| CELEX | 62025CO0851 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | mardi 9 juin 2026 |
ORDONNANCE DE LA COUR
9 juin 2026 (*)
« Pourvoi – Règlement (UE) 2017/2195 – Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) – Admission des pourvois – Article 170 ter du règlement de procédure de la Cour – Demande ne démontrant pas l’importance d’une question pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union – Non‑admission du pourvoi »
Dans l’affaire C‑851/25 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 18 décembre 2025,
Swissgrid AG, établie à Aarau (Suisse), représentée par Mes P. De Baere, A. Kavoosi, P. L’Ecluse, V. Lefever et K. T’Syen, avocats,
partie requérante,
les autres parties à la procédure étant :
Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER),
partie défenderesse en première instance,
Commission européenne,
partie intervenante en première instance,
LA COUR (chambre d’admission des pourvois),
composée de M. T. von Danwitz, vice‑président de la Cour, Mme O. Spineanu‑Matei et M. N. Fenger (rapporteur), juges,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la proposition du juge rapporteur et l’avocat général, M. M. Szpunar, entendu,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son pourvoi, Swissgrid AG demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 8 octobre 2025, Swissgrid/ACER (T‑558/23, ci‑après l’« arrêt attaqué », EU:T:2025:943), par lequel celui‑ci a rejeté son recours tendant à l’annulation de la décision A‑007‑2022 de la commission de recours de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER), du 29 juin 2023, rejetant comme irrecevable le recours contre la décision 14/2022 de l’ACER, du 30 septembre 2022 (ci-après la « décision litigieuse »).
Sur la demande d’admission du pourvoi
2 En vertu de l’article 58 bis, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, l’examen des pourvois formés contre les décisions du Tribunal portant sur une décision d’une chambre de recours indépendante de l’ACER est subordonné à leur admission préalable par la Cour.
3 Conformément à l’article 58 bis, troisième alinéa, de ce statut, le pourvoi est admis, en tout ou en partie, selon les modalités précisées dans le règlement de procédure de la Cour, lorsqu’il soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.
4 Aux termes de l’article 170 bis, paragraphe 1, du règlement de procédure, dans les situations visées à l’article 58 bis, premier alinéa, dudit statut, la partie requérante annexe à sa requête une demande d’admission du pourvoi dans laquelle elle expose la question importante que soulève le pourvoi pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union et qui contient tous les éléments nécessaires pour permettre à la Cour de statuer sur cette demande.
5 Conformément à l’article 170 ter, paragraphes 1 et 3, du règlement de procédure, la Cour statue sur la demande d’admission du pourvoi dans les meilleurs délais par voie d’ordonnance motivée.
Argumentation de la partie requérante
6 À l’appui de sa demande d’admission du pourvoi, la requérante invoque six moyens, par lesquels elle fait valoir que son pourvoi soulève des questions importantes pour l’unité, la cohérence et le développement du droit de l’Union.
7 Par ses premier et cinquième moyens, la requérante conteste l’interprétation par le Tribunal de l’article 1er, paragraphes 6 et 7, du règlement (UE) 2017/2195 de la Commission, du 23 novembre 2017, concernant une ligne directrice sur l’équilibrage du système électrique (JO 2017, L 312, p. 6).
8 Par le premier moyen, elle soutient, en substance, premièrement, que le Tribunal a introduit une condition de fond supplémentaire régissant sa participation à la plateforme européenne pour l’échange d’énergie d’équilibrage à partir des réserves de restauration de la fréquence avec activation manuelle, non prévue à l’article 1er, paragraphe 6, du règlement 2017/2195. Deuxièmement, le Tribunal aurait remis en cause l’objectif fondamental de sécurité du réseau visé à cette disposition. Troisièmement, il aurait effectué une mauvaise interprétation de la deuxième condition de participation des gestionnaires de réseau de transport (GRT) exerçant en Suisse aux plateformes européennes pour l’échange de produits standard d’équilibrage (ci-après les « plateformes d’équilibrage »), en violation de ladite disposition. Quatrièmement, il aurait erronément interprété l’article 1er, paragraphe 6, du règlement 2017/2195 en faisant référence à l’objectif de création du marché intérieur. Cinquièmement, il aurait violé le principe nemo auditur propriam turpitudinem allegans en acceptant que l’ACER se fonde sur un comportement illégal de la Commission européenne. Enfin, sixièmement, il aurait mal interprété l’accord entre la Communauté économique européenne et la Confédération suisse, du 22 juillet 1972 (JO 1972, L 300, p. 189, ci-après l’« accord de libre-échange »).
