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AccueilDroit européen62025CO0868
Ordonnance CJUE62025CO0868

Ordonnance de la Cour (chambre d’admission des pourvois) du 30 avril 2026.#European Lotto and Betting ltd. contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).#Pourvoi – Marque de l’Union européenne – Admission des pourvois – Article 170 ter du règlement de procédure de la Cour – Pourvoi ne démontrant pas l’importance d’une question de droit pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union – Non‑admission du pourvoi.#Affaire C-868/25 P.

CELEX62025CO0868
TypeOrdonnance CJUE
Datejeudi 30 avril 2026

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour de justice de l'Union européenne, rendue dans le cadre d'un pourvoi formé par European Lotto and Betting Ltd. contre l'EUIPO, rejette le pourvoi comme irrecevable. La Cour applique le critère de l'article 170 ter de son règlement de procédure, estimant que le pourvoi ne démontre pas en quoi la question de droit soulevée serait importante pour l'unité, la cohérence ou le développement du droit de l'Union. En pratique, cette décision confirme la rigueur du filtre d'admission des pourvois en matière de marques de l'Union européenne, rappelant que les parties doivent expressément justifier l'intérêt juridique général de leur recours.

Texte intégral

ORDONNANCE DE LA COUR (chambre d’admission des pourvois)

30 avril 2026 (*)

« Pourvoi – Marque de l’Union européenne – Admission des pourvois – Article 170 ter du règlement de procédure de la Cour – Pourvoi ne démontrant pas l’importance d’une question de droit pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union – Non‑admission du pourvoi »

Dans l’affaire C‑868/25 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 29 décembre 2025,

European Lotto and Betting ltd., établie à Birkirkara (Malte), représentée par M. D. Selmi, BL,

partie requérante,

les autres parties à la procédure étant :

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO),

partie défenderesse en première instance,

Multi-State Lottery Association, établie à Johnston (États-Unis),

partie intervenante en première instance,

LA COUR (chambre d’admission des pourvois),

composée de M. T. von Danwitz, vice‑président de la Cour, Mme I. Ziemele et M. A. Kumin (rapporteur), juges,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la proposition du juge rapporteur et l’avocat général, M. R. Norkus, entendu,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son pourvoi, European Lotto and Betting ltd. demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 29 octobre 2025, European Lotto and Betting/EUIPO – Multi-State Lottery Association (Powerball) (T‑375/24, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2025:998), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant à l’annulation partielle de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), du 23 mai 2024 (affaire R 1915/2022-1), relative à une procédure de nullité entre Multi-State Lottery Association et European Lotto and Betting.

Sur la demande d’admission du pourvoi

2 En vertu de l’article 58 bis, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, l’examen des pourvois formés contre les décisions du Tribunal portant sur une décision d’une chambre de recours indépendante de l’EUIPO est subordonné à leur admission préalable par la Cour.

3 Conformément à l’article 58 bis, troisième alinéa, de ce statut, le pourvoi est admis, en tout ou en partie, selon les modalités précisées dans le règlement de procédure de la Cour, lorsqu’il soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.

4 Aux termes de l’article 170 bis, paragraphe 1, du règlement de procédure, dans les situations visées à l’article 58 bis, premier alinéa, dudit statut, la partie requérante annexe à sa requête une demande d’admission du pourvoi dans laquelle elle expose la question importante que soulève le pourvoi pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union et qui contient tous les éléments nécessaires pour permettre à la Cour de statuer sur cette demande.

5 Conformément à l’article 170 ter, paragraphes 1 et 3, du règlement de procédure, la Cour statue sur la demande d’admission du pourvoi dans les meilleurs délais par voie d’ordonnance motivée.

Argumentation de la partie requérante

6 À l’appui de sa demande d’admission du pourvoi, la requérante fait valoir que le moyen unique de son pourvoi, tiré d’une violation de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), soulève des questions importantes pour l’unité, la cohérence et le développement du droit de l’Union.

