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AccueilDroit européen62026CO0111
Ordonnance CJUE62026CO0111

Ordonnance du Vice-président de la Cour du 14 juillet 2026.#Voice - Bundesverband der IT-Anwender eV contre Commission européenne.#Pourvoi – Recours en annulation – Demande d’intervention – Recevabilité de la demande – Délai de dépôt – Modalités de calcul du délai – Publication au Journal officiel de l’Union européenne – Délai de distance – Tardiveté – Protection juridictionnelle effective – Principe d’égalité de traitement.#Affaire C-111/26 P(I).

CELEX62026CO0111
TypeOrdonnance CJUE
Datemardi 14 juillet 2026

Texte intégral

ORDONNANCE DU VICE-PRÉSIDENT DE LA COUR

14 juillet 2026 (*)

« Pourvoi – Recours en annulation – Demande d’intervention – Recevabilité de la demande – Délai de dépôt – Modalités de calcul du délai – Publication au Journal officiel de l’Union européenne – Délai de distance – Tardiveté – Protection juridictionnelle effective – Principe d’égalité de traitement »

Dans l’affaire C‑111/26 P(I),

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 57, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 19 février 2026,

VOICE – Bundesverband der IT-Anwender eV, établie à Berlin (Allemagne), représentée par Mes J. Aatz, F. Hack, L. Hauser et T. Knapowski, Rechtsanwälte,

partie requérante,

les autres parties à la procédure étant :

Cloud Infrastructure Services Providers in Europe (CISPE), établie à Bruxelles (Belgique),

partie demanderesse en première instance,

Commission européenne, représentée par MM. P. Berghe, M. Domecq et I. Naglis, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LE VICE-PRÉSIDENT DE LA COUR,

l’avocat général, M. M. Szpunar, entendu,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son pourvoi, VOICE – Bundesverband der IT-Anwender eV (ci‑après « VOICE ») demande l’annulation de l’ordonnance du président de la sixième chambre du Tribunal de l’Union européenne du 3 février 2026, CISPE/Commission (T‑503/25, ci-après l’« ordonnance attaquée », EU:T:2026:105), par laquelle celui-ci a rejeté sa demande d’intervention au soutien des conclusions de Cloud Infrastructure Services Providers in Europe (CISPE), partie demanderesse en première instance dans l’affaire T-503/25.

Les antécédents du litige, la procédure devant le Tribunal ainsi que l’ordonnance attaquée

2 Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 23 juillet 2025, CISPE a introduit, sur le fondement de l’article 263 TFUE, un recours tendant à l’annulation de la décision C(2023) 4654 final de la Commission, du 12 juillet 2023, déclarant une concentration compatible avec le marché intérieur et avec le fonctionnement de l’accord EEE (affaire M.10806 – Broadcom/VMware).

3 L’avis prévu à l’article 79 du règlement de procédure du Tribunal, indiquant la date du dépôt de cette requête, le nom des parties principales, les conclusions de ladite requête ainsi que les moyens et les principaux arguments, a été publié au Journal officiel de l’Union européenne le 15 septembre 2025.

4 Par acte déposé au greffe du Tribunal le 7 novembre 2025, VOICE a demandé à intervenir au soutien des conclusions de CISPE.

5 Par l’ordonnance attaquée, le président de la sixième chambre du Tribunal a rejeté cette demande d’intervention.

6 Au point 4 de cette ordonnance, il a estimé que ladite demande d’intervention était tardive, le délai de six semaines visé à l’article 143, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, augmenté du délai de distance forfaitaire de dix jours prévu à l’article 60 de ce règlement et calculé, conformément à l’article 58 de celui-ci, à compter de la publication, le 15 septembre 2025, de l’avis visé à l’article 79 dudit règlement, ayant expiré le 6 novembre 2025.

7 Au point 5 de ladite ordonnance, il a relevé que VOICE n’avait pas invoqué l’existence d’un cas fortuit ou de force majeure, permettant au Tribunal de déroger à ce délai sur le fondement de l’article 45, second alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal en vertu de l’article 53 de ce statut.

