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AccueilDroit européen62025CO0777
Ordonnance CJUE62025CO0777

Ordonnance de la Cour (huitième chambre) du 2 juin 2026.#Per Gunnar Norlin contre Commission européenne.#Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Recours en carence – Absence d’engagement par la Commission européenne d’une procédure en manquement – Demande de prononcé d’une injonction à l’égard d’une institution de l’Union européenne et d’un État membre – Recours en indemnité.#Affaire C-777/25 P.

CELEX62025CO0777
TypeOrdonnance CJUE
Datemardi 2 juin 2026

Résumé IA

La Cour de justice de l'Union européenne rejette le pourvoi formé par M. Norlin contre la Commission, confirmant que le refus de cette dernière d'engager une procédure en manquement contre un État membre ne constitue pas un acte attaquable. Elle rappelle que les particuliers ne peuvent contraindre la Commission à agir en la matière et que les demandes d'injonction adressées aux institutions ou aux États membres sont irrecevables. Cette ordonnance confirme l'absence de droit pour un justiciable d'exiger le déclenchement d'une procédure en manquement.

Texte intégral

ORDONNANCE DE LA COUR (huitième chambre)

2 juin 2026 (*)

« Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Recours en carence – Absence d’engagement par la Commission européenne d’une procédure en manquement – Demande de prononcé d’une injonction à l’égard d’une institution de l’Union européenne et d’un État membre – Recours en indemnité »

Dans l’affaire C‑777/25 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 2 décembre 2025,

Per Gunnar Norlin, demeurant à Stockholm (Suède), représenté par Me R. Smitt, advokat,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Commission européenne,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (huitième chambre),

composée de Mme O. Spineanu-Matei, présidente de chambre, MM. N. Piçarra et N. Fenger (rapporteur), juges,

avocat général : Mme T. Ćapeta,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 181 du règlement de procédure de la Cour,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son pourvoi, M. Per Gunnar Norlin demande l’annulation de l’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne du 6 octobre 2025, Norlin/Commission (T‑406/25, ci-après l’« ordonnance attaquée », EU:T:2025:954), par laquelle celui-ci a rejeté son recours tendant, d’une part, à faire constater la carence de la Commission européenne en ce que cette dernière se serait illégalement abstenue d’engager une procédure en manquement contre le Royaume de Suède ainsi qu’à enjoindre à la Commission de prendre des mesures immédiates contre cet État membre et à ce dernier de saisir la Cour à titre préjudiciel et, d’autre part, à obtenir réparation du préjudice prétendument subi en raison de cette carence.

La procédure devant le Tribunal et l’ordonnance attaquée

2 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 24 juin 2025, M. Norlin a introduit un recours tendant, d’une part, à faire constater la carence de la Commission en ce qu’elle se serait illégalement abstenue d’engager une procédure en manquement contre le Royaume de Suède ainsi qu’à enjoindre à la Commission de prendre des mesures immédiates contre cet État membre et à ce dernier de saisir la Cour à titre préjudiciel et, d’autre part, à obtenir réparation du préjudice prétendument subi en raison de cette carence.

3 Par l’ordonnance attaquée, le Tribunal a rejeté ce recours sur le fondement de l’article 126 de son règlement de procédure.

4 En premier lieu, le Tribunal a, au point 18 de cette ordonnance, constaté que la requête, prise dans son ensemble, était rédigée de manière particulièrement confuse et peu compréhensible et ne permettait ainsi pas à la partie défenderesse de préparer sa défense ni au Tribunal de statuer sur le recours. Il en a déduit, au point 19 de ladite ordonnance, que la requête ne satisfaisait pas aux exigences minimales requises par l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal et que ledit recours devait donc être rejeté comme étant manifestement irrecevable.