9 Par le cinquième moyen, la requérante invoque un défaut de motivation de l’arrêt attaqué. Le Tribunal se serait contredit dans son interprétation de l’article 1er, paragraphes 6 et 7, du règlement 2017/2195. Son interprétation priverait également d’objet les conditions prévues à l’article 1er, paragraphe 6, de ce règlement. Enfin, il aurait interprété de manière incohérente la condition prévue à l’article 1er, paragraphe 7, dudit règlement.
10 Afin d’établir l’importance des questions soulevées par ces moyens au sens de l’article 58 bis du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, la requérante fait valoir que son pourvoi fait suite à l’arrêt du 13 février 2025, Swissgrid/Commission (C‑121/23 P, EU:C:2025:83), par lequel la Cour a, au motif que le Tribunal avait appliqué de manière incorrecte des conditions de recevabilité du recours après avoir analysé le fond de l’article 1er, paragraphes 6 et 7, du règlement 2017/2195, annulé l’ordonnance du 21 décembre 2022, Swissgrid/Commission (T‑127/21, EU:T:2022:868). Elle fait valoir que, le Tribunal ayant confirmé l’irrecevabilité du recours qu’elle avait formé sur la base de ces dispositions, il importerait que la Cour fournisse des indications quant à l’interprétation de celles-ci, en particulier au regard de l’objectif de sécurité du réseau.
11 Par son deuxième moyen, la requérante soutient que le Tribunal a commis une erreur de droit en validant l’application, en l’espèce, par la commission de recours de l’ACER, de l’article 28, paragraphe 1, du règlement (UE) 2019/942 du Parlement européen et du Conseil, du 5 juin 2019, instituant une agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (JO 2019,
L 158, p. 22), relatif aux conditions de recevabilité d’un recours contre une décision individuelle adoptée par l’ACER. Ce moyen soulèverait la question de savoir si la décision litigieuse affecte la situation juridique de la requérante, dans la mesure où cette décision modifie la définition de la notion de « GRT membre » prévue à l’article 2, paragraphe 1, sous l), du cadre de mise en œuvre de la plateforme européenne pour l’échange d’énergie d’équilibrage à partir des réserves de restauration de la fréquence avec activation manuelle.
12 Au demeurant, selon la requérante, dans une Union fondée sur l’État de droit, les personnes concernées par des actes de l’Union juridiquement contraignants, régissant leur participation aux mécanismes de coopération dans le domaine de l’électricité, devraient pouvoir contester ces actes. En particulier, dans le contexte de changements récents du champ d’application de ces mécanismes de coopération dans le domaine de l’électricité, ledit moyen soulèverait une question récurrente et non résolue de recevabilité pour ces personnes.
13 Par son troisième moyen, la requérante fait valoir, en substance, que le Tribunal a commis une erreur de droit en rejetant l’exception d’illégalité dirigée contre le règlement 2017/2195. D’une part, le Tribunal aurait, en omettant d’examiner les deux conditions cumulatives régissant l’exercice des compétences d’exécution de la Commission, mal appliqué le critère permettant de déterminer si elle était compétente pour adopter l’article 1er, paragraphes 6 et 7, de ce règlement. D’autre part, le Tribunal se serait écarté de la jurisprudence de la Cour, en particulier de l’arrêt du 28 juillet 2016, Conseil/Commission (C‑660/13, EU:C:2016:616), en considérant que les conditions de participation de la Confédération suisse audit règlement pouvaient être adoptées au moyen d’un acte délégué, alors que la définition de telles conditions relève d’un choix politique.
14 Ce moyen soulèverait des questions relatives à des principes constitutionnels fondamentaux du droit de l’Union, à savoir le principe d’attribution, la répartition des compétences entre institutions, l’équilibre institutionnel et la cohérence de la jurisprudence de la Cour.
15 Par son quatrième moyen, la requérante reproche au Tribunal une application erronée de l’accord de libre-échange. Il aurait commis une erreur de droit en jugeant que l’exclusion de la requérante des plateformes d’équilibrage, opérée par le règlement 2017/2195, ne constituait pas une violation de cet accord.
16 L’importance de la question posée par ce moyen consistant à savoir si une telle exclusion constitue une restriction quantitative à l’importation d’énergie électrique, contraire à l’accord de libre-échange, découlerait de deux éléments. D’une part, le raisonnement du Tribunal priverait l’accord de libre-échange de toute substance en violation de l’obligation de mettre en œuvre un tel accord dans l’ordre juridique de l’Union, notamment à la lumière de l’article 3, paragraphe 5, TUE. D’autre part, le Tribunal n’aurait pas respecté la jurisprudence issue de l’arrêt du 3 juin 2008, Intertanko e.a. (C‑308/06, EU:C:2008:312), qui exigerait, lorsque la validité d’un acte dérivé de droit de l’Union est contestée au regard d’un accord international, que les juridictions de l’Union examinent si ledit accord produit des effets directs.