Les conclusions des parties

8 Par son pourvoi, VOICE demande à la Cour :

– d’annuler l’ordonnance attaquée ;

– de renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour qu’il statue sur la demande d’intervention, et

– de condamner la Commission européenne aux dépens.

9 La Commission demande à la Cour :

– de rejeter le pourvoi et

– de condamner VOICE aux dépens.

Sur le pourvoi

10 À l’appui de son pourvoi, VOICE soulève trois moyens. Le premier moyen est tiré d’une erreur de droit dans l’application de l’article 58 du règlement de procédure du Tribunal. Le deuxième moyen est tiré d’une méconnaissance du droit à une protection juridictionnelle effective. Le troisième moyen est tiré d’une erreur de droit et d’une violation du principe d’égalité en droit, résultant de ce que le délai additionnel de 14 jours prévu à l’article 59 du règlement de procédure du Tribunal pour l’introduction d’un recours contre un acte d’une institution publié au Journal officiel de l’Union européenne n’a pas été appliqué à sa demande d’intervention.

Sur le premier moyen

Argumentation

11 Par son premier moyen, VOICE soutient, en substance, que le président de la sixième chambre du Tribunal a commis une erreur de droit dans l’application de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement de procédure de cette juridiction, lequel comporterait une règle explicite pour le calcul général des délais et exclurait manifestement du calcul le jour de l’événement déclencheur d’un délai.

12 En l’espèce, s’agissant d’une publication au Journal officiel de l’Union européenne, VOICE fait valoir que le délai aurait dû commencer à courir non pas le lendemain, mais le surlendemain de cette publication. Elle en déduit que le délai aurait expiré le mardi 7 novembre 2025 et que sa demande d’intervention n’était, dès lors, pas tardive.

13 La Commission objecte, en substance, que cette argumentation n’est pas fondée.

Appréciation

14 Aux termes de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement de procédure du Tribunal, si un délai exprimé en jours, en semaines, en mois ou en années est à compter à partir du moment où survient un événement ou s’effectue un acte, le jour au cours duquel survient cet événement ou se situe cet acte n’est pas compté dans le délai.

15 L’article 58, paragraphe 1, sous b), de ce règlement dispose qu’un délai exprimé en semaines, en mois ou en années prend fin à l’expiration du jour qui, dans la dernière semaine, dans le dernier mois ou dans la dernière année, porte la même dénomination ou le même chiffre que le jour au cours duquel est survenu l’événement ou a été effectué l’acte à partir duquel le délai est à compter.

16 Selon une jurisprudence constante, l’article 58, paragraphe 1, sous a), et l’article 58, paragraphe 1, sous b), dudit règlement énoncent, de manière cohérente, les règles définissant, respectivement, la date à laquelle un délai de procédure commence à courir et la date à laquelle un tel délai prend fin [ordonnance du vice-président de la Cour du 17 mai 2022, Shanghai Panati/EUIPO, C‑103/22 P(I), EU:C:2022:399, point 36 ainsi que jurisprudence citée].

17 Il résulte du point a) de cette disposition que le jour au cours duquel survient l’événement à partir duquel ce délai est calculé n’est pas compté dans le délai, de sorte que ce dernier commence à courir le lendemain de cet événement, à 00 h 00, et non le surlendemain. Il résulte également du point b) de ladite disposition que, lorsqu’il est exprimé en semaines, ledit délai expire à la fin du même jour de la semaine que celui au cours duquel est survenu l’événement à partir duquel il est calculé.

18 L’interprétation retenue par VOICE conduirait ainsi à reporter d’un jour tant le point de départ que le terme du délai, sans qu’un tel report trouve de fondement dans le libellé de l’article 58, paragraphe 1, sous a) et b), du règlement de procédure du Tribunal.