7 Elle soutient, en particulier, que le Tribunal, en jugeant que le titulaire de la marque contestée avait agi de mauvaise foi, a méconnu la jurisprudence constante de la Cour, notamment l’arrêt du 29 janvier 2020, Sky e.a. (C‑371/18, EU:C:2020:45), selon laquelle le motif de nullité d’une marque déjà enregistrée poursuit un double objectif consistant, d’une part, à prévenir les agissements de mauvaise foi à l’égard de tiers déterminés et, d’autre part, à prévenir tout abus du système d’enregistrement des marques. Selon la requérante, le Tribunal a estimé, en substance, que l’usage d’une marque de l’Union « aux fins de référence » à la loterie Powerball exploitée depuis 1992 aux États-Unis par Multi-State Lottery Association suffisait à caractériser la mauvaise foi du demandeur lors de l’enregistrement de cette marque, sans qu’un détournement ou un abus du système d’enregistrement ait été établi.

8 En outre, la requérante fait valoir qu’elle n’a connaissance d’aucune autre affaire dans laquelle un usage d’une marque de l’Union « aux fins de référence » aurait été considéré comme étant constitutif de mauvaise foi dans des circonstances où le titulaire d’une telle marque avait pris les mesures nécessaires afin de s’assurer qu’il n’existait pas d’autres droits non utilisés susceptibles d’entrer en conflit dans l’Union européenne avec la marque en cause, et avait, au demeurant, défendu celle-ci dans le cadre d’une procédure d’opposition.

9 Selon la requérante, son pourvoi soulève une question importante de droit relative à l’interprétation de la notion de « mauvaise foi », laquelle constituerait une notion autonome du droit de l’Union devant être interprétée de manière uniforme dans l’Union, afin de ne pas porter atteinte, d’une part, à la présomption de bonne foi dont bénéficient les demandes d’enregistrement de marques et, d’autre part, à la sécurité juridique du système d’enregistrement. Elle ajoute qu’une clarification par la Cour serait nécessaire afin d’éviter une interprétation extensive de cette notion et de préserver l’unité, la cohérence et le développement du droit de l’Union.

Appréciation de la Cour

10 À titre liminaire, il convient de relever que c’est à la partie requérante qu’il incombe de démontrer que les questions soulevées par son pourvoi sont importantes pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 20, ainsi que du 19 janvier 2026, Hesse/Ferrari et EUIPO, C‑598/25 P, EU:C:2026:25, point 11).

11 En outre, ainsi qu’il ressort de l’article 58 bis, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lu en combinaison avec l’article 170 bis, paragraphe 1, et l’article 170 ter, paragraphe 4, du règlement de procédure, la demande d’admission du pourvoi doit contenir tous les éléments nécessaires pour permettre à la Cour de statuer sur l’admission du pourvoi et de déterminer, en cas d’admission partielle de ce dernier, les moyens ou les branches du pourvoi sur lesquels le mémoire en réponse doit porter. En effet, étant donné que le mécanisme d’admission préalable des pourvois prévu à l’article 58 bis de ce statut vise à limiter le contrôle de la Cour aux questions revêtant une importance pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union, seuls les moyens soulevant de telles questions et établis par la partie requérante doivent être examinés par la Cour dans le cadre du pourvoi (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 21, ainsi que du 19 janvier 2026, Hesse/Ferrari et EUIPO, C‑598/25 P, EU:C:2026:25, point 12).

12 Ainsi, une demande d’admission du pourvoi doit, en tout état de cause, énoncer de façon claire et précise les moyens sur lesquels le pourvoi est fondé, identifier avec la même précision et la même clarté la question de droit soulevée par chaque moyen, préciser si cette question est importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union et exposer de manière spécifique les raisons pour lesquelles ladite question est importante au regard du critère invoqué. En ce qui concerne, en particulier, les moyens du pourvoi, la demande d’admission du pourvoi doit préciser la disposition du droit de l’Union ou la jurisprudence qui aurait été méconnue par l’arrêt ou l’ordonnance sous pourvoi, exposer de manière succincte en quoi consiste l’erreur de droit prétendument commise par le Tribunal et indiquer dans quelle mesure cette erreur a exercé une influence sur le résultat de l’arrêt ou de l’ordonnance sous pourvoi. Lorsque l’erreur de droit invoquée résulte de la méconnaissance de la jurisprudence, la demande d’admission du pourvoi doit exposer, de façon succincte mais claire et précise, premièrement, où se situe la contradiction alléguée, en identifiant tant les points de l’arrêt ou de l’ordonnance sous pourvoi que la partie requérante remet en cause que ceux de la décision de la Cour ou du Tribunal qui auraient été méconnus, et, deuxièmement, les raisons concrètes pour lesquelles une telle contradiction soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union (ordonnances du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 22, ainsi que du 19 janvier 2026, Hesse/Ferrari et EUIPO, C‑598/25 P, EU:C:2026:25, point 13).