17 Par son sixième moyen, la requérante soutient que le Tribunal a commis une erreur de droit en jugeant, d’une part, que le règlement 2017/2195 posait une règle de principe excluant la participation des GRT d’États tiers, au nombre desquels figure la requérante, aux plateformes d’équilibrage et, d’autre part, que l’article 1er, paragraphes 6 et 7, de ce règlement instituait une exception à cette règle.
18 L’importance de la question soulevée par ce moyen tiendrait, d’une part, à la contrariété de cette règle au principe fondamental selon lequel ce qui n’est pas interdit est autorisé, et, d’autre part, au fait que ladite règle priverait d’effets juridiques les accords de coopération préexistants entre les GRT de l’Union et la requérante, en violation du principe de sécurité juridique.
19 La requérante conclut, à titre subsidiaire, à ce que l’article 58 bis du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’article 170 bis du règlement de procédure soient déclarées inapplicables en l’espèce et que son pourvoi soit examiné par la Cour sans faire l’objet de la présente procédure d’admission préalable.
20 Elle fait valoir que, bien que la décision litigieuse ait été adoptée par la commission de recours de l’ACER, instance citée à l’article 58 bis, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, cette commission a agi non pas en tant qu’instance d’appel, mais en tant qu’instance administrative de premier degré. Ainsi, le Tribunal aurait été la première juridiction saisie de l’affaire.
Appréciation de la Cour
21 S’agissant d’abord de l’argumentation résumée aux points 19 et 20 de la présente ordonnance, ainsi qu’il a été rappelé au point 2 de la présente ordonnance, l’examen des pourvois formés contre les décisions du Tribunal portant sur une décision d’une chambre de recours indépendante de l’ACER est, en vertu de l’article 58 bis, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, subordonné à leur admission préalable par la Cour.
22 À cet égard, il y a lieu de relever que cette disposition vise, sans exceptions, toutes les décisions du Tribunal portant sur une décision d’une chambre de recours indépendante de l’ACER. En l’espèce, il est constant que la décision litigieuse a été prononcée par la commission de recours de l’ACER, qui est une chambre de recours indépendante au sens de cette disposition.
23 Partant, l’article 58 bis du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’article 170 bis du règlement de procédure sont applicables en l’espèce.
24 Ensuite, il convient de relever que c’est à la partie requérante qu’il incombe de démontrer que les questions soulevées par son pourvoi sont importantes pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 20, et du 24 mars 2026 Capella/EUIPO, C-766/25 P, EU:C:2026:276, point 15).
25 En outre, ainsi qu’il ressort de l’article 58 bis, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lu en combinaison avec l’article 170 bis, paragraphe 1, et l’article 170 ter, paragraphe 4, du règlement de procédure, la demande d’admission du pourvoi doit contenir tous les éléments nécessaires pour permettre à la Cour de statuer sur l’admission du pourvoi et de déterminer, en cas d’admission partielle de ce dernier, les moyens ou les branches du pourvoi sur lesquels le mémoire en réponse doit porter. En effet, étant donné que le mécanisme d’admission préalable des pourvois prévu à l’article 58 bis de ce statut vise à limiter le contrôle de la Cour aux questions revêtant une importance pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union, seuls les moyens soulevant de telles questions et établis par la partie requérante doivent être examinés par la Cour dans le cadre du pourvoi (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 21, ainsi que du 24 mars 2026, Capella/EUIPO, C-766/25 P, EU:C:2026:276, point 16).
26 Ainsi, une demande d’admission du pourvoi doit, en tout état de cause, énoncer de façon claire et précise les moyens sur lesquels le pourvoi est fondé, identifier avec la même précision et la même clarté la question de droit soulevée par chaque moyen, préciser si cette question est importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union et exposer de manière spécifique les raisons pour lesquelles ladite question est importante au regard du critère invoqué. En ce qui concerne, en particulier, les moyens du pourvoi, la demande d’admission du pourvoi doit préciser la disposition du droit de l’Union ou la jurisprudence qui aurait été méconnue par l’arrêt ou l’ordonnance sous pourvoi, exposer de manière succincte en quoi consiste l’erreur de droit prétendument commise par le Tribunal et indiquer dans quelle mesure cette erreur a exercé une influence sur le résultat de l’arrêt ou de l’ordonnance sous pourvoi. Lorsque l’erreur de droit invoquée résulte de la méconnaissance de la jurisprudence, la demande d’admission du pourvoi doit exposer, de façon succincte mais claire et précise, premièrement, où se situe la contradiction alléguée, en identifiant tant les points de l’arrêt ou de l’ordonnance sous pourvoi que la partie requérante remet en cause que ceux de la décision de la Cour ou du Tribunal qui auraient été méconnus, et, deuxièmement, les raisons concrètes pour lesquelles une telle contradiction soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 22, et du 24 mars 2026 Capella/EUIPO, C-766/25 P, EU:C:2026:276, point 17).