5 En deuxième lieu, le Tribunal a, aux points 20 à 22 de la même ordonnance, considéré que, à supposer même que, par son recours, M. Norlin ait demandé au Tribunal qu’il constate la carence de la Commission en ce que cette dernière se serait illégalement abstenue d’engager une procédure en manquement contre le Royaume de Suède, un tel chef de conclusions devrait être rejeté, en tout état de cause, comme étant manifestement irrecevable, dès lors que, en vertu d’une jurisprudence constante, les particuliers ne sont pas recevables à contester le refus de la Commission d’engager une procédure en manquement contre un État membre.

6 En troisième lieu, le Tribunal a, aux points 23 et 24 de l’ordonnance attaquée, estimé que, à supposer même que, par son recours, M. Norlin ait demandé au Tribunal d’adresser des injonctions à la Commission et au Royaume de Suède, un tel chef de conclusions devrait être rejeté, en tout état de cause, pour cause d’incompétence manifeste, dans la mesure où, conformément à une jurisprudence constante, il n’appartient pas au Tribunal d’adresser des injonctions aux institutions de l’Union ou aux États membres.

7 En quatrième lieu, le Tribunal a, aux points 25 et 26 de cette ordonnance, considéré que, à supposer même que, par son recours, M. Norlin doive être regardé comme demandant au Tribunal d’obtenir réparation du préjudice qu’il estime avoir subi en raison de la prétendue carence de la Commission, un tel chef de conclusions devrait être rejeté, en tout état de cause, comme étant manifestement dépourvu de tout fondement en droit. Le Tribunal a rappelé, à cet égard, que, la Commission n’étant pas tenue d’engager une procédure en manquement au titre de l’article 258 TFUE, l’abstention d’engager une telle procédure n’est pas constitutive d’une illégalité, de sorte qu’elle n’est pas de nature à engager la responsabilité non contractuelle de l’Union.

Les conclusions du requérant

8 Par son pourvoi, M. Norlin demande à la Cour :

– d’annuler l’ordonnance attaquée ;

– de constater que la Commission a violé l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte ») et l’article 265 TFUE ;

– de condamner la Commission, sur le fondement de l’article 340 TFUE, à lui verser une indemnisation en réparation de son préjudice, et

– de soumettre la présente affaire à une procédure accélérée sur le fondement de l’article 133 du règlement de procédure de la Cour, compte tenu de l’âge de M. Norlin et de la durée de la procédure dans des affaires similaires.

Sur le pourvoi

9 En vertu de l’article 181 du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement irrecevable ou manifestement non fondé, la Cour peut, à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de rejeter ce pourvoi totalement ou partiellement, par voie d’ordonnance motivée.

10 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.

11 M. Norlin invoque six moyens au soutien de son pourvoi tirés, premièrement, d’une violation de l’article 41 de la Charte, deuxièmement, d’une violation du droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial, troisièmement, d’une violation de l’article 21 de la Charte, quatrièmement, d’une violation de normes en matière de protection des consommateurs, cinquièmement, d’une violation du droit des personnes handicapées à l’égalité de traitement, à l’accessibilité et au contrôle juridictionnel, ainsi que, sixièmement, d’une violation de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE.

Sur le premier moyen

Argumentation du requérant

12 M. Norlin soutient que le Tribunal aurait dû juger que le fait que la Commission s’est abstenue d’enregistrer sa plainte et de prendre les mesures prévues à l’article 265 TFUE constitue une violation du principe de bonne administration consacré à l’article 41 de la Charte.

Appréciation de la Cour

13 Il y a lieu de constater que, bien que M. Norlin n’indique pas les points de l’ordonnance attaquée qu’il estime entachés d’une erreur de droit, le premier moyen, tiré d’une violation, par la Commission, de l’article 41 de la Charte, peut être regardé comme étant dirigé contre le rejet, au point 22 de cette ordonnance, du chef de conclusions que M. Norlin a présenté en première instance, relatif à la prétendue carence de la Commission résultant de l’absence d’engagement d’une procédure en manquement contre le Royaume de Suède.

14 Toutefois, dans le cadre de ce moyen, M. Norlin ne critique pas les motifs figurant aux points 20 et 21 de cette ordonnance, sur lesquels le Tribunal s’est fondé pour rejeter ce chef de conclusions, mais se borne à alléguer que l’omission de la Commission d’engager une procédure en manquement contre le Royaume de Suède constitue une violation de l’article 41 de la Charte.