19 En l’espèce, conformément à l’article 143, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, la demande d’intervention devait être présentée dans un délai de six semaines prenant cours à la publication au Journal officiel de l’Union européenne de l’avis prévu à l’article 79 de ce règlement.

20 Cet avis ayant été publié le lundi 15 septembre 2025, le délai de six semaines, augmenté du délai de distance forfaitaire de dix jours prévu à l’article 60 dudit règlement, a commencé à courir le mardi 16 septembre 2025 à 00 h 00 et a expiré le jeudi 6 novembre 2025 à minuit.

21 À cet égard, il convient de constater que VOICE ne démontre pas que le calcul retenu par le président de la sixième chambre du Tribunal méconnaît les règles de computation des délais fixés à l’article 58, paragraphe 1, sous a) et b), du règlement de procédure de cette juridiction.

22 La demande d’intervention ayant été déposée le 7 novembre 2025 et VOICE n’ayant pas invoqué l’existence d’un cas fortuit ou de force majeure au sens de l’article 45, second alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, c’est sans commettre d’erreur de droit que le président de la sixième chambre du Tribunal l’a rejetée en raison de sa tardiveté.

23 Il convient, par conséquent, de rejeter le premier moyen comme étant manifestement non fondé.

Sur le deuxième moyen

Argumentation

24 Par le deuxième moyen, VOICE soutient, en substance, que l’interprétation de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement de procédure du Tribunal retenue dans l’ordonnance attaquée porte atteinte à son droit à une protection juridictionnelle effective, garanti à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).

25 Elle fait valoir que les dispositions régissant l’accès à la justice et l’exercice des droits tirés du droit de l’Union doivent être appliquées de manière à ce que cet exercice ne soit pas rendu pratiquement impossible ou excessivement difficile.

26 À l’appui de cette argumentation, VOICE invoque la jurisprudence issue de l’arrêt du 26 septembre 2013, PPG et SNF/ECHA (C‑625/11 P, EU:C:2013:594, point 33), selon laquelle, dans la mesure où la formulation d’une disposition du règlement de procédure du Tribunal peut susciter un doute, il conviendrait, en l’absence de raisons péremptoires en sens contraire, de privilégier celle qui n’entraîne pas la forclusion, laquelle priverait les intéressés de leur droit de recours juridictionnel.

27 La Commission fait valoir, en substance, que cette argumentation n’est pas fondée.

Appréciation

28 À titre liminaire, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le principe de protection juridictionnelle effective constitue un principe général du droit de l’Union, consacré à l’article 47 de la Charte, et que celui-ci ne fait pas obstacle à ce qu’un délai pour l’introduction d’un recours en justice soit prévu (voir, en ce sens, arrêt du 19 juin 2019, RF/Commission, C‑660/17 P, EU:C:2019:509, points 55 et 56 ainsi que jurisprudence citée).

29 À cet égard, le droit à une protection juridictionnelle effective n’est nullement affecté par l’application stricte de la réglementation de l’Union concernant les délais de procédure, laquelle, selon une jurisprudence constante, répond à l’exigence de sécurité juridique et à la nécessité d’éviter toute discrimination ou tout traitement arbitraire dans l’administration de la justice (arrêt du 19 juin 2019, RF/Commission, C‑660/17 P, EU:C:2019:509, point 57 et jurisprudence citée).

30 En l’espèce, en premier lieu, il convient de relever que VOICE disposait de l’intégralité du délai de six semaines prévu à l’article 143, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, augmenté des dix jours visés à l’article 60 de ce règlement, pour introduire sa demande d’intervention, et qu’elle n’a pas établi en quoi les modalités de calcul de ce délai auraient été de nature à rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice de ses droits procéduraux.

31 En second lieu, ainsi qu’il ressort des points 14 à 18 de la présente ordonnance, le libellé de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement de procédure du Tribunal ne présente pas l’ambigüité alléguée par VOICE, de telle sorte qu’elle ne saurait utilement se prévaloir de la jurisprudence citée au point 26 de la présente ordonnance.