27 En effet, une demande d’admission du pourvoi ne contenant pas les éléments énoncés au point précédent de la présente ordonnance ne saurait être susceptible de démontrer que le pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union justifiant son admission (ordonnances du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C‑613/19 P, EU:C:2019:905, point 16, et du 24 mars 2026 Capella/EUIPO, C-766/25 P, EU:C:2026:276, point 18).
28 En premier lieu, par les premier et cinquième moyens, résumés aux points 7 à 10 de la présente ordonnance, la requérante remet en cause l’interprétation de l’article 1er, paragraphes 6 et 7, du règlement 2017/2195, concernant la participation des GRT exerçant en Suisse aux plateformes d’équilibrage.
29 Outre le fait que les questions de droit posées par ces moyens ne ressortent pas de façon claire et précise de l’argumentation de la requérante, il y a lieu d’observer que, si cette dernière se réfère à l’arrêt du 13 février 2025, Swissgrid/Commission (C‑121/23 P, EU:C:2025:83), et allègue, en substance, que la Cour a infirmé par cet arrêt l’interprétation de l’article 1er, paragraphes 6 et 7, du règlement 2017/2195 à laquelle le Tribunal est parvenu dans l’arrêt attaqué, une telle allégation n’est pas suffisante pour établir qu’un pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union. En effet, le demandeur doit respecter, à cette fin, l’ensemble des exigences énoncées au point 26 de la présente ordonnance (voir, en ce sens, ordonnance du 17 octobre 2023, Kaminski/EUIPO, C‑406/23 P, EU:C:2023:787, point 20).
30 S’agissant, plus particulièrement, du cinquième moyen tiré du défaut de motivation du Tribunal, il importe de rappeler que, s’il est certes vrai que le défaut ou l’insuffisance de motivation constitue une erreur de droit qui peut être invoquée dans le cadre d’un pourvoi, l’admission d’un pourvoi demeure toutefois subordonnée au respect des conditions spécifiques consistant, pour le requérant au pourvoi, à démontrer, au sens indiqué au point 26 de la présente ordonnance, que ce dernier soulève une ou plusieurs questions importantes pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (voir, en ce sens, ordonnance du 15 juillet 2025, Qozgar/EUIPO, C‑35/25 P, EU:C:2025:582, point 21 et jurisprudence citée). Cette démonstration implique elle-même d’établir tant l’existence que l’importance de telles questions, au moyen d’éléments concrets et propres au cas d’espèce, et non pas simplement d’arguments d’ordre général. Or, la requérante ne démontre pas à suffisance de droit en quoi le prétendu défaut de motivation de l’arrêt attaqué soulèverait une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.
31 En deuxième lieu, par son deuxième moyen, résumé aux points 11 et 12 de la présente ordonnance, la requérante fait, tout d’abord, valoir le caractère récurrent des questions de recevabilité soulevées par l’application du mécanisme de coopération dans le domaine de l’électricité en arguant de la probabilité de nouvelles décisions de l’ACER analogues à celle en cause en l’espèce. À cet égard, il suffit de rappeler que la Cour a déjà jugé que le fait qu’une question pourrait concerner un grand nombre d’affaires ne saurait être considéré comme étant nécessairement pertinent ni, en tout état de cause, suffisant pour établir l’importance de celle-ci pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (ordonnance du 1er octobre 2025, Boehringer Ingelheim Pharma/EUIPO, C‑44/25 P, EU:C:2025:740, point 24).
32 Ensuite, en ce qui concerne les modifications successives du champ d’application des cadres de mise en œuvre des mécanismes de coopération, la requérante n’expose pas en quoi le fait que le cadre législatif ait évolué permet d’établir l’importance de la question.
33 Enfin, la requérante fait valoir, en substance, l’importance du droit au recours dans une Union fondée sur l’État de droit en se bornant à invoquer le droit au recours et à l’État de droit, sans autre forme de précision.