15 À cet égard, il convient de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, il résulte de l’article 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure de la Cour qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande, sous peine d’irrecevabilité du pourvoi ou du moyen concerné (voir ordonnance du 26 avril 1993, Kupka-Floridi/CES, C‑244/92 P, EU:C:1993:152, points 8 et 9, ainsi que arrêt du 11 décembre 2025, ABLV Bank/CRU, C‑602/22 P, EU:C:2025:953, point 45).

16 Or, le premier moyen ne répond pas à ces exigences, car il se limite à énoncer des allégations formulées en termes généraux, relatives à une prétendue violation de l’article 41 de la Charte, sans comporter une argumentation juridique cohérente permettant d’identifier l’erreur de droit qu’aurait prétendument commise le Tribunal.

17 Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter le premier moyen comme étant manifestement irrecevable.

Sur le deuxième moyen

Argumentation du requérant

18 M. Norlin soutient que l’ordonnance attaquée viole le droit à un recours effectif et le droit d’accès à un tribunal impartial consacré à l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, et à l’article 47 de la Charte, en raison d’un formalisme qu’il estime excessif. L’absence d’indications sur les voies de recours contre cette ordonnance renforcerait cette violation.

19 En outre, le Tribunal se serait fondé sur des décisions non publiées qui seraient dépourvues de valeur juridique contraignante. Or, seules les décisions préjudicielles rendues par la Cour auraient un caractère contraignant.

Appréciation de la Cour

20 En l’espèce, le Tribunal a constaté, au point 19 de l’ordonnance attaquée, que la requête en première instance ne satisfaisait pas aux exigences minimales requises par l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, pour les motifs indiqués aux points 6 à 18 de cette ordonnance. Il en a déduit que le recours de M. Norlin devait être rejeté comme étant manifestement irrecevable.

21 Or, il convient de relever que, dans le cadre de son deuxième moyen, M. Norlin ne critique pas l’appréciation portée par le Tribunal à ces points, mais se limite à invoquer le formalisme excessif dont ce dernier aurait fait preuve, en lui reprochant par ailleurs d’avoir omis d’indiquer les voies de recours ouvertes contre l’ordonnance attaquée et de s’être référé à des décisions non publiées dépourvues, selon M. Norlin, de valeur juridique contraignante.

22 Il s’ensuit que l’argumentation avancée par M. Norlin dans le cadre de ce moyen n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de la légalité, de telle sorte qu’elle doit être écartée comme étant manifestement irrecevable, conformément à la jurisprudence citée au point 15 de la présente ordonnance.

23 Il y a donc lieu de rejeter le deuxième moyen comme étant manifestement irrecevable.

Sur les troisième et cinquième moyens

Argumentation du requérant

24 Par ses troisième et cinquième moyens, qu’il convient d’examiner conjointement, M. Norlin fait valoir que l’ordonnance attaquée viole le principe de non-discrimination consacré à l’article 21 de la Charte ainsi que le droit des personnes handicapées à l’égalité de traitement, à l’accessibilité et au contrôle juridictionnel.

25 Il expose, d’une part, qu’il s’est vu refuser, en sa qualité de consommateur et de personne handicapée, l’examen de son recours fondé sur le principe de bonne administration, alors que, par exemple, le New York Times et son correspondant à Bruxelles (Belgique) ont obtenu l’examen de leur recours fondé sur le même principe dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du Tribunal du 14 mai 2025, Stevi et The New York Times/Commission (T‑36/23, EU:T:2025:483).

26 Il soutient, d’autre part, que, bien que la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, qui a été approuvée au nom de l’Union européenne par la décision 2010/48/CE du Conseil, du 26 novembre 2009 (JO 2010, L 23, p. 35), fasse partie de l’ordre juridique de l’Union, plusieurs autorités et juridictions suédoises continuent d’en méconnaître le caractère contraignant, ce qui témoignerait de graves lacunes dans le respect du droit de l’Union.