32 Par conséquent, le deuxième moyen doit être rejeté comme étant manifestement non fondé.

Sur le troisième moyen

Argumentation

33 Par le troisième moyen, VOICE soutient, en substance, que le président de la sixième chambre du Tribunal a commis une erreur de droit en n’appliquant pas, à sa demande d’intervention, le délai additionnel de 14 jours prévu à l’article 59 du règlement de procédure du Tribunal pour l’introduction des recours contre un acte d’une institution publié au Journal officiel de l’Union européenne.

34 En omettant d’étendre le bénéfice de ce délai additionnel à la demande d’intervention, le président de la sixième chambre du Tribunal aurait également méconnu le principe d’égalité en droit, consacré à l’article 20 de la Charte. En effet, selon VOICE, les auteurs des recours contre ces actes, visés à l’article 59 du règlement de procédure du Tribunal, et les demandeurs en intervention se trouveraient dans une situation procédurale comparable, dès lors que leurs délais respectifs commencent à courir à la suite d’une publication au Journal officiel de l’Union européenne.

35 La Commission fait valoir, en substance, que cette argumentation n’est pas fondée.

Appréciation

36 Aux termes de l’article 59 du règlement de procédure du Tribunal, lorsqu’un délai pour l’introduction d’un recours contre un acte d’une institution commence à courir à partir de la publication de cet acte au Journal officiel de l’Union européenne, le délai est à compter, au sens de l’article 58, paragraphe 1, sous a), de ce règlement, à partir de la fin du quatorzième jour suivant la date de cette publication.

37 Il ressort des termes de cette disposition qu’elle vise exclusivement l’introduction de recours dirigés contre un acte d’une institution, et non les demandes d’intervention régies par les articles 142 à 145 du règlement de procédure du Tribunal. Le président de la sixième chambre du Tribunal n’a donc commis aucune erreur de droit en n’appliquant pas cet article 59 à la demande d’intervention de VOICE.

38 En outre, ainsi qu’il ressort d’une jurisprudence constante, l’égalité en droit, consacrée à l’article 20 de la Charte, est un principe général du droit de l’Union qui exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’une différenciation ne soit objectivement justifiée. L’exigence tenant au caractère comparable des situations, afin de déterminer l’existence d’une violation du principe d’égalité de traitement, doit être appréciée au regard de l’ensemble des éléments qui les caractérisent [arrêt du 8 mars 2022, Bezirkshauptmannschaft Hartberg-Fürstenfeld (Effet direct), C‑205/20, EU:C:2022:168, points 54 et 55 ainsi que jurisprudence citée].

39 Or, en l’espèce, en vertu de l’article 142, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, l’intervention ne peut avoir d’autre objet que le soutien, en tout ou en partie, des conclusions de l’une des parties principales et ne confère pas les mêmes droits procéduraux que ceux conférés aux parties principales. Dès lors, les auteurs de recours au sens de l’article 59 dudit règlement de procédure et les demandeurs en intervention ne sont manifestement pas dans une situation comparable au regard des règles régissant les délais qui leur sont respectivement applicables. L’argument tiré d’une prétendue discrimination entre ces deux catégories de personnes, résumé au point 34 de la présente ordonnance, est de ce fait dénué de pertinence.

40 Par conséquent, il convient d’écarter le troisième moyen comme étant manifestement non fondé et, partant, de rejeter le pourvoi dans son ensemble comme étant manifestement non fondé.

Sur les dépens

41 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue sur les dépens.

42 Conformément à l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, dudit règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

43 La Commission ayant conclu à la condamnation de VOICE aux dépens et cette dernière ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de la condamner à supporter les dépens.

Par ces motifs, le vice-président de la Cour ordonne :

1) Le pourvoi est rejeté comme étant manifestement non fondé.

2) VOICE – Bundesverband der IT-Anwender eV est condamnée aux dépens.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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