34 À cet égard, il suffit de rappeler que, conformément à la charge de la preuve qui pèse sur l’auteur d’une demande d’admission d’un pourvoi, la partie requérante au pourvoi doit démontrer que, indépendamment des questions de droit qu’elle invoque dans son pourvoi, ce dernier soulève une ou plusieurs questions importantes pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union, la portée de ce critère dépassant le cadre de l’arrêt sous pourvoi et, en définitive, celui de son pourvoi. Cette démonstration implique elle-même d’établir tant l’existence que l’importance de telles questions, au moyen d’éléments concrets et propres au cas d’espèce, et non pas simplement d’arguments d’ordre général (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, points 27 et 28, ainsi que du 3 mars 2026, DJO/EUIPO, C‑702/25 P, EU:C:2026:143, point 16).
35 En troisième lieu, s’agissant du troisième moyen, résumé aux points 13 et 14 de la présente ordonnance, il convient de relever, d’une part, que, sans préjudice de la place importante qu’occupent, au sein de l’ordre juridique de l’Union, le principe d’attribution, la répartition des compétences entre institutions, l’équilibre institutionnel et la cohérence de la jurisprudence de la Cour en tant que principes constitutionnels fondamentaux du droit de l’Union, leur seule invocation ne saurait suffire à respecter les conditions prévues au point 26 de la présente ordonnance. Or, afin de démontrer l’importance de la question posée par ce moyen, la requérante se borne à citer ces principes.
36 D’autre part, bien que la requérante fasse valoir la contradiction entre certains motifs de l’arrêt attaqué et l’arrêt du 28 juillet 2016, Conseil/Commission (C‑660/13, EU:C:2016:616), une telle allégation n’est pas, en soi, suffisante pour établir, conformément à la charge de la preuve qui pèse sur l’auteur d’une demande d’admission d’un pourvoi, que ce pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union. En effet, ainsi qu’il a été rappelé au point 29 de la présente ordonnance, le demandeur doit respecter, à cette fin, l’ensemble des exigences énoncées au point 26 de cette ordonnance. Or, la requérante, outre le fait qu’elle ne fournit pas d’indications sur la similitude des situations visées dans l’arrêt attaqué et l’arrêt de la Cour précité, n’expose pas, avec suffisamment de précision et de clarté, les raisons pour lesquelles la prétendue contradiction entre les appréciations du Tribunal dans l’arrêt attaqué et ledit arrêt de la Cour soulèverait une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.
37 En quatrième lieu, bien que, par ses quatrième et sixième moyens, résumés aux points 15 à 18 de la présente ordonnance, la requérante identifie les erreurs de droit prétendument commises par le Tribunal, en tout état de cause, elle ne démontre pas en quoi de telles erreurs de droit, à les supposer établies, soulèveraient des questions importantes pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union qui justifieraient l’admission du pourvoi. En effet, la requérante se borne à invoquer la violation de l’article 3, paragraphe 5, TUE, du principe selon lequel ce qui n’est pas interdit est autorisé ainsi que du principe de sécurité juridique, sans plus de précisions.
38 En outre, dans la mesure où la requérante soulève une méconnaissance par le Tribunal des obligations dégagées par la Cour dans l’arrêt du 3 juin 2008, Intertanko e.a. (C‑308/06, EU:C:2008:312), il suffit de relever qu’elle ne précise pas les raisons pour lesquelles la prétendue contradiction entre les appréciations du Tribunal et la jurisprudence de la Cour soulèverait une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union, ni ne fournit aucune indication sur la similitude des situations visées dans la jurisprudence qui aurait été méconnue permettant d’établir la réalité des contradictions alléguées.
39 Dans ces conditions, la demande d’admission du pourvoi présentée par la requérante n’est pas de nature à établir que le pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.
40 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il n’y a pas lieu d’admettre le pourvoi.
Sur les dépens
41 Aux termes de l’article 137 du règlement de procédure, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.
42 La présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi n’ait été signifié à l’autre partie à la procédure et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que la partie requérante supportera ses propres dépens.
Par ces motifs, la Cour (chambre d’admission des pourvois) ordonne :
1) Le pourvoi n’est pas admis.
2) Swissgrid AG supporte ses propres dépens.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Ordonnance de la Cour du 9 juin 2026.#Swissgrid AG contre Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie.#Pourvoi – Règlement (UE) 2017/2195 – Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) – Admission des pourvois – Article 170 ter du règlement de procédure de la Cour – Demande ne démontrant pas l’importance d’une question pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union – Non‑admission du pourvoi.#Affaire C-850/25 P.
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