| CELEX | 62025CO0541 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | vendredi 22 mai 2026 |
ORDONNANCE DE LA COUR (huitième chambre)
22 mai 2026 (*)
« Recours en indemnité introduit par une personne physique contre une institution de l’Union européenne – Demande d’injonction – Article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour – Incompétence manifeste »
Dans l’affaire C‑541/25,
ayant pour objet un recours au titre de l’article 268 et de l’article 340, paragraphe 2, TFUE, introduit le 8 août 2025,
Michael Kipper, demeurant à Gersheim (Allemagne), représenté par Me H. Kausch, Rechtsanwalt,
partie requérante,
contre
Commission européenne,
partie défenderesse,
LA COUR (huitième chambre),
composée de Mme O. Spineanu‑Matei, présidente de chambre, MM. N. Piçarra (rapporteur) et N. Fenger, juges,
avocat général : Mme T. Ćapeta,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 Par sa requête, M. Michael Kipper demande à la Cour, sur le fondement de l’article 268 et de l’article 340, paragraphe 2, TFUE, de constater qu’il a acquis des droits à pension au titre de son activité auprès de l’Union européenne et que la Commission européenne, en conséquence, est tenue d’adopter une décision précisant le montant annuel de sa pension et des arriérés dus.
2 Le requérant fait valoir que les travaux de correction qu’il a effectués d’abord pour le compte de l’Office des publications officielles des Communautés européennes (OPOCE) [devenu depuis l’Office des publications de l’Union européenne (OP)] et ensuite pour le Secrétariat général de la Commission, pour la période allant du mois de mai 1980 au mois de décembre 1990, ont été considérés à tort par la Commission comme étant des activités indépendantes. Pour cette raison, il n’aurait pas été soumis au régime d’assurances sociales, en violation des dispositions de l’article 153, paragraphe 1, sous c) et d), TFUE, qui prévoient la protection des travailleurs en cas de cessation du contrat de travail et la couverture vieillesse par l’assurance retraite dans le cadre de la sécurité sociale et de la protection sociale des travailleurs.
3 Le requérant précise que son recours fait suite à la signature de l’ordonnance du 20 septembre 2021, Kipper/Commission (T‑241/21, EU:T:2021:617), par laquelle le Tribunal a rejeté pour incompétence manifeste sa requête tendant à l’annulation de la décision de la Commission du 25 février 2021 rejetant sa réclamation de droits à pension.
4 Au point 11 de cette ordonnance, le Tribunal a considéré que le refus de l’administration de servir au requérant la pension de retraite à laquelle il prétendait avoir droit au titre des contrats de travail conclus avec l’Union devait être regardé comme une décision indissociable des relations contractuelles ayant uni le requérant à l’Union. En l’absence de clause compromissoire dans ces contrats, le Tribunal a jugé, au point 13 de ladite ordonnance, qu’il n’était pas compétent pour apprécier la légalité de cette décision de la Commission, ni sur le fondement de l’article 263 TFUE, ni sur le fondement de l’article 272 TFUE.
5 Le requérant soutient qu’aucun pourvoi n’était possible contre l’ordonnance du 20 septembre 2021, Kipper/Commission (T‑241/21, EU:T:2021:617).
6 En vertu de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque la Cour est manifestement incompétente pour connaître d’une affaire ou lorsqu’une demande ou une requête est manifestement irrecevable, la Cour, l’avocat général entendu, peut, à tout moment, décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
7 Il convient de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
8 En premier lieu, il importe de rappeler que, contrairement à ce que soutient le requérant, les décisions rendues par le Tribunal en vertu de l’article 256, paragraphe 1, premier alinéa, TFUE peuvent, conformément au second alinéa de ce paragraphe 1, faire l’objet d’un pourvoi devant la Cour, limité aux questions de droit, dans les conditions et limites prévues par le statut de la Cour de justice de l’Union européenne.
9 Or, force est de constater que le requérant n’a pas formé devant la Cour de pourvoi contre l’ordonnance du 20 septembre 2021, Kipper/Commission (T‑241/21, EU:T:2021:617), alors qu’il en avait la possibilité conformément à l’article 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE ainsi qu’à l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne.
10 En deuxième lieu, dans la mesure où, par son recours, le requérant fait valoir, sur le fondement de l’article 268 et de l’article 340, paragraphe 2, TFUE, qu’il a subi un dommage causé par la « perte de la pension mensuelle minimale de la Commission pour [dix] ans et [huit] mois d’activité » à réparer, selon lui, par le paiement « de l’arriéré dû » à ce titre et auquel doit s’ajouter, « afin d’éviter tout préjudice futur, le versement de paiements mensuels », il convient de rappeler que, aux termes de l’article 256, paragraphe 1, premier alinéa, TFUE, le Tribunal est compétent pour connaître en première instance des recours visés aux articles 263, 265, 268, 270 et 272 TFUE, à l’exception de ceux qui sont attribués à un tribunal spécialisé créé en application de l’article 257 TFUE et de ceux qui sont réservés à la Cour par le statut de la Cour de justice de l’Union européenne.
11 L’article 51 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, qui énumère les recours qui, par dérogation à la règle énoncée à l’article 256, paragraphe 1, TFUE, sont réservés à la Cour, ne mentionne pas les recours visés à l’article 268 TFUE.
12 Il résulte de ces dispositions que la Cour n’est pas compétente pour connaître d’un recours formé par une personne physique contre une institution de l’Union, sur le fondement de l’article 268 et de l’article 340, paragraphe 2, TFUE, visant à obtenir la réparation d’un dommage causé par cette institution.
13 En troisième lieu, nonobstant le fait que le requérant se fonde sur l’article 268 et l’article 340, paragraphe 2, TFUE, il demande expressément à la Cour « de constater que, en raison de ses activités au sein de l’Union européenne, [il] a acquis des droits à pension et que la Commission est tenue d’adopter une décision concrétisant ce constat et précisant le montant annuel de sa pension et celui de l’arriéré dû ». Il demande également que « le dossier soit transmis à la Commission, Direction générale PMO, en vue de parvenir à un accord sur des versements mensuels rétroactifs et futurs en lieu et place d’une pension ».
14 Or, la Cour est manifestement incompétente pour connaître de telles demandes, dès lors que les traités ne lui confèrent pas de pouvoirs d’injonction à l’égard des autres institutions de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 22 janvier 2004, Mattila/Conseil et Commission, C‑353/01 P, EU:C:2004:42, point 15, et ordonnance du 1er octobre 2019, Clarke/Commission, C‑284/19 P, EU:C:2019:799, point 41).
15 Il résulte de ce qui précède que la Cour est manifestement incompétente pour connaître du recours introduit par le requérant, sans qu’il soit besoin de signifier la requête à la partie défenderesse.
Sur les dépens
16 En vertu de l’article 137 du règlement de procédure, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.
17 En l’espèce, la présente ordonnance étant adoptée sans que la requête soit signifiée à la Commission et, par conséquent, sans que celle‑ci ait pu encourir des dépens, il y a lieu de décider que M. Michael Kipper supportera ses propres dépens.
Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) ordonne :
1) Le recours de M. Michael Kipper est rejeté pour incompétence manifeste de la Cour.
2) M. Michael Kipper supportera ses propres dépens.
Signatures
* Langue de procédure : l’allemand.
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