées à la procédure de pourvoi devant la Cour, telles que figurant à l’annexe 2 de la demande de taxation des dépens, apparaissent excessives en l’espèce, d’autant plus que, ainsi qu’il ressort de l’examen de l’annexe 1 de la demande de taxation des dépens de Koiviston Auto Helsinki, la répartition du travail entre les deux avocats de cette société a nécessairement impliqué une certaine duplication des efforts entrepris, de sorte que la Cour ne saurait reconnaître la totalité des heures de travail prétendument effectuées par ces avocats comme étant objectivement indispensables.

56 En outre, il ressort de l’examen des heures de travail prétendument effectuées par les avocats de Koiviston Auto Helsinki que le volume de 305,75 heures revendiqué, concernant la période comprise entre le 14 décembre 2023 et le 22 février 2024, pour la préparation de l’audience devant la Cour et la participation à celle-ci, tel qu’indiqué à l’annexe 2 de la demande de taxation des dépens, apparaît manifestement excessif.

57 De manière générale, la partie requérante n’établit pas que ses avocats auraient effectivement consacré à eux seuls 2 125,5 heures au suivi des procédures devant le Tribunal et la Cour et que ce temps était indispensable aux fins de ces procédures.

58 Eu égard aux considérations qui précèdent, il convient de considérer que les 2 125,5 heures facturées à un taux horaire moyen de 371 euros, ce qui représente près de 53 semaines de travail, apparaissent largement excéder ce qui peut être considéré comme ayant été objectivement indispensable aux fins des procédures de première instance et de pourvoi, notamment au regard de demandes de taxation des dépens dans des affaires similaires (voir, en ce sens, ordonnances du 20 mai 2010, Tetra Laval/Commission, C‑12/03 P‑DEP et C‑13/03 P‑DEP, EU:C:2010:280, point 59, ainsi que du 8 juillet 2025, Land Rheinland-Pfalz/Deutsche Lufthansa, C‑594/19 P‑DEP, EU:C:2025:545, point 52).

59 De surcroît, il convient de relever que le nombre d’heures de travail mentionné dans les deux annexes de la demande de taxation des dépens est différent. En effet, l’annexe 1 de cette demande fait état de 2 125,5 heures, tandis que l’annexe 2 de celle-ci indique 2 176,5 heures. Cette constatation ne fait qu’ajouter un élément supplémentaire pour réfuter le caractère indispensable des heures de travail prétendument effectuées par les avocats de Koiviston Auto Helsinki.

60 Dans ces conditions, la Cour estime approprié de fixer le montant récupérable des honoraires d’avocats au titre des affaires T‑603/19 et C‑697/22 P à la somme de 200 000 euros.

61 S’agissant, en cinquième lieu, des frais de déplacement et de séjour des deux avocats de Koiviston Auto Helsinki en vue de leur participation aux audiences tenues dans ces affaires, lesquels s’élèveraient à une somme de 5 417,16 euros, il y a lieu de constater que cette somme ne correspond pas au montant des frais figurant à l’annexe 1 de la demande de taxation des dépens, à savoir 4 052,33 euros.

62 Partant, il est approprié de fixer à 4 052,33 euros le montant des dépens récupérables au titre des frais de déplacement et de séjour de ces avocats dans lesdites affaires.

63 En sixième lieu, s’agissant des dépens afférents à la présente procédure de taxation des dépens, il convient de rappeler que, ainsi qu’il a été relevé au point 37 de la présente ordonnance, la Cour, en fixant les dépens récupérables, tient compte de toutes les circonstances de l’affaire jusqu’à la date du prononcé de l’ordonnance de taxation des dépens, y compris des frais indispensables afférents à la procédure de taxation des dépens (ordonnance du 8 juillet 2025, Land Rheinland-Pfalz/Deutsche Lufthansa, C‑453/19 P‑DEP, EU:C:2025:539, point 56 et jurisprudence citée).

64 En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de taxation des dépens afférents à la présente procédure, il convient de relever qu’une telle demande présente un caractère plutôt standardisé et se caractérise, en principe, par l’absence de toute difficulté (ordonnance du 8 juillet 2025, Land Rheinland-Pfalz/Deutsche Lufthansa, C‑453/19 P‑DEP, EU:C:2025:539, point 57 et jurisprudence citée).

65 Pour ce motif et compte tenu de l’insuffisance de la motivation avancée par Koiviston Auto Helsinki, la somme de 41 350 euros réclamée par celle-ci au titre des dépens qu’elle aurait exposés aux fins de la présente procédure apparaît largement disproportionnée et la Cour ne saurait y faire droit, à tout le moins dans son intégralité.

66 Partant, il est approprié de fixer à 4 000 euros le montant des dépens récupérables au titre de la présente procédure de taxation des dépens.

67 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il sera fait une juste appréciation des dépens récupérables par Koiviston Auto Helsinki auprès de la Commission, afférents aux affaires T‑603/19 et C‑697/22 P ainsi qu’à la présente procédure de taxation des dépens, en fixant leur montant à la somme de 208 052,33 euros.

Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) ordonne :

Le montant des dépens que la Commission européenne doit rembourser à Koiviston Auto Helsinki Oy dans les affaires T‑603/19, C‑697/22 P et C‑697/22 P‑DEP est fixé à 208 052,33 euros.

Signatures


* Langue de procédure : le finnois.

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