13 En effet, une demande d’admission du pourvoi ne contenant pas les éléments énoncés au point précédent de la présente ordonnance ne saurait être susceptible de démontrer que le pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union justifiant son admission (ordonnances du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C‑613/19 P, EU:C:2019:905, point 16, ainsi que du 19 janvier 2026, Hesse/Ferrari et EUIPO, C‑598/25 P, EU:C:2026:25, point 14).

14 En l’espèce, en premier lieu, s’agissant de l’argumentation résumée au point 7 de la présente ordonnance, selon laquelle le Tribunal se serait écarté de la jurisprudence de la Cour, il convient de relever que la requérante n’indique pas en quoi consisterait la contradiction alléguée. Elle n’identifie, à cette fin, ni les points de l’arrêt attaqué qu’elle entend remettre en cause ni ceux de la jurisprudence de la Cour qui auraient été méconnus. En tout état de cause, une telle argumentation ne saurait, à elle seule, suffire à établir, conformément à la charge de la preuve qui pèse sur l’auteur d’une demande d’admission d’un pourvoi, que ce pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union. En effet, le demandeur doit respecter, à cette fin, l’ensemble des exigences énoncées au point 12 de la présente ordonnance (voir, en ce sens, ordonnance du 2 décembre 2025, Giuliani/EUIPO, C‑365/25 P, EU:C:2025:1022, point 18 et jurisprudence citée).

15 Or, la requérante n’expose pas, avec suffisamment de clarté et de précision, les raisons concrètes pour lesquelles une telle contradiction, à la supposer établie, soulèverait une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union. La requérante ne fournit pas non plus d’indications sur la similitude des situations visées dans la jurisprudence prétendument méconnue qui permettraient d’établir la réalité de la contradiction invoquée.

16 En second lieu, en ce qui concerne l’argumentation résumée aux points 8 et 9 de la présente ordonnance, dans la mesure où la requérante fait valoir que la Cour ne s’est jamais prononcée sur la question invoquée, il y a lieu de rappeler que la circonstance qu’une question de droit n’a pas fait l’objet d’un examen par la Cour ne signifie pas pour autant que cette question revêt nécessairement une importance pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union, l’auteur d’une demande d’admission étant toujours tenu de démontrer une telle importance en fournissant des indications précises non seulement sur le caractère nouveau de cette question, mais également sur les raisons pour lesquelles ladite question est importante au regard desdits critères (voir, en ce sens, ordonnance du 8 mai 2024, Wyrębski/QC e.a., C‑688/23 P, EU:C:2024:423, point 23 ainsi que jurisprudence citée). Cette démonstration implique elle-même d’établir tant l’existence que l’importance d’une telle question, au moyen d’éléments concrets et propres au cas d’espèce, et non pas simplement d’arguments d’ordre général (ordonnance du 10 décembre 2021, EUIPO/The KaiKai Company Jaeger Wichmann, C‑382/21 P, EU:C:2021:1050, point 28 et jurisprudence citée).

17 Or, en l’espèce, la requérante ne procède pas à une telle démonstration, mais se borne à affirmer, de manière générale, que la Cour ne s’est pas encore prononcée expressément sur la question en cause et qu’une clarification de sa part est nécessaire pour éviter une interprétation extensive de la notion de « mauvaise foi ».

18 La requérante ne satisfait dès lors pas à l’ensemble des exigences mentionnées aux points 10 à 13 de la présente ordonnance.

19 Dans ces conditions, la demande d’admission du pourvoi présentée par la requérante n’est pas de nature à établir que le pourvoi soulève une question importante pour l’unité, la cohérence ou le développement du droit de l’Union.

20 Eu égard aux considérations qui précèdent, il n’y a pas lieu d’admettre le pourvoi.

Sur les dépens

21 Aux termes de l’article 137 du règlement de procédure, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.

22 La présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi n’ait été signifié aux autres parties à la procédure et, par conséquent, avant que celles-ci n’aient pu exposer des dépens, il convient de décider que la requérante supportera ses propres dépens.

Par ces motifs, la Cour (chambre d’admission des pourvois) ordonne :

1) Le pourvoi n’est pas admis.

2) European Lotto and Betting ltd. supporte ses propres dépens.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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