Appréciation de la Cour

27 À titre liminaire, il convient de rappeler que l’Union est une Union de droit dans laquelle ses institutions sont soumises au contrôle de la conformité de leurs actes, notamment, avec les traités, les principes généraux du droit ainsi que les droits fondamentaux (arrêt du 25 mars 2021, Carvalho e.a./Parlement et Conseil, C‑565/19 P, EU:C:2021:252, point 67 ainsi que jurisprudence citée).

28 À cette fin, le traité FUE a établi un système complet de voies de recours et de procédures destiné à assurer le contrôle de légalité des actes des institutions, en le confiant au juge de l’Union (arrêt du 25 mars 2021, Carvalho e.a./Parlement et Conseil, C‑565/19 P, EU:C:2021:252, point 68 ainsi que jurisprudence citée).

29 Or, selon une jurisprudence constante, est irrecevable un recours en carence intenté, sur le fondement de l’article 265, troisième alinéa, TFUE, par une personne physique ou morale et visant à faire constater que, en n’engageant pas contre un État membre une procédure en constatation de manquement, la Commission s’est abstenue de statuer en violation du traité FUE (ordonnance du 17 février 2023, Pombo da Silva/Commission, C‑586/22 P, EU:C:2023:125, point 13).

30 La situation individuelle de M. Norlin ne saurait justifier qu’il soit dérogé au système de contrôle juridictionnel établi par le traité FUE, lequel exclut qu’un particulier puisse introduire un tel recours.

31 Il s’ensuit que l’argumentation de M. Norlin tirée d’une violation du principe de non-discrimination consacré à l’article 21 de la Charte ainsi que des droits des personnes handicapées, en raison du rejet, par le Tribunal, de son recours visant à faire constater la carence de la Commission, doit être écartée comme étant manifestement non fondée.

32 L’argumentation de M. Norlin tirée du non-respect, par les autorités et juridictions suédoises, de la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées doit, quant à elle, être écartée comme étant manifestement inopérante, dès lors que, à la supposer fondée, elle n’est pas de nature à remettre en cause le rejet de ce recours par le Tribunal.

33 Il y a donc lieu de rejeter les troisième et cinquième moyens comme étant, pour partie, manifestement non fondés et, pour partie, manifestement inopérants.

Sur les quatrième et sixième moyens

Argumentation du requérant

34 Par son quatrième moyen, M. Norlin fait valoir que le Tribunal aurait dû tenir compte des règles impératives de l’Union en matière de protection des consommateurs.

35 Par son sixième moyen, M. Norlin soutient que la responsabilité non-contractuelle de la Commission au titre de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE est engagée, au motif que sa décision viole des normes de droit de l’Union visant à protéger les droits des particuliers.

Appréciation de la Cour

36 L’argumentation de M. Norlin tirée d’une violation, respectivement, de normes en matière de protection des consommateurs et de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE n’identifie pas avec précision les normes de droit de l’Union que le Tribunal aurait violées et n’est, par suite, pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’en apprécier le bien-fondé. Elle doit, dès lors, être écartée comme étant manifestement irrecevable, conformément à la jurisprudence citée au point 15 de la présente ordonnance.

37 Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter les quatrième et sixième moyens comme étant manifestement irrecevables.

38 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de rejeter le pourvoi dans son ensemble comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

39 La présente ordonnance mettant définitivement fin à l’instance, il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de procédure accélérée (voir, en ce sens, ordonnance du 15 juillet 2024, YU/Commission, C‑233/24 P, EU:C:2024:625, point 64 et jurisprudence citée).

Sur les dépens

40 Aux termes de l’article 137 du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.

41 En l’espèce, la présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi ne soit signifié à l’autre partie à la procédure et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que le requérant supportera ses propres dépens.

Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) ordonne :

1) Le pourvoi est rejeté comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

2) M. Per Gunnar Norlin supporte ses propres dépens.

Signatures


* Langue de procédure : le suédois.

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